Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

7° Pâques B

Jean 17, 11-19

Septième dimanche de Pâques B

     Père Jean-Paul Mensior, jésuite

 

Ces paroles font partie de l’ultime prière de Jésus pour nous, avant qu’il ne se dirige vers le jardin des oliviers, où il va entrer dans sa Passion.
Auparavant, dans la première lettre de Jean, nous avons entendu un mot qui revient comme un refrain – un mot difficile à comprendre, tant il est banalisé : le mot « amour » et le verbe « aimer. »
Dans l’évangile, ce mot a disparu, et Jean met le mot d’unité dans la bouche de Jésus : « Qu’ils soient un », demande Jésus à son Père en lui parlant de nous. C’est un autre mot, mais c’est la même réalité qui est visée. Car l’amour véritable crée une unité, une communion entre ceux qui s’aiment, puisqu’il consiste en une communication, un échange de biens, fait d’accueil et de don réciproque.

Pourquoi Jean insiste-t-il autant sur la nécessité d’aimer, au point d’en faire le centre et le dernier mot du message du Christ ?
Parce que tout être humain est habité par la soif d’aimer et d’être aimé, et en même temps par une grande peur. Car si l’amour est don de soi, il est toujours en quelque façon perte de soi en l’autre, avec parfois la peur de ne rien recevoir en échange, la peur d’être dupe. C’est pourquoi, clairement ou non, nous sommes prêts à aimer jusqu’à un certain point, et pas n’importe qui. Or, ce que le Christ nous demande, c’est d’aimer inconditionnellement, c’est à dire tout homme quel qu’il soit, sans en exclure aucun.
Et puis, plus profondément que nos peurs, il faut nous demander si nous croyons vraiment que seul l’amour sauve, que seul l’amour libère de la violence, de la haine, du mépris qui règnent dans notre monde, et toujours à quelque degré dans notre propre cœur. Pour employer un mot cher à Jean, l’œuvre qui nous est demandée ici c’est la foi , c’est à dire de croire en l’amour gratuit et insensé de Dieu pour nous. Les hommes et les femmes selon le cœur de Dieu sont sans aucun doute ceux et celles qui peuvent dire en vérité, à la suite de Jean : « Nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous. »

Si notre foi est solidement établie dans cette assurance que Jésus est venu littéralement mettre l’amour au monde, alors nous pouvons être sauvés de la constatation amère et déprimante de notre incapacité à aimer vraiment : de fait, nos amours sont toujours infirmes, parce que ce sont des amours selon la chair, trop faciles dans la passion et trop difficiles pour être une communion qui ne soit pas une fusion.
Alors, Dieu nous demande-t-il l’impossible ? Non, parce que l’amour qu’il nous demande et même nous commande de donner ne peut en aucune façon venir de nous et de nos efforts, aussi généreux soient-ils. La vérité, c’est que aimer ne nous est possible que par ce que le premier Dieu nous a aimés. Si nous croyons, à la lumière de Pâque, que vraiment Dieu, dans son Christ, nous a aimés jusqu’au bout, alors nous recevons de lui ce qu’il nous faut d’amour pour nous aimer les uns les autres.
Quand Jean nous dit dans sa première lettre : « Dieu nous donne part à son Esprit.», il nous dit qu’en nous donnant son Esprit, Dieu ne nous donne rien d’autre que l’amour qui le constitue. Croire à l’amour, c’est nous ouvrir à ce don.
Si nous l’accueillons, Dieu fait en nous des merveilles, car l’amour que nous recevons de lui non seulement nous traverse pour aller vers les autres, mais demeure en nous, pour transformer notre désir d’aimer en pouvoir de le faire, comme Dieu lui-même le fait.