Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                


Homélie             

                                                                                             

9ème dimanche (A)                                                                                                                                    1er juin 2008

Père Henri Laux, jésuite - professeur au Centre Sèvres

 

Deutéronome 11,18…32 - Ps 30 – Romains 3, 21…28 – Matthieu 7,21-27

         Le sable et le roc. Voilà deux images particulièrement évocatrices. Bâtir sa maison sur le sable ; la bâtir sur le roc. Nous sentons bien là deux attitudes, deux manières de vivre, un appel qui interroge notre foi.

            Bâtir sur le sable, c’est de l’inconscience ou de la folie ; la maison ne pourra jamais tenir. Nous le savons ; et pourtant combien de choses vaines nous tiennent à cœur, jusqu’à occuper nos pensées, nos sentiments, nos actes quotidiens ! Combien de choses secondaires nous préoccupent, deviennent la priorité d’un instant, puis de tous les instants pour s’imposer et devenir comme l’essentiel de la vie ! Le sable dont il est question ici renvoie à bien des réalités : des paroles insignifiantes, des soucis mondains, l’éparpillement des tâches, des décisions prises au hasard, et finalement des décisions qui n’en sont pas, l’absence de décision, des engagements sans cesse repoussés ; il y a aussi le refus de donner sa vie quand des séductions empêchent de réfléchir à l’avenir. Alors les jours passent, les années se suivent ; le sable s’écoule dans le sablier ; la vie, de même, s’écoule et se vide de toute consistance. Faite de sable, elle ne peut aller bien loin et les intempéries vont l’affaiblir encore jusqu’à l’anéantir complètement, avec la pluie, les torrents, les tempêtes, les séismes de toutes sortes. Voilà un paysage bien dévasté ; mais, c’est de nous qu’il s’agit.

            Dans le Deutéronome, déjà,  Moïse met le peuple d’Israël devant la même alternative : bonheur ou malheur, selon le chemin suivi. Le sable, alors, hier comme aujourd’hui, ce sont d’autres dieux, toutes les fascinations qui peuvent s’exercer sur nous. Tout autre est le chemin de la vie. Il n’est pas naïf pour autant, et faussement souriant ; lui aussi rencontre la pluie, les torrents, les tempêtes, sans oublier le désert. Les adversités ne sont pas absentes ; mais elles ne peuvent pas détruire ce qui tient solidement.

Le sable et le roc : assurément, ces images sont fortes : elles peuvent frapper nos imaginations. Elles nous invitent à réfléchir.

            Les lectures de ce jour nous apprennent ainsi que le chemin de la vie suppose d’écouter l’esprit de Jésus, comme Jésus a écouté son Père, ou comme Moïse déjà ne cessait de le dire : « Ecoute, Israël… ». Mais comment écouter ? Comment entendre Celui qui s’adresse à nous dans ce langage si déconcertant qui nous semble une absence de paroles ? Pour entendre, il faut du silence ; laissons du silence, un grand silence s’installer en nous ; dans les tumultes de la dispersion rien ne s’entend. Le  silence, c’est aussi ce que l’on appelle de la gratuité, de la distance par rapport à la précipitation et aux fausses urgences ; il donne de réfléchir librement à ce qui nous arrive. Et c’est en ce lieu secret du silence qui s’appelle le cœur, que Jésus invite à apprendre la volonté de Dieu. La volonté de Dieu ne nous parviendra pas comme un document tout rédigé, préparé d’avance ; elle n’existe pas quelque part indépendamment de nous. Au contraire, Dieu veut ce que nous voulons quand nous sommes libres, libérés de ce qui nous asservit. Quand l’écoute est véritable, elle inspire des actes qui viennent de Dieu. Et c’est alors cela, bâtir sur le roc.

Dans le sermon sur la montagne, d’où est tiré l’évangile d’aujourd’hui, Jésus nous livre des paroles qui concernent ce qui est premier dans la vie, dans le rapport à soi, aux autres, à Dieu ; ces paroles concernent la miséricorde, la vérité, la fidélité, la réconciliation, le respect, la confiance, l’amour du prochain et l’amour de Dieu. Qu’allons-nous en faire? Les écouter avec attention ou les ignorer ? Les mettre en pratique avec joie et inventivité, ou les égarer dans de vagues souvenirs ? Mais si ce sont des paroles de vie, ouvrons leur tout grands nos cœurs et nos intelligences pour qu’elles animent notre quotidien. Sans doute y aura-t-il encore du sable, c’est-à-dire beaucoup de faiblesses, au principe de nos vies, mais notre maison tiendra et se développera parce que, selon les mots du psaume d’aujourd’hui, c’est le Seigneur lui-même qui est notre rocher : « Aimez le Seigneur, vous ses fidèles : le Seigneur veille sur les siens, soyez forts, prenez courage, vous tous qui espérez le Seigneur » (Ps 30).

Alors, selon l’injonction si forte de Jésus dans l’Evangile, croyons et vivons ce que nous croyons ; et s’il nous est bien difficile de parvenir à cette unité, faisons monter vers le Seigneur notre supplication, tout simplement ; disons-lui déjà que nous voulons marcher sur le chemin de sa volonté, sur le roc de sa Présence. Oui, qu’il vienne lui-même réconcilier en nous ce que nous avons tant de peine à ajuster. Il attend notre foi, non pas nos excuses. Il connaît  nos impuissances ; il espère le retournement de notre cœur.


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