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6ème dimanche de
Pâques- Année
C
Jean 14, 23-29
Père Yves Simoëns, jésuite
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dimanche 9 mai 2010 |
Entre la résurrection de Jésus, son Ascension auprès
du Père et le don de l’Esprit à la Pentecôte, les propos de Jésus
sur l’Esprit Paraclet dans l’évangile de ce jour, extraits du
discours de la Cène, peuvent nous laisser attendre en paix ce que
Jésus vivant nous réserve maintenant.
L’Esprit de Jésus est un autre Paraclet, un
autre Défenseur, un avocat de la défense dans les combats et les
procès à mener et endurer dans la vie de foi, disait déjà un passage
précédent du même discours. Le Paraclet nous est encore rappelé dans
le texte que nous venons de lire et d’entendre. L’Esprit Paraclet nous
maintient en Jésus dans toutes les tempêtes et il n’est pas inutile de
nous le rappeler. Il nous souffle les dispositions, les attitudes, les
ajustements mais aussi les silences et la compassion de Jésus.
Interrogeons-nous sur ce qui manque à notre éducation chrétienne, pour
que toute notre personnalité soit évangélisée. Trop d’abstractions
dans les discours théologiques et spirituels, trop d’interdits
peut-être, entretiennent encore souvent la peur et les tensions.
L’Esprit de Jésus libère et met au large pour sauver et non pour
condamner.
Notre texte sur l’Esprit souligne encore
trois autres accents qui méritent d’être entendus. D’abord, c’est
l’Esprit, le Saint, comme dit le texte, que le Père enverra dans le
nom du Fils. « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis
saint » (Lv 19,2), dit déjà le livre du Lévitique au cœur des cinq
premiers recueils de la Bible. Jésus le redit en écho avec une
variante encore plus insistante dans le discours sur la montagne selon
Matthieu : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père
céleste est parfait » (Mt 5,48). Qu’est-ce que cela veut dire ?
Dieu seul peut sanctifier de sa propre sainteté. Il n’y a que l’Amour
qu’est Dieu à pouvoir rendre saint, à pouvoir sanctifier. Le contexte
de l’évangile et de la Bible le laisse entendre : l’Esprit communique
au croyant la vie même qui unit le Père et le Fils. C’est leur amour
mutuel qu’il communique pour qu’il soit le nôtre, grâce au Père dans
la proximité du Fils à tout homme et toute femme sur la terre.
L’Esprit, le Saint, se voit affecté de deux
fonctions qui lui sont spécifiques dans notre passage de l’évangile.
« Il vous enseignera tout et il vous fera souvenir de tout ce que je
vous ai dit. » Donc : enseignement et mémoire. Là encore, qu’est-ce
que cela veut dire ? Le verbe « enseigner » qui donne le substantif :
« enseignement », exprime ce que Jésus a en effet enseigné durant sa
vie, mais ceci mérite quelques précisions. Le verbe est ici au futur.
Cela veut dire que cet enseignement n’est pas simple rappel du déjà
dit ou du déjà connu. Il inventorie le non-dit qui s’applique aux
situations neuves et changeantes du monde et de l’histoire où Jésus
vivant continue à enseigner. Cet enseignement fut codifié et diffusé
par l’enseignement, la didachè des apôtres. Mais il intègre ce
que le terme évoque aussi de l’Ancien Testament. L’enseignement, c’est
la Torah ; « enseignement », c’est la traduction en français du mot
hébreu : Torah. Elle est au cœur des débats du premier concile de
Jérusalem dont nous parle la première lecture des Actes des Apôtres.
L’Écriture reste au cœur du concile Vatican II. Ce que l’Esprit
enseigne, c’est le prolongement de l’enseignement de Jésus et des
apôtres, comme interprétation actualisée de la Torah du Père à son
peuple élu en vue de toutes les nations, autrement dit aux douze
tribus des fils d’Israël (Ap 21,12) en vue du peuple issu des douze
apôtres de l’Agneau (Ap 21,14), comme le dit l’Apocalypse. Alors, en
ce sens, l’Esprit, autre Christ, son alter ego, est, certes,
pour nous, notre Torah. C’est à la condition que nous n’oublions pas –
l’Esprit est aussi mémoire ! – le trésor biblique de la Loi d’Amour de
Dieu et du prochain.
Nous voilà conduits à la deuxième fonction
de l’Esprit. « Il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »
Il ne s’agit pas d’un rappel de paroles apprises par cœur, encore que
la mémorisation ne soit pas exclue et qu’elle porte du fruit ! Il
s’agit plutôt de laisser l’Esprit actualiser la Parole vivante de
Jésus ressuscité, Lui-même vivant notre vie à chaque instant. Cette
Parole est elle-même accomplissement de celle du Père à son peuple en
vue de tous les peuples, dans l’Ancien Testament. Nous ne sommes donc
vraiment pas démunis. L’Écriture Sainte se condense et s’explicite
dans la Parole, dans le Verbe qu’est Jésus pour donner vie, sa vie, en
nos expériences humaines. La mémoire, à vrai dire, s’applique surtout
aux épreuves et souffrances que nous rencontrons. Jésus lui-même a en
effet recueilli l’enseignement de tout l’Ancien Testament en passant
par la Passion vers sa Pâque. Le même verbe : « Souviens-toi !»-zakor,
habite la conscience juive après la Shoah. Ibuka-« Souviens-toi »,
dit le kyniarwanda, pour rappeler le génocide du Rwanda dont nous
venons, le 7 avril dernier, de faire mémoire du seizième anniversaire.
Le message évangélique est clair. L’Esprit
Défenseur est le Saint qui communique la sainteté de Dieu en étant
enseignement et mémoire. Il se déploie dans les mots qui suivent,
repris à chaque eucharistie : « C’est la paix que je vous laisse,
c’est ma paix que je vous donne. » La paix-shalôm dit en hébreu
et dans le grec qui le traduit : eirènè, l’acquittement des
dettes, la justesse de toutes les relations avec Dieu, avec les
autres, avec soi-même. Cette paix est plénitude dans sa simplicité
même. Puisse-t-elle se communiquer entre nous dans nos moindres
rencontres et échanges comme on se salue à la juive en se disant :
Shalôm-« Paix ! Bonjour ! » Que l’Esprit de Jésus soit en ce sens,
plus que jamais, notre milieu de vie ! Et nous traverserons dans la
paix, une fois de plus, les turbulences de l’heure !
© Compagnie de Jésus
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