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NATIVITÉ DE SAINT
JEAN-BAPTISTE
Luc 1, 57-80
Père François
Boëdec, jésuite
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dimanche 24 juin 2012
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Frères et sœurs,
Comme à chaque
eucharistie, nous nous sommes rassemblés ce matin pour célébrer le
sacrement qui récapitule toute l’histoire du Salut. Nous redisons
notre adhésion à la puissance de l’amour de Dieu manifestée en son
Fils, un amour plus fort que la mort, plus fort que toutes les morts.
A chaque eucharistie, Dieu vient nous redire que l’amour a le dernier
mot de l’histoire du monde, qu’il est le dernier mot de l’histoire de
nos existences. On peut donc dire que dans l’eucharistie nous
célébrons déjà le terme ; et que nous y sommes en quelque sorte
arrivés.
La fête d’aujourd’hui nous
rappelle cependant un autre point important de notre aventure humaine
et spirituelle : avec la naissance de St Jean Baptiste, nous sommes,
en quelque sorte, renvoyés à la case départ. C’est-à-dire au temps de
l’attente, au temps des préparations. C’est que, d’une certaine façon,
nous en sommes toujours un peu là dans nos vies : pour nous le Christ,
qui est déjà venu, est encore à venir. Il n’est pas encore totalement
entré dans nos vies personnelles, et le monde tel que nous en faisons
l’expérience, nous le savons bien, n’est pas régi par l’amour. Nous
sommes toujours un peu dans l’attente, dans le désir d’une vie plus
déployée qui trouve son sens et sa fécondité, dans l’attente aussi,
sous une forme ou sous une autre, d’un amour à donner et à recevoir.
Jean-Baptiste, qui porte
l’annonce de celui qui doit venir, et qui connaît les attentes de ceux
qui viennent au désert l’écouter, est donc toujours d’actualité. En
portant notre attention sur sa naissance, nous réentendons que nous
sommes sans cesse à l’heure où le salut de Dieu surgit, où sa promesse
se fait entendre en nous, comme un germe fragile et presque
imperceptible. Tel est le temps ordinaire de l’Eglise, le temps
ordinaire de nos vies. Là où Dieu nous attend, et nous rejoint. Quel
que soit notre âge.
Ainsi
en fut-il à l’occasion de la naissance de Jean Baptiste.
Personne ne s'attendait à cela : une vieille femme avec un bébé
magnifique! Et dans la maison d'Élisabeth tout le village défilait. On
voulait voir l'enfant, féliciter le vieux couple, et les plus
clairvoyants se souvenant des Écritures, se disaient sûrement : « Vraiment,
rien n'arrête le Seigneur, que ce soit la vieillesse ou la stérilité ».
L'atmosphère était donc à la joie, au renouveau. Une seule ombre au
tableau : Zacharie était toujours muré dans son silence. En fait, il
avait douté de la puissance de Dieu ; à l'Ange qui lui annonçait une
naissance prochaine, il avait répondu- on s’en souvient - : « Qu'est-ce
qui m'en assurera? ». Comme si la parole de Dieu ne suffisait pas,
il avait demandé un signe... Le signe est venu, inattendu, décevant,
étrange : ce fut cette impuissance à communiquer.
Signe
difficile à comprendre, à moins de considérer que dès qu'un croyant
décroche du niveau de la confiance et de la foi, dès qu'il quitte le
terrain de la Promesse, il n'a plus de parole à faire entendre à ses
frères ; dès lors qu'il refuse ce que Dieu lui dit, il n'a plus rien à
dire au nom de Dieu.
Mais
après le doute revient le moment de la foi, et Zacharie se rallie au
programme de Dieu. En griffonnant sur sa tablette, il appuie de toute
son autorité la résolution d'Élisabeth : l'enfant s'appellera, non pas
Zacharie, comme lui, mais Jean.
En
hébreu cela signifie : « Dieu fait grâce ». Faut-il voir là
comme un programme ? Oui. Toute la vie de Jean, en effet, vise à
manifester que l'heure de Dieu est arrivée, que le salut promis est
plus qu'imminent : désormais il est là.
Jean, le Précurseur,
annonce donc ce temps où Dieu fait grâce. Mais Jean, nous le savons,
est aussi un prophète, comme Isaïe qui, dans la première lecture nous
a dit comment le Seigneur prenait soin de lui. Le prophète est un
homme de regard et un homme de parole. Homme de regard, il voit les
choses non seulement avec du recul mais encore avec de la sagesse. Si
l'on voulait aller plus loin - et l'Écriture nous y invite -, on
pourrait dire que le prophète voit les choses « du point de vue de
Dieu ». Non qu'il soit extralucide ou devin, mais il est radicalement
« en phase » - si l'on peut dire - avec le projet, le désir de Dieu.
Homme de parole aussi.
Saint Paul dira : « Malheur à moi si je n'annonce pas l'Évangile !
». La vocation du prophète est semblable : malheur à lui s'il
renonce à parler au nom du Seigneur. Et sa parole n'est pas parole de
divination mais une parole au service de l'espérance : il lui revient
de rappeler à temps et à contretemps le projet d’alliance du Seigneur,
il lui revient d'affiner en tout temps l'espérance d'Israël, il lui
revient de souffler sur la flamme du cœur pour qu'elle ne s'éteigne
pas.
Aujourd’hui encore, frères
et sœurs, Jean Baptiste nous présente le Christ. Non plus celui dont
il annonce la venue à longue échéance, mais celui qui est là et qui
frappe aujourd’hui à la porte de l'histoire et des cœurs. Il peut nous
aider aujourd’hui à prendre conscience que quelque chose d’inopiné,
d’inespéré naît en nous et dans le monde, à tout instant, que Dieu
sans cesse nous fait renaître, donnant à nos existences une fécondité
secrète et imprévisible. Et il nous invite à le dire à ce monde.
Laissons, frères et sœurs, résonner en nous le message de Jean
Baptiste alors que nous allons entrer dans cette période particulière
de l’été. Laissons-le-nous accompagner pour vivre les semaines à
venir.
Quelles
promesses allons-nous laisser résonner en nous ? Quelles paroles
allons-nous favoriser, retrouver ? Quelles espérances allons-nous
partager ? Dieu sera-t-il attendu dans nos vies ?
Jean le
Baptiste nous invite aujourd’hui à faire un pas dans la foi, à faire
toute confiance pour que notre avenir reste à jamais ouvert par Dieu.
Surtout, lorsque
cet
avenir peut nous sembler certains jours sombre ou incertain.
© Compagnie de Jésus |