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Epiphanie - Année C
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dimanche 3 janvier
2010 |
Père Marc Rastoin,
jésuite
L’évangile que nous venons d’entendre se présente sous la forme d’un
midrash, un commentaire théologique, de la naissance du Messie d’Israël et de
son rapport aux Nations, c’est-à-dire à nous... Mais l’usage fréquemment
enfantin et quelque peu folklorique de cette page peut nous la rendre
inaudible, à nous qui ne sommes plus des enfants... même si nous avons sans
cesse à le redevenir°! Peut-elle vraiment
dire quelque chose de vrai, et même quelque chose d’essentiel, à nous,
aujourd’hui°? Je le crois. Sur deux points capitaux.
Ces
hommes venus d’Orient ont reçu un appel. Ils ont perçu une lumière. Ils
attendaient quelque chose et cette attente a fait qu’ils se sont mis en route.
Pourtant, une fois presque arrivés, ils demandent leur chemin aux sages
d’Israël, à « tous les chefs des prêtres et
tous les sages d’Israël ». Ne pourraient-ils pas se passer de
ceux qui se montrent sourds à l’appel du Seigneur, de ceux qui ne se mettront
pas en mouvemenent? L’étoile avait-elle besoin de cette halte à quelques
kilomètres du but°? Cet étrangeté du texte nous rappelle que jamais l’Eglise
ne saurait se dispenser d’Israël, que l’Eglise ne vient pas pour remplacer
Israël. Que la sagesse juive des Ecritures reste indispensable à la
démarche chrétienne. Le fait qu’Israël comme communauté de foi demeure à côté
de l’Eglise pour toujours est un mystère qui sera annoncé par l’Apôtre Paul
avec toute son autorité apostolique: « je ne veux pas, frères, vous laisser ignorer ce mystère, de peur que vous
ne vous complaisiez en votre sagesse : une partie d'Israël s'est endurcie
jusqu'à ce que soit entrée la totalité des païens, et ainsi tout Israël sera
sauvé »
(Rm 11,25-26). Les paroles d’Hérode prennent alors un nouveau
sens. Elles ne sont plus seulement ironiques mais prophétiques. Oui un jour
viendra où Israël viendra se prosterner devant son Messie. Non seulement
Israël vit mais la vie même d’Israël est bonne nouvelle pour l’Eglise. Israël
empêche à jamais notre foi de devenir mythique. Jésus s’est fait cet
homme-là, il s’est fait juif en un temps précis. Il a eu une foi riche et une
culture réelle. Les trésors de l’exégèse juive ont apporté beaucoup à
l’exégèse chrétienne et ils continueront à le faire. Au moment même où l’on
pourrait croire que Matthieu prend congé d’un Israël aveugle, il nous
rappelle que Jésus était, et sera toujours, le Messie d’Israël, «°le berger d’Israël mon peuple°» et qu’il n’est notre Messie que dans la mesure où il
est vraiment le Messie d’Israël.
Le
deuxième élement étrange dans ce récit c’est le fait que ces hommes venus
d’Orient éprouvent «°une
très grande joie°» non pas à la vue de l’enfant
mais avant°! A la seule vue de l’étoile qui s’arrête. Ils n’ont pas besoin de
voir l’enfant pour être sûrs. Comment cela se fait-il? Ne devrait-ce pas être
la vue de l’enfant le vrai terme de leur route et la vraie source de leur
joie? Que dit cette étoile? Cette étoile, c’est la lumière de l’intelligence
et de la méditation que Dieu donne à chacun, ou plutôt à tout homme qui Le
cherche en vérité. Matthieu, et l’Eglise après lui, font confiance à l’homme
et à son intelligence. Non pas la seule intelligence froide et raisonneuse
mais l’intelligence à la fois intellectuelle et spirituelle de l’homme qui
cherche. Notre intelligence est don de Dieu et notre quête spirituelle
provient de lui. «°Tu
nous a fais pour toi Seigneur et notre coeur est sans repos tant qu’il ne
demeure en Toi°». Ils se réjouissent de ce que les deux lumières,
celle des Ecritures et celle de leur étoile, indiquent le même lieu. L’étoile
s’est révélée un guide sûr, aussi sûr que l’autre lumière, les Ecritures
d’Israël. L’une ne contredit pas l’autre. Au contraire. Dans notre pays, où
trop souvent encore foi et raison sont vues comme s’opposant nécessairement,
Matthieu nous dit leur commune origine et leur fondamentale harmonie. La
lumière des Ecritures rejoint celle de l’intelligence, celle qui est commune
à tout homme, à toute culture.
Rendons grâce au
Seigneur de ce qu’il nous ait donné une intelligence des choses spirituelles
telle que - même s’il n’y avait pas les Ecritures - nous aurions assez de
ressources en nous-mêmes pour marcher vers Lui. Et rendons grâce - dans la
même mesure et avec une même joie - de ce qu’il nous ait donné les Ecritures
et le peuple vivant d’Israël, qui parlent encore aujourd’hui de ce « Fils
de l’Homme » qui est aussi « Fils de David ». Rien de
ce que Dieu a choisi ne sera laissé à terre. Tout sera accompli. Tout le
peuple d’Israël sera sauvé et toute notre intelligence sera éclairée. Alors
laissons « une très grande joie »
dilater notre cœur et notre intelligence. Amen.
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