Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

7ème dimanche de Pâques- Année C        

Jean 17, 20-26

Père Marc Rastoin, jésuite   

 dimanche 16 mai 2010

         Ce sommet théologique de l’évangile de Jean assume ouvertement son paradoxe : Jésus est censé parler à ses disciples avant sa Passion. Mais en fait, c’est le Christ ressuscité, le Christ d’après la Passion, qui nous parle, à nous qui venons après les Apôtres. A nous qui pourrions être tentés dire : "Nous n’avons pas connu Jésus le prophète de Galilée, nous n’avons pas entendu Jésus nous racontant ses paraboles, nous n’avons pas vu Jésus ému devant les malades, et pleurant sur son ami Lazare… Hélas nous sommes trop loin de lui"… A nous qui pourrions nous sentir en quelque sorte désavantagés. L’évangéliste nous dit : "Ne pensez pas ainsi ! Le Seigneur vous donne son Esprit et vous ferez des choses plus grandes encore. Le Seigneur vous donne de le connaître vraiment par la foi et il n’y a pas de connaissance plus grande que celle-là. L’évangéliste illustre ainsi lui-même ce qu’il annonce; il est la preuve vivante de la vérité de ce qu’il dit. Jésus continue à parler. Jésus continue à être présent au milieu des siens et à leur donner une parole de vie. Jésus Ressuscité parle de nouveau et il dit du nouveau."

          Quelle est cette parole nouvelle que le Fils annonce ? Uni au Père d’une union parfaite, il n’a pas cessé d’être lui-même. Il n’avait jamais cessé d’être uni au Père. Cette unité n’est pas la confusion et l’annihilation du soi. Et cette unité entre le Père et le Fils annonce l’unité, entre lui et nous, et entre nous. « Qu’ils soient un comme nous sommes un. » Tout est dans le "comme". Cette unité n’est pas une fusion où l’un des deux disparaitrait ou s’effacerait. C’est une unité réelle, parfaite, mais qui exalte la personnalité propre et la fait grandir. Une unité faite d’un tissu d’appels et de réponses, faite de donner et de recevoir. Dieu est en lui-même un perpétuel et immense courant d’échange et d’amour. La gloire du Fils est de toujours à toujours et elle nous est destinée : « Je veux qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé dès avant la création du monde ». Non seulement qu’ils la voient mais qu’ils y entrent !

          Entrer en communion profonde avec Dieu, c’est accéder peu à peu à notre pleine stature. Pas de peur à avoir ! Cela dessine notre vocation de chrétien, quel que soit notre âge ou notre état de vie. Un chrétien apprend à se trouver en se donnant. Par exemple, un couple chrétien est un couple où chacun se donne à l’autre et se reçoit de lui, devient de plus en plus vivant, de plus en plus lui-même, dans la mesure même où son don de soi est plus total. Il en va de même du religieux: plus il s’unit au Christ, plus il grandit en liberté. C’est encore le modèle à contempler pour comprendre l’amitié vraie, l’amour parental juste et pour tous les baptisés la charité authentique, une charité qui exclut peu à peu le retour sur soi. Comment apprendre à entrer dans ce mouvement où le don sincère de soi-même mène à un être plus vrai ?? Telle est la question - finalement la seule question - de nos vies.

         Le Christ nous promet le don de son Esprit, un Esprit qui nous fera entrer dans une vérité encore plus large. Il annonce un Esprit qui fera réaliser des choses encore plus grandes… Il nous appelle à ne pas avoir le regard fixé sur le passé – même sur les magnifiques paroles qu’il a dites en Galilée - et sur les dons que nous avons reçu – même s’ils sont grands. Il nous dit : "Celui qui a soif qu’il approche !! Elargissez vos ambitions, ne vous contenter de ce que vous avez connu" : « Je leur ai fait connaitre ton nom et je leur ferai connaitre encore » ! Encore ! Davantage ! Nous n’aurons jamais fini de sonder la profondeur de l’amour de Dieu, l’immensité de son être, du nôtre et de celui de ceux que nous aimons… Le Seigneur est en avant de nous ! Le Seigneur a encore des choses à nous dire. Les mots d’un poète contemporain, Nâzim Hikmet, le disent mieux que je ne saurais le faire…

« La plus belle des mers,

          est celle où l’on n’est pas encore allé.

Le plus beau des enfants

          n’a pas encore grandi.

Les plus beaux de nos jours,

          ceux que nous n’avons pas encore vécus.

Et ce que je veux te dire de plus beau,

          c’est ce que je ne t’ai pas encore dit » (24 Septembre 1945).

   

© Compagnie de Jésus