Par cette longue prière en présence de
ses disciples, Jésus exprime ce qu’a été sa mission : « glorifier le
Père » C’est à dire faire que Dieu soit connu et reconnu pour ce qu’il
est. C’est ce que Jésus a fait, et il le rappelle à son Père , en lui
disant : : « J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m’as
donnés »
Cette révélation n’a pas été simple. Il a fallu que ses apôtres
côtoient longuement Jésus, qu’ils se trompent d’abord sur son
identité, qu’ils deviennent les témoins bouleversés de sa mort ,
qu’ils doutent encore devant l’évidence grandissante de sa
résurrection, avant de deviner à travers Jésus celui qu’il leur a
présenté comme étant « mon Père et votre Père ».A l’heure où Jésus est
sur le pont de les quitter, c’est chose faite : « Maintenant, dit-il,
ils ont vraiment reconnu que je suis venu d’auprès de toi. » Ainsi le
Père et le Fils sont-ils reconnus pour ce qu’ils sont. Du moins par
les hommes de bonne volonté. Pour d’autres, il est dit : « Ils n’ont
connu ni le Père ni le Fils. »
Reconnaître Dieu pour ce qu’il est, c’est toujours une tâche qui
rencontre en nous bien des obstacles. Car, depuis toujours, Dieu est
soupçonné d’être le rival de l’homme, de ne pas vouloir vraiment son bonheur
Le serpent de la Genèse, continue à nous murmure insidieusement à
l’oreille : « Dieu vous a menti. » Nous allons dans ce sens quand nous
imaginons que les épreuves qui nous touchent sont voulues par Dieu. Quant à
Jésus, les gens le prennent pour un samaritain et un pécheur ; et au fur et
à mesure qu’on avance dans l’évangile, l’hostilité des responsables grandit.
Elle aboutit à ce que le Père et le Fils soient méconnus , refusés et que
Dieu soit finalement liquidé en la personne de son témoin, le Christ.
Et puis, voici que, l’heure est venue, où la vérité sur Dieu va être
rétablie par le Christ, qui en sera lui-même glorifié. Car la glorification
du Père passe par le Fils et même par nous : « Je trouve ma gloire en eux,
dit Jésus, en parlant de ses disciples. » Pour le dire d’un mot, glorifier
le Père, c’est manifester aux yeux de tous qu’il est amour – et qu’il n’est
qu’amour.
C’est en nous parlant de Dieu comme d’un Père, c’est en nous le faisant
voir comme sortie de soi, mouvement vers l’autre, que Jésus nous apprend ce
que c’est que l’amour selon le cœur de Dieu . Car, au cœur du monothéisme le
plus pur, Jésus fait l’expérience d’un Dieu essentiellement tourné vers
l’autre. Il nous dit que Dieu lui-même est relation. Que sa paternité ne
s’ajoute pas à sa divinité. Il n’est pas d’abord Dieu et ensuite Père. Non :
il est Dieu dans la relation qui l’unit au Fils. Le Dieu et Père de Jésus
n’est pas un être solitaire, narcissique, replié sur sa gloire et se
gardant jalousement lui-même. Pour lui, être, c’est donner naissance à un
autre. C’est donc un Dieu qui se dit tout entier dans cette parole : « Tu es
mon Fils bien-aimé. »
Mais le
lieu par excellence où il est manifeste que Dieu est amour, c’est la croix ;
c’est le fait que Jésus accepte librement la croix que nous lui dressons
pour le châtier de dire ce qu’il est : le Fils Bien-aimé. Comme Jésus est
haï sans raison, il nous aime sans raison. En regardant le Christ se laisser
crucifier, nous apprenons que Dieu est don de soi, que sa toute-puissance
est celle de l’amour, car c’est un Dieu qui se dépouille de lui-même pour
que l’autre vive. La croix, dressée à tout jamais sur le monde, par nous et
devant nous, n’est donc pas signe de mort, surtout pas de châtiment, encore
moins de revanche, elle n’est que signe d’amour C’est en réponse à l’amour
du Fils Bien-aimé que Dieu surmonte la mort qu’il n’a pas voulue : la mort
du Christ et la nôtre.
Telle est
la Bonne nouvelle qui rejoint chacun de nous, pour que nous l’annoncions à
toutes les nations. Ainsi se répandront la gloire de Dieu, la gloire du
Christ, et par là-même la vie du monde.