Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Le Christ, Roi de l'univers       

Luc 23, 35-43

Père Guilhem Causse, jésuite   

 dimanche 21 novembre 2010

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, nous fêtons le règne du Christ. Trois dimensions de cette royauté se dégagent à mesure que nous parcourons les trois cercles concentriques qui se sont formés autour de la croix : au plus loin, les chefs des prêtres, puis plus proche, les gardes, et enfin les deux malfaiteurs. A chaque pas, nous entrons dans une connaissance plus intérieur du Christ roi.

Jésus est d’abord le Messie attendu par Israël, messianité que les chefs ont rejeté. Il est le pasteur qui conduit le peuple vers la ville qu’a chanté David dans le psaume de ce jour, Jérusalem, le siège du droit, où règnent la paix et le bonheur, ville où tout ensemble ne fait qu’un ! David est le second roi d’Israël, après Saül, mais le premier à avoir accompli sa mission, celle d’être serviteur de Dieu et pasteur du peuple, celle d’établir ce peuple au milieu des nations comme le signe du Dieu d’amour et de vérité, de justice et de paix. Jésus vient accomplir cette mission en inaugurant le Royaume de son Père au milieu du peuple. Par tous ses gestes et ses paroles, il a rendu présent le Royaume. Mais alors que les anciens d’Israël firent alliance avec David, les chefs des prêtres ont rejeté Jésus. Et nous les voyons à distance de Jésus crucifié qui ricanent entre eux en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Elu ! ». Ils savourent leur victoire, ils pensent avoir ainsi démontré que Jésus n’est pas le Messie. Car à quoi prétendent-ils reconnaître le Messie ? A sa capacité à se sauver soi-même ! Quelle image ont-il donc du Messie ? N’est-ce pas un Messie à leur image, eux qui s’enorgueillissent de leur habileté à se sauver eux-mêmes tout en sauvant le peuple ? Ne prétendent-ils pas préserver le peuple qui, suivant Jésus, aurait couru le risque d’une répression par les Romains ? N’ont-ils pas eu l’intelligence de renvoyer dos à dos leurs deux ennemis, les Romains et Jésus ? N’ont-ils par fait triompher l’intelligence sur la force, à l’image de David affrontant Goliath ? Jésus reste silencieux. Ils sont hors d’atteinte. Ils sont comme enfermés dans leurs certitudes. Ils croient se sauver eux-mêmes mais ils se perdent. A l’inverse, Jésus semble se perdre mais il sauve le peuple, et plus encore, il ouvre pour l’humanité la porte de la vie, il veut qu’aucun ne se perde. Car la croix n’a pas pu altérer l’amour pour les hommes que Jésus partage avec son Père.

L’évangile nous conduit des chefs aux soldats. Les chefs se tenaient loin du supplicié et parlaient entre eux, les soldats sont tout proches et s’adressent à lui. Ils lui donnent à boire et se moquent de lui : Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! Que Jésus soit un roi, ils le savent car c’est inscrit sur le panneau qu’a fait installer Pilate. Et comme les chefs, ils l’invitent à se sauver lui-même. Pour ces soldats, le roi est d’abord le meilleur parmi les guerriers, ce que David était aussi. Jésus sur la croix a-t-il perdu le combat ? Non, Jésus est en train de mener jusqu’au bout ce combat, et l’issue est proche. Paul le dit dans sa lettre aux Colossiens : Jésus est doublement roi, roi de la création comme premier né par rapport à toute créature, et roi de l’humanité comme premier-né d’entre les morts. Il est le premier d’une multitude d’hommes et de femmes qu’il précède et conduit. Sur la croix, il incarne le pardon par lequel il nous est donné de le suivre jusqu’à la victoire. Jésus est le roi qu’Israël attendait, et son règne s’étend désormais à toute l’humanité par sa victoire sur le mal.

Alors l’Evangile nous conduit à approcher encore, et nous voyons les deux malfaiteurs crucifiés l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Le premier l’injurie : N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et nous avec ! Pour la troisième fois, Jésus est sommé de se sauver lui-même, mais pour la première fois, il l’est par quelqu’un qui croit qu’il le peut. Cet homme dit sa foi en la messianité de Jésus. Mais il ne comprend pas que Jésus renonce à ce coup d’éclat. Il ne comprend pas qu’il doive mourir. L’autre malfaiteur vient alors à notre secours comme à celui de son compagnon d’infortune, et il prend la défense de Jésus. Le Messie, à l’instant crucial de son combat pour la vie des hommes est défendu par l’un des condamnés qui meurt avec lui. Jésus est le Vivant jusqu’au bout, serviteur de l’amour du Père, et il vient chercher ce converti de la dernière heure, ce dernier qui sera le premier dans le Royaume. Jésus est roi lorsqu’il dit : Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. Il a dominé jusqu’au cœur de l’ennemi, il a porté l’amour jusqu’au bout.

Jésus est aujourd’hui présent jusqu’au dernier recoin de notre cœur et du monde, dans l’attente de notre prière. Alors nous reconnaissons la royauté de Jésus, car nous savons qu’il nous précède et nous appelle, qu’il nous rassemble en un seul corps et nous donne la force et la douceur de rendre présent dès aujourd’hui le Royaume. Jésus est roi, pleinement roi, le jour où nous devenons roi avec lui, ou en toutes choses nous devenons capables de louer et servir Dieu notre Père, vivant en tout homme et toute femme. Jésus, le roi qu’Israël attendait, le roi dont le règne s’étend à toute l’humanité par sa résurrection, est celui qui nous partage sa royauté, en faisant de nous ses amis. Demandons lui la grâce d’étendre chaque jours cette amitié jusqu’aux confins de l’univers, jusqu’au cœur des ennemis. 

© Compagnie de Jésus