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Actes 10, 25-48
Psaume 97
1 Jean 4, 7-10
Jean 15, 9-17

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Sixième dimanche
de Pâques B
21 mai 2006
Père Michel Farin, jésuite
« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».
L’amour qui doit commander la vie de l’humanité selon la révélation que nous
en donne le Christ est un grand mystère, caché aux sages et aux savants a dit
Jésus, mais qui touche et bouleverse les petits, les tout petits, comme Jésus,
ceux qui s’abandonnent et se confient à ce qui leur écharpe et les déborde
complètement.
En effet, ce commandement de l’amour par Jésus, nous met devant un abîme,
puisqu’il s’agit de nous aimer les uns les autres comme Jésus nous a aimés et
que Jésus nous a aimés comme le Père l’a aimé. Nous sommes donc appelés à nous
aimer les uns les autres comme le Père aime le Fils, c'est-à-dire dans la
profondeur insondable de l’Esprit de Dieu, l’Esprit Saint, qui est tout autre
chose que le sentiment d’aimer.
Cet Esprit d’amour qui s’est exprimé pour nous à travers toute la vie, la mort
et la résurrection de Jésus, se donne par une initiative paternelle,
originelle, sans retour, sans condition : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi
j’ai mis tout mon amour ». Et Jésus dont la vie tout entière repose sur cette
Parole du Père, nous dira : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est
parfait… Aimez vos ennemis. »
Nous voyons bien ici en quoi l’Esprit d’amour qui nous est donné pour
commander notre vie transcende le seul sentiment d’aimer avec lequel nous le
confondons sans cesse. Je peux aimer un ami, à l’égard duquel j’ai ce
sentiment. Mais comment aimer un ennemi, à l’égard duquel j’ai justement le
sentiment contraire, de la haine.
Jésus lui-même témoignera de cet amour sans retour au-delà de tout sentiment
quand il attendra Judas dans le jardin des Oliviers. Il l’attend avec cet
amour du Père qui ne peut se reprendre mais non sans avoir dit à son Père :
« Pas ce que je veux, mais ce que tu veux ». Comment Jésus, à moins d’être
malade, pouvait-il avoir un sentiment d’amour pour le traître, mais il a aimé
l’homme Judas jusqu’au bout, comme le Père l’a aimé.
« Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés, comme le Père m’a
aimé ».
Cet amour peut donc nous commander ce que nous ne voulons pas. Mais c’est
l’Esprit qui nous commande et non pas une loi extérieure vis-à-vis de laquelle
il s’agirait d’être en règle. Et si Jésus obéit, dans le sang et les larmes,
c’est à ce que lui commande son Père dans l’intimité inimaginable de l’Esprit.
L’amour ne peut nous commander que de l’intérieur, là où la présence d’un
autre me touche, au-delà de toute image que je peux projeter sur lui, à
l’extérieur. Si je crois aimer quelqu’un parce que j’aime son image, je suis
dans ce que la Bible appelle l’idolâtrie et cet amour imaginaire va être mis à
l’épreuve par la vie. Vais-je toujours aimer cet homme dont l’intelligence me
bouleverse quand il va s’enfoncer dans l’inconnu avec une maladie Alzheimer ?
Car le propre de l’amour, de l’Esprit Saint, est de faire de la présence de
l’autre en moi, une présence unique, comme celle du Fils unique pour le Père.
Comme le Père m’a aimé… aimez-vous les uns les autres. L’unique, c’est ce
qu’est l’un pour l’autre dans l’amour, dans l’Esprit, et c’est cette œuvre de
l’amour qui fait, entre nous, l’humanité, la véritable humanité, à l’image de
Dieu.
Nous avons entendu l’écho d’une telle rencontre entre l’un et l’autre où
l’Esprit fonde l’humanité dans le Christ. C’est celle de Pierre et du
Centurion Corneille, dans les Actes des Apôtres. Il n’y avait pas spécialement
de sentiment amical entre un centurion romain et un pêcheur de Galilée. Et
pourtant l’Esprit d’amour a commandé leur rencontre malgré le mouvement de
retrait effrayé de Pierre à l’idée de partager l’intimité de l’Alliance divine
qui fait le peuple élu avec un païen. Mais l’Esprit du Christ a commandé cette
rencontre dans le cœur de l’un et de l’autre, afin que l’un et l’autre se
reconnaissent comme Dieu les connaît, uniques pour le Père, unique l’un pour
l’autre à travers le pardon de toute une histoire de haine. « Pierre alors
s’écrie : En vérité, je le comprends : Dieu ne fait pas de différences entre
les hommes… Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint s’empara de tous ceux
qui écoutaient la Parole. Tous les croyants qui accompagnaient Pierre furent
stupéfaits, eux qui étaient juifs, de voir que même les païens avaient reçu à
profusion le don de l’Esprit Saint. »
Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.
Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés
de joie.
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