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5ème
dimanche de Pâques C
dimanche 6 mai 2007
Père
Henri Laux, jésuite
Jean 13, 31…35
« S’aimer les uns les autres » : voilà un message qui fait
facilement l’unanimité ! Il attire tous les hommes de bonne volonté.
Il en deviendrait presque banal, encore que si l’on réfléchit bien
il n’aille pas tellement de soi, y compris entre disciples du
Christ. Trop facilement accepté, il n’est pas autant pratiqué. D’un
côté nous savons bien son importance ; de l’autre, nous faisons
l’expérience de nos si nombreux manques d’amour : une fois de plus
nous allons prendre de bonnes résolutions…vite prises en défaut.
Alors, regardons d’abord ce que nous dit cet Evangile..
Nous sommes avec le chapitre 13 de l’Evangile de Jean dans le
discours de la Cène, peu avant l’arrestation de Jésus. Il fait nuit
; Judas va sortir pour s’enfoncer dans les ténèbres. Par contraste,
sur ces ténèbres resplendit une lumière, la gloire de Dieu : la
gloire de Dieu c’est ce Fils dont l’amour s’est manifesté dans les
plus quotidiennes de ses rencontres. Jésus a aimé l’humanité, il a
aimé les siens comme jamais ils n’avaient été aimés. Ce soir-là il
ne répond pas à l’iniquité par l’iniquité ; par le lavement des
pieds il vient de récapituler sa mission de serviteur, jusqu’à
donner sa vie.
Le don de sa vie c’est le don d’un commandement. Le commandement de
s’aimer, il nous le donne ; on ne donne que ce que l’on a de plus
précieux ; on ne donne pas ce qui est insignifiant ; on donne ce qui
doit rejoindre quelqu’un au plus profond de son cœur et de sa vie.
Jésus donne ce qu’il a reçu pour que les hommes en vivent. Jésus se
donne lui-même. De notre côté nous avons à recevoir ce commandement
comme un acte qui veut ce qu’il y a de meilleur pour nous.
N’oublions pas de dire « merci » pour ce don vivant.
Et ce commandement est nouveau : l’appel à aimer est déjà assez
nouveau dans cette culture de l’Antiquité qui cultive plutôt
l’amitié et la justice. Il est nouveau avant tout en ce qu’il se
fonde dans l’amour du Christ : « comme je vous aimés, aimez-vous les
uns les autres ». Il ne s’agit pas d’exécuter un ordre ou de
s’inspirer d’un principe mais d’entrer dans une relation avec Jésus
qui soit créatrice d’amour. L’amour que nous vivrons sera un
témoignage rendu à la gloire de Dieu ; il deviendra le signe de la
présence de Dieu dans notre histoire. L’amour dont nous sommes
appelés à aimer est la réalisation même de la vie de Dieu. A travers
le plus petit des gestes par où nous rendons témoignage à cet amour,
c’est Dieu que nous accueillons, c’est lui qui parle en nous, lui
qui se rend présent au monde. Commandement nouveau en effet car par
lui tout est renouvelé. D’après les mots de l’Apocalypse que nous
avons entendus, « Celui qui siège sur le trône déclare : ‘voici que
je fais toutes choses nouvelles ». Dans l’amour nous ne
reconnaissons plus la première création : là il y avait les pleurs,
les cris et la tristesse ; désormais toute larme sera essuyée, la
mort n’existera plus. Cette création nouvelle, promise et dont nous
croyons la venue marque sa force tous les jours : à travers Paul et
Barnabé Dieu ouvre aux nations païennes la porte de la foi, comme le
disaient les Actes des Apôtres. A travers ses disciples il se
manifeste à tous les peuples, à toutes les cultures de la terre, à
chacun personnellement.
« Comme je vous aimés, aimez-vous les uns les autres » ; Jésus nous
dit que toute miséricorde exercée, que tout geste animé par l’amour
de lui produira un ciel nouveau et une terre nouvelle. Son
commandement était nouveau au temps des premiers disciples ; il
l’est chaque jour encore ; nous n’aurons jamais fini de découvrir à
quoi il nous engage. Le commandement de l’amour est toujours nouveau
parce qu’il traverse les ténèbres et qu’il s’identifie à la force
joyeuse du Ressuscité. Le Ressuscité est la nouveauté même. La foi
n’est pas la répétition de l’ancien : elle doit conduire chaque jour
au renouvellement de la vie. La vie prend des expressions
inattendues et magnifiques quand elle répond à l’amour dont elle est
aimée.
En quittant ses disciples Jésus leur fait le don d’une parole qui
pour eux inaugure un commencement : c’est en vivant de ce don qu’ils
vivront avec lui. Si l’amour donné est le nom de Dieu, l’amour reçu
et vécu continuera l’œuvre de Dieu.
Non, le commandement du Christ à aimer n’est pas une banalité ; il
est une Révélation. Il est le don même du Père en son Fils, un don
qui oriente toute notre Histoire. Cet amour est une exigence absolue
et pourtant il nous est impossible de le réaliser absolument ; nous
le savons par expérience. Mais justement, ne soyons pas paralysés
par nos impuissances à aimer tous ceux que nous estimons non
aimables. Dieu ne nous veut pas dans les ténèbres. Lui qui est
Amour, c’est lui qui vient aimer en nous ; en nous il est l’auteur
de l’amour. Prions-le alors en ce jour, dans l’action de grâces et
la confiance, d’achever lui-même en nos vies ce qu’il y a commencé. |