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Cinquième dimanche de Pâques
B
10 mai 2009
Père Jean-Paul Mensior, jésuite
Jean 15,
1-8
Jésus habitait un pays où la vigne était
l’arbre bien-aimé. Il savait l’attachement d’un homme pour sa vigne et
tous les soins dont il est prêt à l’entourer. Lors de son discours
d’adieu, dont nous venons d’entendre un passage, il reprend le célèbre
poème d’Isaïe dans lequel la vigne désigne le peuple d’Israël. Mais il
lui donne un sens nouveau : la vigne désigne Jésus lui-même.
Les vignes que nous connaissons, celles
de nos coteaux, nous donnent déjà une idée de notre unité avec lui ;
mais c’est une idée imparfaite, car un vigneron est forcément
extérieur à sa vigne. Alors que le Père est, par son Fils, intérieur à
sa création, engagé en elle, sans pourtant se confondre avec elle.
« Moi, je suis la vraie vigne » dit
solennellement Jésus. Et cette déclaration rappelle la voix, elle
aussi solennelle, qui sortait du buisson ardent , et par laquelle Dieu
livre son nom à Moïse ; c’est un nom imprononçable, mystérieux. Avec
Jésus, Dieu n’est plus caché. Il dira à Philippe : « Qui me voit, voit
le Père. » Il révèle sa présence en venant planter sa tente parmi nous
. Par Jésus, Dieu s’enracine dans l’humanité, qui est appelée à se
greffer sur lui pour demeurer en lui, selon le mot cher à Jean.
Mais, en martelant le thème – vous en
moi, moi en vous – Jésus laisse entendre que cette demeure de Dieu en
nous et de nous en lui n’est pas acquise une fois pour toutes : il y
a, dans cette vigne, des sarments secs qui n’ont plus qu’à être jetés
au feu. Comment entendre l’hypothèse de cette destruction des sarments
sans fruits, c’est à dire, selon un langage traditionnel des «
pécheurs impénitents » ? Jésus parle ici selon la logique de la
justice, qui ferait de nous tous des morts sans lendemain.. Or la
réalité, la bonne nouvelle, il nous la révèle lorsqu’il nous dit que,
s’il est impossible à l’homme d’entrer par lui-même dans le royaume de
la résurrection, par contre, « tout est possible à Dieu ». Et la
destinée tragique et glorieuse de Jésus nous atteste que le fruit que
nous finirons tous par porter, et en vertu duquel nous serons sauvés
de la mort est le fruit de cette autre vigne qu’est l’arbre de la
croix.
Une question inévitable demeure. Si, en
fin de compte, le Christ prend en charge nos défaillances et nos
faiblesses , si, comme le dit Paul « là où le péché abonde, la grâce
surabonde », si nos égoïsmes, nos violences et nos lâchetés appellent
en Dieu un surcroît d’amour , pourquoi faut-il que nous portions du
fruit ?
S’interroger ainsi montre qu’on n’a rien
compris aux exigences de l’amour.. Et c’est vrai : seule la foi fait
naître en nous l’amour, en réponse à l’amour insondable dont nous
sommes aimés, par lequel nous sommes sauvés, et qui nous fait renaître
en nous faisant déjà passer dans l’univers de la résurrection. C’est
ce que l’Église nous répète après Paul, depuis le jour de Pâques : «
vous êtes ressuscités avec le Christ. » Le croyons-nous ?
La vérité c’est que le fruit des sarments
que nous sommes est bien le nôtre, et en même temps c’est celui du
Christ, qui nous porte.. Ce fruit tant désiré, c’est nous- même qui le
devenons, lorsque nous accueillons le Fils qui nous transforme en lui.
Ce fruit est donc, inséparablement le nôtre et le sien. Par le Christ,
« nous sommes morts au péché » et porteurs d’une vie nouvelle Et les
seuls fruits que Dieu attende de nous sont des fruits d’action de
grâce pour le don qui nous est fait dans le Christ, notre espérance.
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