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Sixième
dimanche
de Pâques (A)
27
avril 2008
Père
Pierre Faure, jésuite
Actes 8,5-8.14-17
- Psaume 65 – 1 Pierre 3,15-18 – Jean 14, 15-21
Aujourd’hui 6ème dimanche de Pâques. Dimanche de Pâques. Et non plus
dimanche après Pâques comme on disait avant le Concile Vatican II.
Une manière nouvelle mais très traditionnelle d’indiquer que c’est
la même Pâque du Christ qui éclaire tous ce long temps pascal. Nous
fêtions Pâques il y a trente six jours. Dans 4 jours nous
célèbrerons la fête de l’Ascension, 40 jours après Pâques. Et dans
14 jours la fête de Pentecôte : 50 jours après Pâques. Pour de
bonnes raisons on parle beaucoup du temps du Carême. Mais on parle
bien peu du temps pascal, qui court le risque de devenir peu
différent du temps ordinaire. Après le travail de la conversion en
Carême, puis le temps des grandes célébrations des jours saints,
c’est comme si venait alors une sorte de repos bien mérité… que l’on
goûte tranquillement en regardant passer l’un après l’autre les
dimanches de Pâques. Pourtant, si le mystère pascal est au cœur de
la vie chrétienne, il se pourrait bien que le temps pascal soit
moins banal que nous le vivons trop souvent. Je voudrais regarder
cela de plus près avec vous.
Le temps pascal s’étend donc sur cinquante jours. Sept semaines et
huit dimanches. Le premier dimanche est celui de Pâques, et le
dernier, celui de Pentecôte. Déjà en Israël existait une fête des
semaines, célébrée sept semaines après Pâques. Une fête des
Moissons, fête joyeuse où l’on offrait la première gerbe de la
récolte. Et puis la Bible va se rappeler que Dieu a donné au peuple
la Loi au Sinaï, environ cinquante jours après la sortie d’Egypte.
Et cette fête des moissons deviendra naturellement un anniversaire
de l’Alliance, vers le 2ème siècle avant Jésus Christ. Cet
anniversaire préparait bien la Pentecôte du Nouveau Testament, fête
du don de l’Esprit par Dieu. Pour les premiers chrétiens, le mot de
Pentecôte désigna d’abord les cinquante jours du temps pascal, avant
de désigner la fête qui termine cette période. A cette époque on
parlait du temps pascal comme d’une « semaine de semaines », ayant
en mémoire bien sûr le livre de la Genèse où Dieu fit le monde en
une semaine. Une semaine de semaines pour entrer dans la nouvelle
création qui commence avec la résurrection du Christ. Non pas
répétition des semaines et des dimanches à l’identique. Mais
recréation, réinvention, libération de l’homme. Expansion et
dilatation de la résurrection, qui ont besoin d’un temps long, comme
au ralenti. Apprentissage progressif de nos yeux à la lumière
nouvelle. Lumière douce, comme dans une clairière, pour nous
habituer peu à peu à voir, dans cette lumière toute neuve, tout ce
qui fait notre vie. Le temps qu’il faut, pour prendre le temps
d’accueillir vraiment la lumière du Christ. Lumière de Dieu lui-même
qui vient, avec douceur et respect, jusque dans les recoins de notre
vie les plus cachés. Alors la vérité de notre vie peut se faire, peu
à peu, dans la paix, et elle apparaît dans sa beauté, et elle nous
donne la seule joie qui ne passera pas. Il faut donc bien toutes ces
semaines pour que s’infiltre en nous la vie nouvelle du Christ qui
vient nous transformer et nous grandir. Car cette vie nouvelle vient
en nous par le dedans, comme la sève dans les arbres. Et quelques
fois, la vieille écorce craque sous la poussée de la vie de Dieu qui
fait du neuf en nous. Notre cœur et notre corps, nos actes et nos
choix, doivent parfois se réajuster pour s’accorder à la nouveauté
de Dieu qui nous recrée à son image. Saint Paul parle de l’homme
nouveau qui est en nous et qui doit grandir jusqu’à ce que le Christ
soit tout en tous. Il parle aussi du vieil homme, vieux comme le
péché du monde, qui s’accroche mais qui n’a désormais plus d’avenir.
Il se pourrait bien qu’il y ait une conversion d’après la
résurrection comme il y a une conversion au temps du Carême.
Pour qui n’est pas habitué, ou pour qui a plus de difficulté à
croire, cette évocation du travail de la résurrection peut paraître
idéal ou utopique. En fait il s’agit seulement de prendre au sérieux
la résurrection du Christ comme le font les écrits du Nouveau
Testament et notamment ceux de Saint Jean que nous lisons souvent au
temps pascal.
Dans ces textes c’est toujours au présent que Jésus nous promet la
vie éternelle : au chapitre 6 de l’évangile Jésus dit : « Amen,
je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle »
(6, 47). Et aussi : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a
la vie éternelle » (6, 54) . Et le vieux Jean, en
terminant sa première lettre, au 5ème chapitre (1 Jn 5, 13) dit
encore : « Je vous ai écrit tout cela pour vous faire savoir que
vous avez la vie éternelle, vous qui mettez votre foi dans le nom du
Fils de Dieu. »
Et même la liturgie de l’Eglise reprend cette affirmation, en la
faisant encore plus concrète. La 6ème préface des dimanches du
Missel romain dit : « Dans cette existence de chaque jour que nous
recevons de ta grâce, la vie éternelle est déjà commencée… »
Je voudrais conclure en m’abritant sous l’autorité de Saint Jean, et
en reprenant sa manière : je vous ai dit tout cela pour vous faire
savoir que la vie éternelle est déjà commencée.
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