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6° Pâques B
Jean 15, 9-17

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Sixième
dimanche de Pâques B
Père Marc Rastoin, jésuite
Notre Evangile est comme saturé d’amour ! Il commence et
finit par l’amour. L’amour… personne n’est contre ! Mais qu’est ce que cela
veut dire ? Quels en sont les signes ? Le Christ parle aussi d’amitié… Là
aussi ce n’est pas si simple : Il y a les ‘bons copains’, les ‘simples
connaissances’ et ceux que l’on appelle les ‘vrais amis’. Qui sont-ils ?
Pour paraphraser Kennedy, on pourrait dire : ‘Plutôt que de se demander ce
que mes amis peuvent faire pour moi, ne pourrais-je pas plutôt me demander
ce que je suis prêt à faire pour mes amis ?’ Qu’a fait Jésus pour ses «amis»
? La réponse est au cœur de notre Evangile : Il a «donné sa vie» pour ses
amis... Qui donne, reçoit… Qui se perd, se trouve… Qui aime, est aimé…
Jésus nous dit qu’une des premières caractéristiques de l’amour est de
«demeurer» ? Que signifie «demeurer» ? Nous sommes dans une époque dite de
‘fragilité des liens’, où les sociologues affirment que l’on ‘divorce par
amour’, où de jeunes couples se séparent après 6 mois de mariage, où l’on
zappe, où l’on veut ‘changer de vie’, éprouver ‘du neuf’, ‘se sentir vivre’,
‘faire des ‘expériences’. Le sens du verbe «demeurer» devient de plus en
plus du Chinois ou de l’Hébreu, je ne sais… Pourtant «demeurer» est
essentiel à l’amour. Lorsque le sentiment, la passion, s’efface, demeure la
persévérance patiente, la volonté d’aimer. En grec, ‘demeurer’ et
‘persévérance’ ont même racine. Comme pour mieux nous dire qu’aimer est plus
que le sentiment qu’on en a… A Gethsémani, le Christ est «demeuré» dans
l’amour de son Père alors même qu’il suppliait que «la coupe s’éloigne» de
lui et qu’il se sentait abandonné. C’est un mystère pour quiconque ne l’a
pas personnellement vécu. Le Christ nous le dit pour que nous en souvenions
au jour de l’épreuve et il nous en donne le signe : le premier des signes de
la vie spirituelle, la «joie». Elle n’est ni bonheur, ni la satisfaction, ni
le contentement, ni le plaisir.
N’est-ce pas ce qui envahit le cœur lorsque nous nous donnons vraiment,
lorsque nous donnons vraiment du nôtre ? Comme la «pauvre veuve» devant le
Trésor du Temple, elle qui a donné non pas seulement le «superflu» mais
aussi le «nécessaire» (cf. Lc 21,3). Le Christ est mort comme une pauvre
veuve, seul, sans enfants, sans ressources, sans amis présents, en donnant
toute sa vie, le nécessaire comme le superflu… Mais il a reçu la joie… Cette
joie nous l’éprouvons dans nos vies de manière fugitive. Entendons le
Seigneur nous dire qu’il veut qu’elle soit parfaite, accomplie, débordante :
«Donnez et on vous donnera; c'est une bonne mesure, tassée, secouée,
débordante qu'on vous versera» (Lc 6,38). Il s’agit d’aimer «comme» Jésus, à
sa manière, de donner au mot «amour» son sens le plus profond, le don, dont
le signe est la «joie».
Jésus change ensuite d’image : Il passe de celle de l’amour qui «demeure» à
celle des «amis» qui se connaissent bien et qui se confient l’un à l’autre.
Certains disent d’un couple heureux qu’il a su introduire l’amitié au cœur
de son amour mutuel. Comme si l’aspect un peu égocentrique de l’amour était
relayé par une compassion, une écoute attentive du bien de l’autre, une
amitié faite de force et de tendresse. Jésus sait que nous avons du mal à
envisager une telle relation avec Lui. Nous Le voyons comme un maître… et
nous avons raison ! «Vous m'appelez Maître et Seigneur et vous avez raison
car je le suis» (Jn 13,13) Mais Jésus ne veut pas que nous soyons des
serviteurs ignorants, serviles mais des « amis », engagés dans une œuvre
commune. «En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus
grand que son maître, ni l’envoyé plus grand que celui qui l’a envoyé.
Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites» (Jn 13,16-17).
«Heureux»… Nous retrouvons la «joie» que Jésus évoquait au début. Nous
devrions tous pouvoir dire, les paroles du roi Henri V d’Angleterre après la
bataille d’Azincourt, du moins si l’on suit Shakespeare ! : «We few, we
happy few, we band of brothers !», ce que l’on pourrait traduire par : ‘Nous
sommes peu nombreux mais nous sommes heureux et nous sommes un groupe de
frères’. C’est une bonne définition des amis de Jésus ! Des «amis» qui sont
des «frères» et qui y trouvent leur «joie»… Que cette joie nous envahisse
toujours davantage ! Amen.
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