Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

7° Pâques A

Jean 17, 1-11

 

Septième dimanche de Pâques B

     Père Jean-Paul Mensior, jésuite

 

      Par cette longue  prière en présence de ses disciples, Jésus exprime ce qu’a été sa mission :  « glorifier le Père » C’est à dire faire que Dieu soit connu et reconnu pour ce qu’il est. C’est ce que Jésus a fait, et il le rappelle à son Père , en lui disant : : « J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m’as donnés »

      Cette révélation n’a pas été simple. Il a fallu que ses apôtres côtoient longuement Jésus, qu’ils se trompent d’abord sur son identité, qu’ils deviennent les témoins bouleversés de sa mort , qu’ils doutent encore devant l’évidence grandissante de sa résurrection, avant de deviner à travers Jésus celui qu’il leur a présenté comme étant « mon Père et votre Père ».A l’heure où Jésus est sur le pont de les quitter, c’est chose faite : « Maintenant, dit-il, ils ont vraiment reconnu que je suis venu d’auprès de toi. » Ainsi le Père et le Fils sont-ils reconnus pour ce qu’ils sont. Du moins par les hommes de bonne volonté. Pour d’autres, il est dit : « Ils n’ont connu ni le Père ni le Fils. »

     Reconnaître Dieu pour ce qu’il est, c’est toujours une tâche qui rencontre en nous bien des obstacles. Car, depuis toujours, Dieu est soupçonné d’être le rival de l’homme, de ne pas vouloir vraiment son bonheur Le serpent de la Genèse, continue à nous murmure insidieusement à l’oreille : « Dieu vous a menti. » Nous allons dans ce sens quand nous imaginons que les épreuves qui nous touchent sont voulues par Dieu. Quant à Jésus, les gens le prennent pour un samaritain et un pécheur ; et au fur et à mesure qu’on avance dans l’évangile, l’hostilité des responsables grandit. Elle aboutit à ce que le Père et le Fils soient méconnus , refusés et que Dieu soit finalement liquidé en la personne de son  témoin, le Christ.

     Et puis, voici que, l’heure est venue, où la vérité sur Dieu va être rétablie par le Christ, qui en sera lui-même glorifié. Car la glorification du Père passe par le Fils et même par nous : « Je trouve ma gloire en eux, dit Jésus, en parlant de ses disciples. » Pour le dire d’un mot, glorifier le Père, c’est manifester aux yeux de tous qu’il est amour – et qu’il n’est qu’amour.

     C’est en nous parlant de Dieu comme d’un Père, c’est en nous le faisant voir comme sortie de soi, mouvement vers l’autre, que Jésus nous apprend ce que c’est que l’amour selon le cœur de Dieu . Car, au cœur du monothéisme le plus pur, Jésus fait l’expérience d’un Dieu essentiellement tourné vers l’autre. Il nous dit que Dieu lui-même est relation. Que sa paternité ne s’ajoute pas à sa divinité. Il n’est pas d’abord Dieu et ensuite Père. Non : il est Dieu dans la relation qui l’unit au Fils. Le Dieu et Père de Jésus n’est pas un être solitaire, narcissique,  replié sur sa gloire et se gardant jalousement lui-même. Pour lui, être, c’est donner naissance à un autre. C’est donc un Dieu qui se dit tout entier dans cette parole : « Tu es mon Fils bien-aimé. »

     Mais le lieu par excellence où il est manifeste que Dieu est amour, c’est la croix ; c’est le fait que Jésus accepte librement la croix que nous lui dressons pour le châtier de dire ce qu’il est : le Fils Bien-aimé. Comme Jésus est haï sans raison, il nous aime sans raison. En regardant le Christ se laisser crucifier, nous apprenons que Dieu est don de soi, que sa toute-puissance est celle de l’amour, car c’est un  Dieu qui se dépouille de lui-même pour que l’autre vive. La croix, dressée à tout jamais sur le monde, par nous et devant nous, n’est donc pas signe de mort, surtout pas de châtiment, encore moins de revanche, elle n’est que signe d’amour C’est en réponse à l’amour du Fils Bien-aimé que Dieu surmonte la mort qu’il n’a pas voulue : la mort du Christ et la nôtre.

     Telle est la Bonne nouvelle qui rejoint chacun de nous, pour que nous l’annoncions à toutes les nations.  Ainsi se répandront la gloire de Dieu, la gloire du Christ, et par là-même la vie du monde.