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6° Pâques A
Actes 8, 5...17
Psaume 65
1 Pierre 3, 15-18
Jean 14, 15-21
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6ème
dimanche
de Pâques A
Père Paul Valadier, jésuite
"Rendre
compte de l'espérance qui est en nous". Telle est la prescription
qu'énonce l'apôtre Pierre aux chrétiens. Prescription d'autant plus
étonnante qu'elle ne vient pas de Paul, le théologien, l'intellectuel,
mais de Pierre, l'artisan pécheur du lac de Galilée. Pierre tout homme
d'action impulsif qu'il ait été, a cependant bien compris qu'on ne
pouvait être chrétien sans rendre compte de sa foi et de son
espérance. Donc sans tout un travail de l'intelligence pour comprendre
et s'approprier le message du Christ.
Cette
prescription nous met en garde. La foi n'est pas un cri poussé dans le
vide ; elle n'est pas un sentiment vague éprouvé subjectivement dans
son intimité ; elle n'est pas non plus un saut dans l'absurde ou une
option irrationnelle injustifiable; il n'en va pas d'elle comme de nos
goûts artistiques qu'il est si difficile de faire partager. De la foi,
il faut que nous puissions rendre compte par des propos tenus en
raison et tels que d'autres puissent comprendre combien l'espérance
chrétienne est une perspective féconde, gratifiante, acceptable par
tout esprit qui réfléchit. Il le faut parce que notre foi est une
réponse à une Parole à nous adressée : cette Parole, comme toute
parole sensée, nous livre un message auquel notre intelligence peut
adhérer. Dieu nous invite à entrer dans une Alliance avec lui en
Jésus-Christ, et cette Parole, comme toute parole à nous adressée,
suppose bien qu'on la comprenne et qu'on y réponde par tout nous-même,
intelligence comprise. Déjà à ce niveau tout à fait fondamental, le
propos de Pierre se justifie parfaitement. Foi et espérance nous sont
proposées par une Parole divine pleine de sagesse qui appelle une
réponse libre et raisonnable, si du moins cette Parole nous parle et
nous nourrit de sa vie.
"Rendre
compte de l'espérance qui est en nous", demande Pierre. Mais pour
pouvoir en rendre compte devant les autres, il faut d'abord pouvoir en
rendre compte à nous-même ; il faut que nous puissions comprendre ce
que nous professons. La foi chrétienne suppose donc tout un travail
personnel d'appropriation et d'assimilation. Il nous faut en quelque
sorte évangéliser notre intelligence et notre raison, sans quoi nous
ne serions pas fidèles au Créateur qui nous a doué d'intelligence et
de raison. C'est dire que la foi se cultive. Nous nous cultivons dans
l'art du piano, ou dans le sport ; nous nous exerçons à pratiquer les
langues ou les mathématiques ; nous cherchons à progresser dans notre
profession. Pourquoi en serait-il autrement à l'égard de la foi ?
Beaucoup de chrétiens semblent tenir qu'on est chrétien une fois pour
toutes, comme une fois pour toutes on a les yeux bleus ou noirs. Or la
foi se cultive, sinon elle dépérit, de même que sans exercice nous
oublions la pratique du piano, du sport ou des langues. Sommes-nous
toujours conscients de la nécessité de cette tâche et de ce travail
sur nous-mêmes ? Chacun peut s'interroger : que fait-il pour se
cultiver chrétiennement, quelles lectures de l'Ecriture sainte, de
livres spirituels ou théologiques, à quels groupes de réflexion et de
formation participe-t-il ?
Certes
cette culture de notre foi ne se fait pas sans mal. Beaucoup de
chrétiens la redoute, ou en ont peur, parce qu'en effet toute
formation intellectuelle déplace des évidences ou bouscule des
préjugés auxquels on ne veut pas toucher. La culture de notre foi nous
fera assurément bouger, elle nous transformera, et il se peut que la
transformation soit douloureuse, comme toute croissance ; elle
aboutira à ce que nous nous déplacions, mais ne doit-on pas s'attendre
à un épanouissement qui nous fera grandir dans une meilleure
intelligence de Jésus-Christ et dans une vie plus véritablement
évangélique, et non pas à une perte ? Les moyens de cette formation ne
manquent pas aujourd'hui dans l'Eglise. Savons-nous en tirer parti
pour une vie chrétienne plus authentique ? ou sommes-nous prisonniers
d'une peur secrète de voir s'effondrer un système d'idées que nous
prenons pour la foi en Jésus-Christ ,
Je n'ai
volontairement insisté que sur la nécessité de rendre compte de notre
espérance devant nous-même. Mais ce travail est la condition pour que
nous puissions rendre compte devant les autres. Si nous ne sommes pas
au clair ou relativement au clair, sur notre engagement dans la foi,
comment en rendrions-nous compte à ceux qui en ignorent la beauté et
la grandeur ? Que l'Esprit de sagesse et d'intelligence nous donne le
goût de ce travail personnel intérieur à la foi. Si la parole de Dieu
trouve crédit et force devant notre esprit, notre parole et notre vie
trouveront les chemins secrets chez le non-croyant pour qu'à son tour
il découvre la beauté et la grandeur du message chrétien.
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