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Isaïe 43, 18...25
Psaume 40
2 Corinthiens 1,18-22
Marc 2, 1-12
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Septième
dimanche
19 février 2006
Père Jean-Marc Furnon, jésuite
LA COMMUNION BLESSEE ET RESTAUREE
Un jour, je rencontrais Thomas. Il avait 24 ans et n’était pas bien
dans sa peau. A l’écouter, il me faisait penser à une belle maison
neuve qui serait fissurée en pleine façade.
Il me raconte qu’alors qu’il était en classe de troisième et que ses
parents étaient divorcés – il vivait avec sa mère- il ne faisait rien
en classe. Sa mère appelle son père pour lui dire : « Ton fils ne fait
rien en classe et il va rater son BEPC ». Alors le père de Thomas
l’invite à jouer au tennis et lui dit : « Ta mère m’a dit que tu ne
fais rien en classe et que tu vas rater ton BEPC. Si tu le réussis, je
te paie une mobylette ». Aussitôt, Thomas s’est mis à travailler et a
réussi son BEPC. Tout content, il cherche alors à joindre son père au
téléphone mais il n’y arrive pas ; son père est toujours occupé et n’a
pas le temps de le recevoir. Alors Thomas décide d’aller au tennis où
il est sûr de trouver son père. Il le trouve et lui dit : « Papa, j’ai
réussi mon BEPC ». Son père lui répond : « Je le sais, ta mère me l’a
déjà dit ». Thomas lui dit : « Et ma mobylette ? ». Son père lui
répond : « C’était pour te faire travailler ».
Ce père ne s’est probablement pas rendu compte de ce qu’il a fait en
répondant ainsi à son fils. Il a manqué à sa parole. Ainsi il a brisé
quelque chose entre eux. « Briser la communion » c’est l’image que l’Eglise
emploie pour parler du péché. Elle dit que le péché est un acte, qu’on
reconnaîtra comme une faute, qui brise la communion fraternelle, qui
la blesse ou qui l’ébrèche.
Ainsi, parler mal de son fils, de sa fille, de sa femme ou de son mari
en leur absence ou bien parler mal d’eux, alors qu’ils sont présents
et devant des amis, voilà ce qui blesse la communion. Se moquer, faire
de l’humour sur les faiblesses des autres sans charité au sujet de
leur corps ou de leur intelligence, voilà qui blesse la communion. Ne
pas tenir sa parole, s’enfermer dans le mutisme, voilà ce qui blesse
la communion.
La gravité du péché tient à ce qu’il brise la communion. La rupture de
communion est souvent indolore pour celui qui la brise ; on s’enfonce
dans le mutisme, dans le déni, on s’y habitue. C’est la grâce de Dieu
qui nous révèle que tel acte que nous avons posé a provoqué une
rupture de communion.
Le jour où Jésus a dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont
pardonnés », Jésus s’est adressé à un papa de Thomas. Un papa à la
fois paralysé par son orgueil et consentant à être porté vers Jésus
par quatre amis.
Jésus ne lui fait pas la morale, Jésus guérit une blessure cachée, en
cet homme et entre cet homme et les autres ; Jésus le remet en
communion avec les autres et il le signifie en le libérant de sa
paralysie corporelle : « Lève toi, prends ton brancard et marche ! ».
Qu’est-ce que le sacrement de réconciliation sinon une telle
expérience ? La rencontre entre le paralysé et Jésus nous éclaire sur
ce sacrement.
- D’abord, l’homme n’est pas seul. Porté par quatre hommes, il
s’approche volontairement de Jésus en exposant devant Jésus sa
paralysie et, ce faisant, il accepte de vivre une descente dans la
nuit du péché. Cet homme c’est moi dans ma liberté, les quatre hommes
c’est l’Eglise qui me porte et qui se tient devant son Seigneur avec
moi.
- Ensuite l’écoute de Jésus qui parle, du profond de la miséricorde de
Dieu. Celui qui tient la place du Christ c’est le prêtre ; il est pour
moi le Christ qui se fait proche de moi et dont j’entends,
corporellement, la parole de pardon : « Et moi, au nom du Père et du
Fils et du Saint Esprit, je vous pardonne tous vos péchés».
- Enfin l’homme s’en va, Jésus n’étant plus là, pour retrouver les
siens. Une autre vie commence, une vie habitée par l’humilité où
l’homme ose revenir à la vie ; le papa de Thomas peut regarder son
fils et se laisser regarder par lui dans la lumière du pardon,
ré-entrant ainsi dans une communion restaurée.
Le Catéchisme de l’Eglise catholique ajoute que blesser la communion
fraternelle c’est offenser Dieu, c’est rompre la communion avec notre
Seigneur. On se demande parfois pourquoi ? C’est très simple : si un
père aime son fils et que quelqu’un humilie ce fils, il atteint
directement le père de ce fils. Manquer de parole à Thomas, c’est
directement atteindre le cœur de Dieu, son Père.
Dans l’Eglise, il y a deux conversions nous dit saint Ambroise de
Milan : l’eau du Baptême et les larmes de la Pénitence. Ces larmes
sont un don.
Que j’éprouve contrition, honte, douleur ou larmes pour mes péchés,
c’est Dieu qui donne la grâce. Pour moi, je n’ai pas à attendre
d’avoir le cœur tout brûlant pour m’approcher du sacrement de la
conversion. La contrition de ma conscience, même sans émotion
particulière, suffit.
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