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ST SACREMENT- Année
C
Luc 9, 11b-17
Père Pierre De
Charentenay, jésuite
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dimanche 6 juin 2010 |
Comme nous l’avons dit dans les
oraisons, nous célébrons aujourd’hui la fête du Saint-Sacrement, la
fête de l’Eucharistie, ce sacrement essentiel pour l’Eglise, ce geste
unique dans les religions puisqu’il s’agit de manger le corps de
celui-là même que l’on adore.
Etrange, avouez-le. Vous trouverez que
la formule est un peu exagérée. Mais c’est bien ce qui nous est dit :
mangez et buvez.
C’est là qu’est tout ce mystère
étonnant de l’Eucharistie.
C’est le corps du Christ, et il nous
dit : mangez ce pain,
C’est le sang du Christ, et il nous
dit : buvez à cette coupe
Remarquez dans le récit de Paul la
manière très sobre, presque anecdotique dont il le raconte. Aucune
emphase, aucun mouvement dramatique ou émotionnel. Le récit le plus
plat qui soit.
Et pourtant, il faut donner à
l’Eucharistie toute sa dimension. Elle manifeste tout un sens de
l’univers et de l’humanité, une rédemption de toute l’Histoire, un
recommencement de toute la Création dans ces paroles : « Ceci est mon
Corps, ceci est mon Sang ». Nous serions entièrement renouvelés si
nous les vivions, si nous nous recueillons si profondément que nous
soyons tout entiers à l’écoute du Seigneur qui vient dans ce pain et
ce vin.
Ce n’est donc pas un petit rite
personnel à accomplir à la va vite. C’est un grand événement qui
renouvelle nos jours et nos vies.
Certains vont vers le bouddhisme parce
qu’ils cherchent le bonheur, la paix et les dimensions universelles de
cette sagesse.
Mais les chrétiens n’ont pas besoin
d’aller chercher si loin. Ils ont tout cela dans l’Eucharistie avec
toutes ses dimensions du corps universel du Christ.
Mais au-delà de la prise de conscience
de l’élément fondateur de l’Eucharistie dans toutes ses dimensions,
comment peut-on préciser ce que nous apporte l’Eucharistie ?
Deux choses au moins : c’est une
nourriture et c’est un partage, comme nous l’indique le récit de la
multiplication des pains.
Nourriture en effet qui comme un
aliment vient faire partie de notre vie spirituelle, la fait vivre, la
fait grandir ;
Nous devons nourrir notre corps au
risque de dépérir. Nous devons nourrir notre âme, au risque de
dépérir.
Mais si la chose est automatique et
fonctionnelle pour le corps parce que nous ressentons le besoin vital
de manger : elle ne l’est pas pour l’âme. Il faut que notre âme soit
ouverte à la réception du Christ.
Car il faut que nous ayons
faim spirituellement.
Alors nous recevrons tout cet amour
que Jésus nous a transmis au moment de son départ : « Aimez-vous les
uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jn. 13.34) Il s’est
agenouillé au Lavement des pieds, pour nous apprendre que Dieu est
serviteur. Et il s’est donné sur la Croix.
Nous avons à parcourir cet itinéraire.
Le Christ est toujours là. C’est nous
qui ne sommes pas là et qui n’avons pas faim. Nous sommes pris par
tant d’autres choses ; notre âme est déjà très occupée. Elle n’a plus
faim de Dieu. Elle ne prend même plus le temps pour Dieu.
Ces paroles « Ceci est mon Corps, Ceci
est mon Sang » nous indiquent que le Seigneur est présent et qu’il
attend que nous jetions toute notre vie dans sa lumière et dans son
Amour, que nous nous déracinions de nous-mêmes, pour qu’il puisse
faire en nous sa demeure. Voilà la nourriture qu’il nous propose.
Mais c’est aussi un partage, car nous
venons ensemble communier : il y a de l’union dans la communion.
Comment pourrions-nous recevoir le
corps du Christ dans la division, au milieu de luttes internes,
parfois même concernant l’Eucharistie, alors que c’est justement ce
corps qui a créé l’unité entre nous. Ce corps fait l’Eglise, ce corps
que nous recevons nous rassemble aujourd’hui comme au jour de
l’éternité. C’est un peu déjà le rassemblement du royaume qui se fait
par la communion, dans l’Esprit.
Qu’est-ce qu’a voulu le Christ en nous
donnant l’Eucharistie, sinon nous rassembler tous en l’unité d’un seul
Corps. Mais cela ne se fait que si nous nous convertissons, en
manifestant notre désir de communion, de partage, de solidarité réelle
entre nous. Il n’y a pas de communion sans acte de partage.
Je terminerai en citant Maurice
Zundel parlant de l’Eucharistie :
« Nous voulons donc tenter ce matin de
vivre cet événement de l’Eucharistie à l’échelle de l’univers devant
toutes les douleurs de l’humanité pour nous désapproprier de
nous-mêmes, jusqu’au centre où tous les hommes, tous les êtres, toutes
les créatures ne font qu’un dans le Christ ».
C’est cela l’Eucharistie. C’est cela
que nous pouvons partager dans le désir que nous avons de cette
nourriture éternelle.
© Compagnie de Jésus
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