Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Septième dimanche B                                                                                       22 février 2009

Père Pierre Faure, jésuite                           

Marc 2, 1-12

 L’originalité du récit que nous venons d’entendre est de joindre la guérison du paralysé au pardon de ses péchés. Le plus souvent, dans l’évangile, Jésus interroge d’abord le malade sur sa foi, ou sur son désir de guérir. Or ici, Jésus, qui a vu la foi des quatre hommes portant le paralysé, annonce directement au malade : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » Jésus, qui parle devant une foule compacte, est probablement conscient de provoquer les scribes qui sont là. Car dans l’expression au passif « sont pardonnés », tout juif comprend « sont pardonnés par Dieu ». Donc Jésus se prend pour Dieu, donc il blasphème, et c’est très grave.

Mais pour nous, modernes et post-modernes, confiants dans la science et la médecine, nous butons sur une autre question : « est-il possible que ce paralysé soit malade à cause des péchés qu’il a commis ? Jésus pense-t-il vraiment que la paralysie de cet homme est la punition de ses péchés, puisque le pardon des péchés intervient avant la guérison ? » Dans le même sens, et encore ces jours-ci, les informations nous rapportent qu’un prêtre justifie une catastrophe naturelle comme punition par Dieu de l’inconduite des habitants du pays dévasté. Et nous savons qu’il s’est parfois trouvé des chrétiens pour dire que, par le Sida, Dieu punissait les homosexuels.

Jésus lui-même arrête ces propos scandaleux dans l’évangile de Jean au chapitre 9, à propos de l’aveugle de naissance. Je vous rappelle le texte : « Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : ‘Rabbi, pourquoi cet homme est-il aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ?’ Jésus répondit : ‘Ni lui, ni ses parents. Mais l’action de Dieu devait se manifester en lui. » La réponse de Jésus est nette et sans équivoque : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché ». Mais on voit bien que spontanément les disciples interprètent la maladie comme une punition du péché. L’actualité est là pour nous rappeler que cette manière de voir est encore active. N’oublions donc jamais la réponse de Jésus qui arrête net l’interprétation de ses disciples.

Nous pourrions aussi faire mémoire du récit du prophète Elie qui va à la rencontre de Dieu sur la montagne du Sinaï. « A l’approche du Seigneur, il y eut un ouragan… mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; après l’ouragan il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans le feu, et après ce feu, le murmure d’une brise légère. Alors Elie sortit de la caverne où il était, et entendit la voix du Seigneur lui parler. » Magnifique récit par lequel, huit ou neuf siècles avant le Christ, le premier testament nous fait déjà sortir d’une vision que l’on pourrait appeler « animiste ». Dieu n’est pas dans le cyclone, ni dans le tsunami, ni dans le feu, ni dans aucune guerre, ni dans aucune maladie. Dieu est parole adressée à l’homme pour le sauver. Dieu est amour. Jésus ne cesse de nous montrer qu’Il est, pour toujours, du côté des victimes.

Et c’est l’autre enseignement de notre récit : Jésus guérit et relève celui qui était immobilisé par la maladie. Dieu rend la vie et la liberté de mouvement à un corps qui était paralysé.
Mais la question reste : pourquoi Jésus commence-t-il par le pardon des péchés du paralysé ?
Il se pourrait que nous ayons là l’occasion d’élargir notre conception du péché trop souvent moralisante. L’immobilité du paralysé est une figure du péché. Cet homme paralysé, c’est l’homme arrêté, immobilisé sur le chemin de sa propre création. Or ce qui immobilise l’homme sur le chemin qui le mène à l’image et ressemblance de Dieu, c’est l’absence d’amour, autrement dit le péché. En effet,  pour la Bible, le péché n’est pas que dans la faute morale. Il est tout autant dans le manque de foi et de reconnaissance de Dieu et envers Dieu. Etre pécheur c’est préférer l’immobilité pour soi plutôt que la marche vers Dieu pour l’amour de lui. Il y a quelques années, un diocèse de France avait mobilisé ses fidèles pour une année de la mission, avec le slogan : « Un pas vers Dieu, un pas vers les autres ». Et chacun recevait un porte-clé qui représentait deux bonnes chaussures de marche. Sortir du péché, c’est toujours se lever, avancer et se mettre en marche pour aimer. Le contraire du péché n’est pas la vertu, mais l’amour qui nous fait avancer vers les autres, et l’action de grâce qui nous ouvre au don de Dieu.


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