Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

La Sainte Famille - Année C

dimanche 27 décembre 2009

                                                                                    

Père Laurent Basanese,  jésuite           

Trouver une demeure, un lieu de repos pour refaire ses forces, une terre, une famille. Qui de nous, frères et sœurs, ne désire pas, du fond de son cœur, trouver et habiter une maison où il fait bon vivre ? où la chaleur du foyer apaise, console de toutes les morsures du dehors, où l’on peut se reposer à l’abri des vents et des tempêtes, parce qu’elle est protégée par des murs solides ? Une maison où règne la concorde, la bienveillance, l’encouragement, le pardon, où le dynamisme de la vie surprend toujours, et ne dérange jamais ?…

Une telle maison, me diriez-vous, n’existe pas sur notre terre, évidemment... Il suffit de regarder autour de soi, écouter les « nouvelles », et même simplement, considérer nos histoires : la famille, combien de divisions, pourrait-on dire ? Cette maison-là semble plutôt ouverte à tous vents, elle craquelle de partout et n’est protégée par personne…

Mais ne désespérons pas ! surtout nous, Chrétiens, qui avons mission de tenir haut la flamme de l’espérance dans notre monde, à travers vents et marées, malgré nos pauvres forces, nos péchés, notre faiblesse naturelle ; surtout nous, qui venons de participer à la joie de Noël et d’accueillir (telle est notre foi) rien moins que le Fils de Dieu. Et où donc a-t-il été accueilli sinon dans une famille ? Il n’est pas tombé du ciel comme une météorite, comme un élément définitivement différent, hétérogène à notre humanité : « Le Verbe de Dieu a habité en l’homme et s’est fait fils de l’homme, pour habituer l’homme à recevoir Dieu – disait saint Irénée – et habituer Dieu à habiter en l’homme, comme cela paraissait bon au Père. » Certes, il a été accueilli dans une famille particulière : la Vierge Marie et saint Joseph. Mais la sainteté n’est pas un vaccin miraculeux qui aurait préservé, par avance, Marie et Joseph des épreuves, des conflits et des divisions éventuels… La sainteté, c’est tous les jours qu’elle doit se manifester, par le combat spirituel et les sacrifices, et elle est attestée après coup, une fois la vie écoulée. Le Christ a donc vécu avec ses parents de manière semblable à tous les garçons de son âge, sauf quelques rares épisodes étonnants relatés dans les Evangiles, comme la découverte de Jésus au Temple alors qu’il avait 12 ans.

La famille est ébranlée… mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras. Car le Christ a également assumé cette vie sous un même toit avec les hommes, ce passage délicat de la croissance « en sagesse, en taille et en grâce » : c’est à dire qu’Il l’a sanctifié et purifié. Il a consolidé, par sa présence, les portes de la maison, raffermi ses fondations et ouvert définitivement la possibilité d’être un véritable lieu de vie : ni trop ouverte à tous vents au risque d’éteindre la flamme du foyer, ni trop fermée sur elle-même au risque de l’étouffer. Dans cette maison-là, la vie circule et grandit : elle se fait accueil, parce qu’elle a accueilli en son sein le Christ, l’amour de Dieu « qui réjouit le cœur de l’homme » et rétablit la communion entre les membres divisés.

Comment faire alors pour vivre de cet amour-là dans nos maisons ? Comment faire pour redémarrer une nouvelle histoire de relations justes et bonnes entre nous ? Les lectures de ce jour peuvent nous éclairer.

Premièrement, nous dit saint Jean, s’attacher au seul commandement de Dieu qui est : « Avoir foi en son Fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres. » Car évidemment, si on ne croit pas que le Christ peut guérir, si on ne s’abandonne pas à lui, si on ne l’accueille pas, il y aura peu de changements (n’oublions pas que nous recevons à la mesure de notre foi : « Ta foi t’a sauvé » ne cesse de dire Jésus dans les Evangiles). Et puis chercher, par tous les moyens, à vivre de la charité du Christ, à mettre en pratique, à retirer les obstacles que nous posons entre les relations : d’abord en s’examinant soi-même et non pas en cherchant des coupables aux situations difficiles dans lesquelles nous pouvons être plongés : « Si notre cœur ne nous accuse pas, dit encore saint Jean, nous nous tenons avec assurance devant Dieu. ».

Deuxièmement, en rendant grâce pour les dons reçus de Dieu, comme Anne qui rend complètement à Dieu son fils Samuel : « Le Seigneur me l’a donné… dit-elle ; à mon tour je le donne au Seigneur. Il demeurera donné au Seigneur tous les jours de sa vie. » Généralement, lorsque l’on reçoit quelque chose ou même quelqu’un de la part de Dieu, on est avide de le garder pour soi ou d’en faire un objet ; qui de nous est prêt à se détacher complètement de son bien le plus précieux, à lui rendre sa liberté, à rendre complètement à Dieu, dans un acte de foi magnifique, ce que nous avons désiré et obtenu après beaucoup d’efforts ? C’est pourtant l’attitude à laquelle nous sommes appelés : ouvrir la main, redonner, laisser vivre.

Et puis troisièmement, se laisser dérouter par cet enfant de Nazareth, et même se laisser conduire, instruire par lui. « Beaucoup nous demandent : Qui nous fera voir le bonheur ? » Où est-il ? Ils n’ont « pas découvert Dieu », dit saint Jean, ils le cherchent dans l’obscurité, à tâtons, ils n’ont pas de lumière, ils se cognent contre tous les murs… « Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage ! » ; « Regarde le visage de ton Messie ! » dit le psaume. Et l’enfant demande : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être »… Gardons-nous donc, frères et sœurs, de chercher le Seigneur là où Il n’est pas, ou du moins, ne lui lâchons jamais la main, ne laissons pas tomber notre lumière, car c’est elle qui éclaire à la fois notre intérieur et nos routes ! Il est « notre bouclier » et nous protège ; Il nous appelle à redevenir enfants, « enfants de Dieu », et Il nous conduit par la main vers sa famille, Il nous introduit dans sa maison, où il fait bon vivre, où la chaleur du foyer apaise, console de toutes les morsures du dehors, où le dynamisme de la vie surprend toujours et ne dérange jamais… Oui, Seigneur, « Heureux les habitants de ta maison, heureux les hommes dont tu es la force : des chemins s’ouvrent dans leur cœur ! »