Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

Lévites 13, 1...46 ; Psaume 101

1 Corinthiens 10, 31-11,1 

Marc 1, 40-45
 


 

 

Sixième dimanche                                                                                12 février 2006                      

 Père Pierre Faure,  jésuite

 

A chaque époque une nouvelle maladie contagieuse et inguérissable se répand en semant la peur. Pour éviter la transmission de cette maladie, les autorités de chaque pays décident des règles strictes de protection. En ce moment c’est la grippe aviaire. Il y a vingt ans c’était le sida. Il y a plus longtemps encore ce furent la tuberculose, la variole ou la peste. Et dans la Bible c’était la lèpre. Nous avons entendu dans le livre du Lévitique les règles données au peuple par Moïse pour éviter la contagion des lépreux. Pour la plupart de ces maladies la règle est la même : le malade est exclu de la vie sociale normale. Le lépreux est donc doublement victime : d’abord victime du bacille qui le ronge, et peut lui faire perdre les doigts, les orteils ou les yeux, et aussi victime de l’exclusion sociale qui lui est imposée pour éviter la contagion. Le lépreux qui vient trouver Jésus est donc une sorte de mort social, il ne peut avoir de relations qu’avec d’autres lépreux, et il sait qu’il va mourir à petit feu de la maladie qui le ronge.

Mais pour bien comprendre l’action de Jésus envers ce lépreux il faut se rappeler que, dans la Bible, aucune maladie n’est simplement « médicale » au sens où nous l’entendons aujourd’hui. La maladie est indissociable du péché, comme la guérison est indissociable du salut. La santé comme la maladie sont toujours liées à l’action de Dieu. Le malade est déclaré impur et la guérison ne peut être attribuée qu’à Dieu. La guérison de la lèpre était même considérée comme un acte comparable à la résurrection des morts, et donc attribuée à Dieu seul. C’est pourquoi la guérison de la lèpre fait partie des signes qui accompagnent l’arrivée du règne de Dieu. Pour prouver que le règne de Dieu est arrivé, Jésus, au début de sa mission, énumère ces signes et dit aux envoyés de Jean-Baptiste : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : ‘les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres’ ». L’action de Jésus est donc l’action même de Dieu. Et cette action est d’abord une énorme transgression de la Loi : d’abord de la part du lépreux qui vient jusqu’aux pieds de Jésus alors qu’il doit rester à distance à cause de la contagion, et bien sûr de la part de Jésus qui touche le lépreux impur et donc intouchable. Dans la mentalité biblique, on peut même dire que Jésus devient lui-même impur en touchant le lépreux. C’est ainsi que l’on peut comprendre la remarque de l’évangile : « il n’était plus possible à Jésus d’entrer ouvertement dans une ville. Il était obligé d’éviter les lieux habités… » Comme si Jésus lui-même était devenu lépreux. Saint Pierre écrit dans sa première lettre en parlant de Jésus sur la croix : « C’était nos péchés qu’il portait dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. »

Deux chemins s’ouvrent à chacun de nous pour accueillir dans notre vie cette action de Jésus.

La première voie est d’accepter d’être le lépreux, et de dire comme lui : « Si tu le veux tu peux me purifier ». Accepter de venir à Jésus tel que je suis ; accepter de faire vraiment confiance à Dieu qui accueille les obscurités et les recoins de ma vie, telle qu’elle est. Il faut souligner ici que cette attitude contraste fortement avec la plupart des religions, qui demandent au contraire que l’on soit d’abord pur avant de s’approcher de Dieu. En christianisme il n’en va pas de même : les lépreux, les boiteux, les prostituées, les impurs de toutes catégories sont accueillis et guéris par Jésus. En christianisme c’est Dieu qui purifie, c’est Dieu qui guérit. A chaque eucharistie, avant de communier au corps du Christ, la liturgie me fait dire : « Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. »

La seconde voie est d’être à mon tour le Christ qui touche le lépreux. Transgresser moi aussi, à ma manière, les barrières, les préjugés, les exclusions de toutes sortes dans la famille, le quartier, l’école ou l’entreprise pour accueillir, écouter, aider. En inventant les chemins du respect et du dialogue. En puisant la force d’aimer, dans l’amitié avec Jésus, et dans la prière confiante : « Près de toi se trouve le pardon : toute guérison et toute grâce. »