Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

6ème dimanche de Pâques C                                                                                               dimanche 13 mai 2007

Père Jean-Yves Calvez,  jésuite

(Actes 15 1-2.22-29, Apocalypse 21, 10-14.22-23, Jean 14, 23-29) 

Le temps le plus long, l’ordinaire, le normal, du chrétien

Frères et sœurs : Nous sommes encore dans le temps de Pâques, nous l’avons souligné tout à l’heure en ouvrant cette célébration. Pourtant, le terme des cinquante jours après Pâques, ce temps très spécial nous le sentons depuis la nuit pascale, le terme de ces jours merveilleux se presse désormais, en ce milieu du mois de mai, pour nous amener, nous ramener, bientôt, au temps normal, ordinaire, temps le plus important de la vie des chrétiens. Et nous commençons à entrevoir les caractéristiques de ce temps. Je veux les faire ressortir un peu dès aujourd’hui en commentant quelques mots de nos lectures, pour demain, pour après Pentecôte, pour le temps le plus long de nos vies.

Qu’est-ce qui va être en effet caractéristique sous peu? Jésus l’annonce dès aujourd’hui : il va s’éloigner, disparaître même en tant qu’histoire particulière de notre histoire à nous, « je m’en vais », mais cet éloignement est en réalité le moyen pour lui d’être plus proche, d’être au cœur de l’existence de chacun, sans fracas, c’est le moyen pour lui d’être identifié en somme à chacun de nous: par son Esprit au lieu de sa chair. Ce qui va avoir lieu donc c’est la fin de la rencontre exceptionnelle de l’histoire de Jésus, fin de l’Evangile, peut-on dire aussi, ou de la lecture de l’Evangile, pour tel ou tel ce peut être la fin du moment d’une retraite où il a plus attentivement relu l’Evangile, et Jésus nous dit (un peu plus tôt dans le texte de saint Jean lu tout à l’heure) : « Vous ne me verrez plus », « Le monde ne me verra plus »,  paradoxe cependant en même temps : «Vous, vous me verrez ». Vous me verrez d’une nouvelle manière donc. Et : « Vous vivrez » (de moi, bien que devenu invisible). Saint Pierre nous dit, lui, dans une de ses lettres que l’Eglise nous fait lire une autre année : vous avez à faire votre défense ou votre apologie, à vous expliquer de votre foi, à parler donc, cependant vous avez surtout à vivre cette foi, votre parole c’est surtout votre « bonne conduite », votre vie, et c’est cette vie quotidienne, charité pratiquée dans tout le concret, qui a de l’impact sur autrui. En fait partie éminemment l’alliance conjugale que nous célébrons particulièrement dans notre Eucharistie de 11 heures ce 13 mai.

On voit, d’autre part, deuxième trait, s’approcher le temps de l’Esprit, je l’ai déjà dit tout à l’heure. Or l’Esprit, c’ est toujours discret : l’Esprit est justement présenté en saint Jean comme plus discret que les événements spectaculaires – pensons à ceux de la vie publique, de la mort et de la résurrection de Jésus. L’Esprit, c’est du coup cela de Jésus qui a été intériorisé à travers la rencontre historique, mais ce l’est vraiment maintenant intériorisé, et c’est prêt à rayonner de toutes les manières dont notre vie offre l’occasion, l’Esprit étant en cette vie.

La vie quotidienne est-ce alors une sorte de pis-aller comme il peut sembler dans certains propos sur la spiritualité ? C’est tout le contraire qu’il faut dire : la vie quotidienne est plutôt le lieu de la vraie et définitive présence de Jésus, présence d’esprit, intériorisée totalement. Et l’idéal est que nous puissions dire un peu, communiquer un peu, à l’usage de tout homme, sans jargon, ce qu’est ainsi Dieu en nous, à savoir l’Esprit : faire percevoir autant qu’il se peut l’homme imbibé de Dieu en nous, l’homme charité, l’homme pour les autres, homme véritable pourtant tout simplement, ou plutôt totalement. Ainsi, frères  et sœurs, il est bon qu’il y ait, et qu’il y ait toujours de nouveau, ces moments exceptionnels, le temps de Pâques, nuit surtout de Pâques, et la lecture de l’Evangile, et les temps de retraite, quelques jours, huit jours, pour approfondir l’Evangile, il est bon qu’il y ait… le dimanche, mais nous ne devons pas nous faire illusion : c’est la semaine, c’est le temps ordinaire, le temps après la retraite qui compte le plus, temps de Dieu en nous, de nous dans son Esprit, formidable réalité de l’unité entre Dieu et l’homme, traduisant la parole du psaume, que l’homme a été fait « un peu moins qu’un dieu ».

Et pourquoi dire tout cela ? Pour nous habituer, répondrai-je, nous entraîner, à vivre à tout moment cette unité, sans attendre l’exceptionnel, sans attendre la relecture de l’Evangile. Le temps chrétien par excellence c’est donc un temps pour tous les temps, un temps où la fleur de Dieu peut fleurir en tout moment, sur toute branche, dans toute rencontre, dans l’instant qui va suivre. Tout se transforme ainsi, tout se divinise. Et bientôt tout est prêt, aussi simple que ce soit, pour faire partir de l’œuvre même de Jésus, dont il fait hommage à son Père au terme du monde, au bout de l’histoire. Oui donc, repartons aujourd’hui, autant qu’il est possible, frères et sœurs, avec cette grande conviction. Amen.