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Jeudi Saint
Jean 13, 1-15
Alvaro
Pacheco, jésuite
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jeudi 1er avril 2010 |
« Ubi caritas et amor, Deus ibi est ».
Là où il y a la charité, là où il y a l’amour, Dieu est présent, et
c’est Lui qui nous rassemble et sa présence suscite encore plus de
charité et d’amour.
C’est une très ancienne tradition que de chanter cette hymne pendant
que se déroule sous nos yeux le rappel liturgique du lavement des
pieds. Et si, année après année, si cette mélodie et ces paroles nous
touchent, c’est parce qu’elles s’accordent parfaitement avec ce récit
que Jean l’évangéliste tient à nous faire partager.
Et il y tient vraiment, au point de laisser aux autres le soin de
rapporter les paroles de l’institution de l’eucharistie (nous avons
entendu tout à l’heure, en deuxième lecture, Paul en faire le récit
pour la communauté de Corinthe).
Pour Jean, l’important ce soir est de voir –de contempler!– Jésus se
lever de table, le voir quitter son vêtement, le voir prendre un linge
et le nouer à sa ceinture, le voir verser lentement de l’eau dans un
bassin, le voir enfin laver un à un les pieds des disciples et les
essuyer avec le linge… Le voir. Le contempler.
Et quelque chose dans cette contemplation, une grâce toute spéciale,
lui fait s’exclamer, émerveillé : « c’est ainsi qu’il les aima
jusqu’au bout ! »
Anticiper ainsi sur ce qui viendra peut nous paraître exagéré,
incongru : « Aimer jusqu’au bout » ce sera dans les heures qui
viennent, donner sa vie en rançon pour la multitude, et la donner sur
la Croix.
Mais Jean a compris que « jusqu’au bout » c’est aussi, c’est déjà, ce
geste inédit de l’autorité qui se fait service pour ses frères ;
« jusqu’au bout » c’est aussi, c’est déjà, Dieu qui se fait nourriture
et boisson pour notre salut ; « jusqu’au bout » c’est aussi
l’accomplissement de la signification ultime de ce repas pascal à la
gloire du Seigneur, Dieu qui avait libéré son peuple de l’esclavage et
l’avait patiemment conduit à la Terre promise ; et « jusqu’au bout »
c’est aussi goûter à cette joie fraternelle des disciples, et endurer
en même temps le triste égoïsme de celui qui machine sa trahison.
Jean a vu tout cela dans ce geste du lavement des pieds et il en
témoigne pour que nous fassions pareil, pour que l’amour –non pas
seulement en paroles, mais en actes– soit notre guide. Pour que des
gestes concrets d’amour, donné et reçu, soient le ciment de nos
relations : « aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».
Comme diacres, nous aimons bien voir dans ce geste le fondement de
notre vocation au service, à la diakonia. Mais ce service n’est
évidemment pas réservé aux diacres. Nombreux sont ceux qui s’y
emploient avec simplicité et discrétion. Je pense ainsi aux étudiants
qui assurent par exemple la diaconie au Centre Saint-Guillaume, ceux
qui assurent l’accueil et le service de la sacristie ici à
Saint-Ignace, ou les membres de la diaconie à la Messe qui prend son
temps, et ainsi de suite, chacun selon son état de vie et sa place
dans l’Eglise et la société…
Une double invitation donc :
Nous sommes tous invités par Jésus à « servir », mais nous avons
compris ce soir que nous sommes invités à servir par amour, à servir
« jusqu’au bout » : l’amour est cette note qui qualifie le service et
le rend authentique, c’est l’amour qui nous donnera la force de nous
tourner vers notre prochain qui souffre, quitte à nous salir les mains
pour l’aider, le consoler. Que Dieu nous donne d’imiter ces ouvriers,
ces travailleurs manuels qui sont fiers de montrer leurs mains
rugueuses après une vie de service. Invitation à servir, à aimer.
Mais nous sommes également invités à « nous laisser servir », à
accepter humblement de recevoir, en action de grâces, l’amour que
l’autre veut bien me donner. Ce n’est pas facile. (Par exemple, cela
n’a pas été facile de trouver à l’aumônerie les trois étudiants
« volontaires » entre guillemets pour le lavement des pieds ; je ne
sais pas ce qu’il en a été du côté de Saint-Ignace…). C’est tout
naturel, nous suivons la première réaction de Pierre : « Tu ne me
laveras pas les pieds, non jamais! ». Ce contre exemple est là
pour nous faire comprendre que nous avons besoin des autres, de la
famille, des amis, de la communauté, de la société. Invitation à se
laisser servir, se laisser aimer.
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La liturgie va se poursuivre maintenant, et nous tourner petit à petit
vers cette nuit d’angoisse, de passion : Jésus va se salir les mains
de plus en plus, être traîné dans la boue, ses mains seront trouées,
son cœur transpercé. Mais une douce assurance nous dit déjà qu’au
matin de Pâques ces mains resplendiront, et que les traces des
blessures ne feront que témoigner encore plus de la gloire de Dieu et
de la victoire de l’amour sur la mort.
© Compagnie de Jésus
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