Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Septième dimanche de Pâques B                                                                  dimanche 24 mai 2009

Père Marc Rastoin, jésuite           

Actes 1,15-26 ; Ps 102 ; 1 Jean 4,11-16; Jean 17,11b-19

         Jésus n'était pas seul1. Jésus de Nazareth n’a jamais été seul. Jésus ne se déplaçait pas sans ses Apôtres. Dès le début. Il les a choisis personnellement. Il les a choisis dans la prière. Il les a choisis et formés. « J’ai veillé sur eux ». « Il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer [ …]. Il établit les Douze » nous dit Marc (Mc 3,14-16). Pourtant ils ne comprenaient rien. Ils faisaient obstacle à son contact avec les petits enfants et les femmes. Ils se disputaient souvent. Et pourtant. Et pourtant, il les a choisis. Choisis « pour être avec lui » et il les a envoyés en mission pour qu’ils fassent ce qu’il faisait lui et pour dire ce qu’il disait lui : « De même que Tu m’a envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde ». La prière très théologique de Jean ne nous donne sans doute pas les paroles même de Jésus de Nazareth mais elle nous en livre totalement l’esprit. Comment ne pas être frappé en effet par la confiance inlassable que Jésus a eu en ses Apôtres ? Ils avaient du prix à ses yeux. Ils étaient immensément importants pour lui. La première chose qu’il fait pour eux, c’est de prier et c’est encore la dernière chose qu’il fera pour eux à Gethsémani. Jean nous le dit ici : « Les yeux levés au ciel, il priait ainsi ». Mais Luc nous le disait aussi: « Simon Simon j’ai prié pour toi. Quand tu seras revenu affermis tes frères. » (Lc 22,31)… Pour Jésus et les Douze tout commence et tout finit par la prière.

         Le Seigneur nous a fait don de tant de choses. Mais le plus grand don ce sont des êtres, ce sont des corps : le sien et celui des Apôtres. « Les dons qu’il a fait aux hommes’ ce sont d’abord les Apôtres’ » (Ep 4,11) entendions-nous jeudi. Ce ne sont pas d’abord des paroles ou des consignes, des choses ou des rites, que Jésus nous a donnés. Outre lui-même, il nous a laissé des hommes, des hommes concrets, des êtres de chair et de sang, les Apôtres et, pour l’éternité, notre Eglise est apostolique. Ce sont ces pécheurs du lac de Tibériade, ce zélote, ce collecteur d’impôts, ces Galiléens, sur lesquels reposent désormais son aventure. De même que son Père l’avait donné au monde comme un homme semblable à nous en toutes choses excepté le péché, de même Jésus le Fils ne nous donne pas d’abord des paroles mais des hommes. Jésus n’a rien voulu écrire. Il a transmis un élan, un souffle, une foi, un nom de Père : Abba. Et les Apôtres n’ont écrit que pour transmettre à leur tour ce même élan, ce même souffle, ce même nom…

         Alors nous pourrions être découragés d’entendre que Judas, « qui pourtant était l’un de nous et avait reçu sa part » était l’un de ces Douze. Il nous faut réentendre alors que Jésus les a choisis en connaissance de cause. C’étaient des hommes et Jésus les a choisis. C’étaient des hommes comme nous et Jésus les aimait. C’étaient des hommes comme nous et Jésus leur a fait confiance. Totalement. Il leur a tout livré, tout donné. Il n’a rien gardé pour lui. Et eux à leur tour se sont donnés entièrement, surmontant l’amertume de la trahison  de Judas et de leurs propres reniements. Ils ont cru et ils ont parlé : « Nous avons reconnu et nous avons cru » De même que Jésus a témoigné de l’amour du Père, eux aussi ont témoigné : « L’amour de Dieu est parmi nous ». Et de même qu’eux ont témoigné nous aussi nous avons à témoigner. Dans les épreuves comme dans les joies, dans la désolation comme dans la consolation, parents et enfants, religieux et laïcs, jeunes et vieux, tous ensemble. ~ynymhm ynb ~ynymhm wnxnh : Nous sommes croyants, fils de croyants2, héritiers des saints, successeurs des Apôtres, témoins de la Résurrection, après eux mais comme eux, chacun pour notre part.

Jésus n’était pas seul et nous ne sommes pas seuls. Il ne nous a pas laissé orphelins. Il nous a donné les uns aux autres comme des cadeaux de grand prix. Et accueillir ce don, c’est entrer dans la même joie que lui. Cette joie est celle-là même du Seigneur. « Pour qu’ils aient en eux ma joie ». Qu’elle nous établisse toujours davantage dans un don toujours plus semblable à celui du Christ. Amen.

1 Allusion à l’article de Paul Beauchamp : « Jésus Christ n’est pas seul » RSR 65 (1977) 243-278.
2 Selon les paroles d’un chant de Mordechai Ben David.

 

 


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