Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


Homélie             

                                                                                             

Septième dimanche de Pâques (A)                                                                                                   4 mai 2008

Père Pierre de Charentenay, jésuite                                                           

Actes 1, 12-14 - 1 Pierre 4, 13-16 - Jean 17, 1-11

Pour une plus grande gloire de Dieu

 

Nous avons célébré récemment la fête de l'Ascension et nous célébrerons la Pentecôte la semaine prochaine. Nous sommes dans un temps assez étrange pour les disciples, un temps où le Christ a quitté cette terre sans qu'ils sachent plus précisément ce qu'ils vont devenir. Ainsi la première lecture nous les montre se réunissant dans la prière avec Marie et quelques femmes. On nomme chacun des disciples avec une simplicité déconcertante, car ils ne font rien de particulier. Ils ont l'air d'attendre quelque chose. Ils prient ensemble, mais c'est tout. On ne sait pas s'ils ont des plans, s’ils s’inquiètent ou s'ils regrettent le passé. On sent quelque chose de passif, un certain attentisme à la lecture de cette scène.

Dans cette ambiance d'entre deux, les textes de ce jour nous invitent tous à méditer sur la gloire, sur l'Esprit de gloire, l'Esprit de Dieu qui repose sur nous. Que faut-il entendre par là ?

La gloire, voilà un mot que nous connaissons bien sur cette terre. C'est une chose après laquelle nous courons sous différents noms : la renommée, la célébrité, l'honneur. Et sous une forme plus locale ou personnelle, la considération. Les hommes modernes courent après la renommée. Regardez la manière dont les foules se précipitent pour se porter candidat à passer à la télé. Passer à la télé, voilà qui serait la plus grande gloire et la plus grande renommée. Avec le rêve parfois de la gloire du pouvoir, ou de celle de la richesse. Des journaux vivent d’ailleurs de ce désir de connaître ceux qui partagent cette renommée, les stars, les princesses, ou comme on dit en français, les « people ».
Tout cela a parfois quelque chose de pathétique. La littérature s'est abondamment moquée de ces bouffons qui sont pleins d'eux-mêmes, tel le bourgeois gentilhomme de Molière qui voulait se faire Mamamouchi.
Les vanités du monde nous attirent et nous travaillent.

Voilà une des expériences fondamentales que St Ignace a faite pendant sa guérison, après sa blessure de Pampelune. Elle fut déterminante pour sa vocation et son avenir.
Il raconte qu'il était très attiré par les vanités de ce monde, les actes héroïques, les récits de chevalerie, les dames de haute noblesse, et probablement par derrière cela, par la richesse, le pouvoir, une certaine gloire dans le monde.
Mais, dans la lecture de la vie des saints et dans celle de la vie du Christ, il s'est aperçu qu'il ressentait en même temps une attirance plus grande encore pour une autre gloire, celle qui le mettait à la suite du Christ dans la pauvreté et dans l'humilité.
Il a donc commencé à réfléchir sur la voie qu'il devait prendre. Et il s'est décidé à suivre le Christ avec la formule que nous connaissons : « pour une plus grande gloire de Dieu ».

C'est l'invitation de ce jour : suivre le Christ pour la plus grande gloire de Dieu.
Mais que signifie suivre le Christ et glorifier Dieu sur la terre ?
St-Jean nous le dit dans l'Évangile : c'est accomplir les œuvres que Dieu nous a confiées, de la même manière que le Christ accompli l'œuvre qui lui a été confiée par son père.
Ces indications représentent un travail à accomplir, une mobilisation de tout ce que nous sommes pour pouvoir apporter cet amour de Dieu au monde. C'est une orientation de toute l'existence.

Voilà l'invitation de ce dimanche : redécouvrir le goût pour la gloire de Dieu, pour l'Esprit de Dieu, pour Dieu lui-même au lieu d'entretenir en nous le goût de la gloire du monde, du vedettariat et des stars du spectacle.
Mais pour cela, il faut faire un choix, il faut une ré-orientation de nos regards et de nos vies, de la même manière que St Ignace a réorienté sa vie en tenant compte de l'appel de Dieu.
Il nous reste donc à nous mettre en condition d'écoute, surtout si nous avons une décision à prendre, pour être assez libre pour nous décider « pour une plus grande gloire de Dieu ».

Nous nous retrouverons ainsi dans l'attitude des apôtres après l'Ascension, mais dans une position différente de celle que nous pensions à première vue, celle d’une vraie disponibilité. C'est bien autres choses que d'attendre et d’être passifs. En fait, les apôtres prient pour se rendre prêts à l'action de Dieu, à la gloire de Dieu. Ils sont disponibles. Ils se préparent.
C'est ainsi qu'ils pourront accueillir l'Esprit de Dieu qui les enverra dans le monde. Ils restent ouverts à la seule gloire de Dieu.



 


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