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PENTECOTE- Année
C
Jean 14, 15-16,
23b-26
Père François
Boëdec, jésuite
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dimanche 23 mai 2010 |
Frères
et sœurs,
Si nous avions
un peu de temps et d’audace - mais je vous rassure, nous ne le
ferons pas ! -, il aurait été intéressant en cette fête de la
Pentecôte de partager entre nous ce que nous comprenons de
l’Esprit-saint, des signes de son action et de sa présence dans
l’histoire de nos vies, et aussi dans celle de l’Eglise et du monde.
Où est-il à l’œuvre cet Esprit ? Peut-être aurions-nous relevé qu’il
est souvent insaisissable, surprenant, déconcertant, parfois
difficile à comprendre. Mais sans doute aurions-nous dit aussi qu’à
certains moments nous l’avons reconnu, quand il n’était pas facile
de trouver les mots, quand la lourdeur des jours pesait sur nos
épaules… Ces jours-là, nous n’avons pas été laissés à nos seules
forces. Souffle violent ou brise légère, il y avait à nos côtés, un
soutien, un défenseur, et en nous un élan. Et nous avons été alors
confortés dans le mouvement de la vie, encouragés à nous engager
dans un certain type de parole et de manière d’être.
Oui, l’Esprit a
partie lié avec la Parole, celle créatrice des origines qui planait
sur les eaux pour faire jaillir la vie. Celle qui depuis a tracé son
chemin en tout temps de l’histoire et en tous lieux du monde. La mort
a voulu l’arrêter. Mais la Parole faite chair n’est pas restée
emprisonnée dans le silence du tombeau. C’est qu’on n’arrête pas la
Parole ! Et cette Parole n’a pas terminé sa course, elle n’a pas fini
de produire ses effets. Le Christ ressuscité est retourné près du
Père, - et c’est pourquoi la fête de la Pentecôte marque la fin de la
présence du cierge pascal au cœur de notre assemblée, la fin du temps
pascal - mais c’est désormais son Esprit qui porte sa Parole. Avec la
première Pentecôte, s’est ouvert le temps de l’Esprit, le temps de la
vie de Dieu en chacun de nous.
Fêter la
Pentecôte, c’est pour nous aujourd’hui prendre conscience que l’Esprit
du Christ est déjà à l’œuvre ; mais c’est aussi dire à Dieu que nous
désirons mener notre existence selon son Esprit. Sans doute avons-nous
raison de l’invoquer pour qu’il vienne sur nous, mais à condition de
ne jamais oublier que l’Esprit est déjà en nous. Et qu’il s’agit
d’abord de le reconnaître, de le laisser agir, de vivre avec lui, de
vivre de lui. Car si l’Esprit peut parfois nous déconcerter, il ne
joue jamais sans nous, encore moins contre nous. Et il ne fait que
dévoiler, encourager, ce qui au fond de nous est en attente de vie. Et
cela quel que soit notre âge et notre parcours.
L’Esprit dans
nos existences est toujours à la charnière du privé et du public, du
personnel et du collectif. Il travaille chacun pour permettre cette
ouverture, cette aptitude à la communication, à la communion. L’Esprit
qui nous a été donné n’est pas notre propriété personnelle. Il nous
est donné en vue de la construction du corps. L’Esprit est lien,
passage de l’un à l’autre, à la ressemblance de ce qui lie le Père au
Fils et le Fils au Père dans la Trinité. Et si l’Esprit nous donne des
attitudes filiales, il ne peut le faire qu’en nous donnant des
attitudes fraternelles. Nous sommes fils ensemble. En d’autres termes,
le travail de l’Esprit consiste à donner au Christ un corps de
communion, fait d’une relation nouvelle entre nous.
La scène de la
Pentecôte que nous avons entendue dans la première lecture nous parle
de cela. Voici des hommes divers appelés à se comprendre – à
s’entendre – non pas avec un seul langage comme à Babel, mais en
gardant leurs différences.
Chaque fois,
frères et sœurs, que nous établissons des liens véritables, nous
sommes sous la mouvance de l’Esprit. Chaque fois que nous avons le
souci que notre parole soit vraie, sans mensonge ni fausseté, nous
sommes sous la mouvance de l’Esprit. Chaque fois que nous préférons la
confiance à la peur, les perspectives larges aux horizons rétrécis,
chaque fois que sous une forme ou sous une autre nous acceptons de ne
pas nous garder pour nous-mêmes, nous sommes sous la mouvance de
l’Esprit. C’est ce que reconnaissait déjà l’apôtre Paul s’adressant
aux Galates : « Voici ce que produit l’Esprit : amour, joie, paix,
patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi »
(Ga 5, 16, 23).
Eh bien,
regardons nos vies, notre Eglise, notre société. Ce qui en ces lieux
parfois douloureux appelle à se dire, aspire à la vérité et demande du
courage et de la liberté spirituelle. Et chacun peut bien repérer là
où l’action de l’Esprit de Dieu est aujourd’hui le plus nécessaire.
L’Esprit ne craint pas de se mélanger à ce qui n’est pas encore
complètement mûr, fini, discerné, ajusté. Il est là pour aider aux
naissances et aux renaissances…
Que l’Esprit qui
a poussé dehors les disciples nous tire aussi loin de tous nos espaces
clos. Et nous fasse à notre tour porteurs de la Parole et du souffle
qui seuls peuvent faire vivre ce monde. « Puisque l’Esprit nous
fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit » (Ga 5, 16, 25).
© Compagnie de Jésus
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