Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Actes 9, 26-31

Psaume 21

1 Jean 3, 18-24

Jean 15, 1-8
 

 

 

Cinquième dimanche de Pâques B                                                                  14 mai 2006                      

 Père Jean-Marc Furnon,  jésuite

 

Vous êtes les sarments. Tout sarment qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève. Tout sarment qui donne du fruit il le nettoie, il l’émonde pour qu’il en porte davantage.

Cette image est simple, c’est celle du vigneron qui veille à sa vigne. Il enlève les sarments secs et les brûle. Il passe aussi à travers sa vigne au printemps et coupe certains sarments verts, plein de vie et de dynamisme, parce que cela ferait trop de sarments et que, s’il les laissait tous pousser, l’énergie de la vigne passerait dans des branches et des feuilles et les raisins ne seraient pas très beaux. Alors comme la vigne est appelée à donner du raisin et finalement du vin, il coupe, il émonde afin qu’il y ait de beaux fruits.

C’est vraiment sagesse humaine et divine que de découvrir que s’engager vraiment dans un choix produit des fruits si nous y consacrons du temps, du travail, de la patience, de la présence, de la fidélité. On ne peut pas faire à la fois ceci et cela. Pour faire ceci, il faut renoncer à vouloir faire aussi cela en même temps, même si c’est bon. Nous avons souvent à choisir entre plusieurs choses bonnes. Dans nos actions comme dans nos relations. Il y a là une expérience de limitation. C’est notre épreuve, elle nous conduit à consentir à l’incarnation. Le Père Teilhard de Chardin distingue dans sa réflexion les souffrances de croissance et les souffrances de diminution. Pour devenir championne de natation, il faut renoncer à beaucoup de choses pour mener son entraînement. Voilà qui est souffrance de croissance et tous les sages vous diront et vous encourageront à consentir à ce renoncement pour que vous portiez du fruit et que vous soyez joyeux. A travers la vie, Dieu nous émonde.

Mais si ce niveau de la sagesse est juste, nous comprenons aussi cette parole de Jésus au-delà de la sagesse. En effet c’est au seuil de sa passion que Jésus parle ainsi à ses disciples, après le lavement des pieds. Au cœur du mystère pascal. Il s’apprête à porter du fruit de manière nocturne en restant fidèle à la mission que le Père lui a confiée. Le fruit de l’arbre de la croix sera l’homme nouveau.

 

En ce jour nous fêtons l’alliance conjugale nous rendons grâce pour la circulation de vie et d’amour qui anime la vie d’un couple. Elle témoigne pour nous du mystère de la vie et de l’amour trinitaire. Nous n’oublions pas non plus les moments plus douloureux qui conduisent des chrétiens à vivre quelque chose du mystère pascal dans cet itinéraire conjugal adossés à la foi du Christ. D’autres chrétiens sont appelés à vivre la même radicalité : un couple âgé qui ne peut plus quitter son appartement et qui se trouve inutile au soir d’une vie heureuse et bien remplie, un jeune professionnel qui n’arrive pas à se stabiliser dans un travail. Ils sont appelés à consentir à ce que le Christ vive en eux aujourd’hui sa fidélité à l’alliance avec Dieu. Ils sont appelés à ne pas quitter le lieu où ils sont mis par la vie, à demeurer là, à ne pas s’enfuir, à se laisser irriguer par la foi du Christ.

La sève qui passe de la vigne aux sarments, du Christ à nous ses disciples, ce sont les paroles de Jésus : « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous ». Nous ne sommes pas seuls, nous sommes appuyés sur une circulation de vie qui vient du Christ et qui, à travers nous, porte du fruit. Il dépend de nous d’écouter la Parole de Jésus, de la méditer, de prier l’Esprit Saint pour qu’elle vive en nous. Avec Marie et toute l’Eglise tournée vers le Père – l’Eglise en épiclèse - les mains largement ouvertes, prions le Père de nous envoyer l’Esprit pour que le Christ vive en nous le mystère de sa passion et de sa résurrection : Vienne sur nous l’Esprit de Dieu qu’il nous sanctifie par la coupe et le pain.