Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Ascension A

 

Actes 1, 1-11

Psaume 46

Ephésiens 1, 17-23

Matthieu 18, 16-20
 

 

 

 Ascension A

 Père Pierre Faure,  jésuite

 

Il y a de la liberté et de la diversité parmi les rédacteurs des évangiles ! Et le moins que l’on puisse dire est que chacun ne copie pas sur le voisin, mais écrit selon sa propre conviction !   Nous venons d’entendre la toute dernière page de l’évangile de Matthieu, et nous constatons que son récit ne dit pas un mot de l’Ascension. Pourtant Matthieu faisait partie des Douze apôtres, et donc des Onze qui furent les témoins oculaires de leur dernière rencontre avec Jésus.

Nous avons aussi entendu en première lecture la première page du livre des Actes des apôtres rédigé par Luc. Luc fut compagnon de Paul mais il ne faisait pas partie des douze apôtres de Jésus. Il n’a donc pas pu voir l’Ascension qu’il décrit pourtant si précisément et par deux fois : dans son évangile, et dans le livre des Actes des apôtres.   On sait aussi que Jean, comme Matthieu, achève son évangile sans parler de l’Ascension ; mais que Marc dans son évangile, comme Luc, indique que Jésus fut enlevé au ciel. Sur les quatre évangiles nous n’avons donc que deux récits de l’Ascension.

Pourtant chaque évangéliste lorsqu’il termine son récit doit bien indiquer à son lecteur ce qu’il en est maintenant de la présence ou de l’absence de Jésus. Au-delà même des récits de rencontre du Christ ressuscité par les témoins et rédacteurs des évangiles, est-ce que cette belle histoire continue jusqu’à aujourd’hui ? Est-ce que cette présence du Christ vivant peut encore nous toucher ?  Que faire une fois que l’on a refermé le livre ?

C’est là que le texte de Matthieu a des choses à nous dire. Car Matthieu, qui ne retient pas dans son récit la montée au ciel de Jésus, a pourtant retenu pour nous des paroles essentielles de Jésus sur sa présence, et il est le seul à les rapporter.  

Et d’abord cette parole inoubliable, qui est la dernière parole de Jésus dans l’évangile de Matthieu : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Qui de nous aurait osé rêver une telle promesse de la part de Jésus ? Et pourtant nous n’en aurons jamais fini d’exercer notre foi pour accueillir la force d’une telle parole. La théologie peut nous aider à comprendre que seul Dieu peut être ainsi présent à chaque croyant, à tout moment du temps et de l’espace. C’est donc parce que Jésus est désormais en Dieu, donc au ciel, qu’il peut être ainsi capable d’une telle présence. En Jésus il n’y a plus aucune séparation ni du côté de Dieu ni côté de l’humanité.

C’est pour la même raison que Jésus peut nous dire : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. » Il est difficile de dire davantage ! Au ciel et sur la terre veut dire partout et toujours. Et « tout pouvoir » veut dire que Jésus est comme Dieu, que la liturgie appelle le « Tout-puissant », pantocrator disent les grecs. 

Mais entre ces deux paroles Jésus donne un ordre qui est comme l’axe du récit de Matthieu : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples… » Voila une parole typique de Jésus. Dans tous les évangiles Jésus ne cesse pas de dire « Allez ! Va ! Je dois aller ! Je vous envoie ! Partez ! Sortons !» Non pas que Jésus soit un instable ou un errant, mais parce qu’il est habité par l’irrépressible mouvement de Dieu qui vient à la rencontre de chaque personne. Et que la Bonne nouvelle presse car beaucoup sont encore sans nouvelles de l’amour de Dieu.

Si Jésus est désormais en Dieu, au ciel, comme Dieu, s’il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde c’est pour que nous soyons habités nous-mêmes par ce mouvement de la mission, de l’annonce à tout homme de la Bonne Nouvelle. Entrons dans ce mouvement, nous entrerons en sa présence. Nourrissons-nous de ses paroles, nous vivrons de l’énergie de son amour. Du côté de Jésus il ne nous manque rien.

« Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »