Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Actes 11,1-11

Psaume 46

Ephés. 4,1-13

Marc 16,15-20
 

 

 

                                                                                             

Ascension du Seigneur B                                                                                 jeudi 25 mai 2006

Père Marc Rastoin,  jésuite

* Jésus « a été enlevé du milieu de » nous. Le Christ n’est plus là au milieu de nous, comme il le fut au milieu de ses disciples. Certes, il est parti nous préparer une place auprès de son Père. Certes, il nous a laissé son Esprit. Mais il n’est plus là devant nous : nous ne voyons pas son visage. Notre cœur est avec lui en Dieu. Et depuis ce jour la prière de l’Eglise unanime monte vers lui : « L'Esprit et l'épouse disent: Viens! Que celui qui entend dise: Viens!... Amen, viens Seigneur Jésus! » (Ap 22,17.20b). L’Esprit Saint est avec nous et il prie en nous : « L'Esprit lui-même intercède pour nous en gémissements inexprimables » (Rm 8,26b). Nous attendons d’être avec le Christ comme Paul le dit : « Pour moi, vivre, c'est Christ, et mourir m'est un gain…. Je suis pris dans ce dilemme: j'ai le désir de m'en aller et d'être avec Christ, et c'est de beaucoup préférable mais demeurer ici-bas est plus nécessaire à cause de vous » (Ph 1,21b-24). Nous sommes comme des enfants qui passent le long d’un haut mur. Le plus petit monte sur les épaules du plus grand et ses yeux voient au-delà du mur, dans le jardin rempli d’arbres fruitiers et celui qui est en dessous crie : ‘raconte, raconte, qu’est-ce que tu vois ?!’ Nous sommes comme cet enfant : Notre tête voit la gloire, est dans la gloire mais nous, nous ne voyons pas et nous attendons pleins d’espérance. Désormais notre patrie est au ciel et c’est de cette patrie là que nous tirons notre citoyenneté et notre identité. Nous sommes « étrangers et voyageurs sur la terre… à la recherche » de notre « patrie » (He 11,13-14).

* Etant étrangers, nous parlons une langue nouvelle. « Ils parleront un langage nouveau. » Mais chose un peu étrange : cette langue nous la connaissons mal. Nous cherchons à apprendre une langue qui est la nôtre, tout en nous demeurant souvent étrangère. Cette langue vient du Christ. C’est celle que le Christ a parlé. Et il s’agit pour nous d’apprendre à parler cette langue nouvelle. Redevenir enfant et renaître, n’est-ce pas pour mieux apprendre ? Les enfants ont cette caractéristique d’apprendre très vite les langues étrangères ! Vous mettez un petit en Chine et il parle chinois ; en Hongrie et il parle hongrois ! Et il s’agit pour nous de renaître pour apprendre cette langue. Quelle sont les caractéristiques de cette langue nouvelle ?

Cette langue aime la vie. Nous croyons en sa sainteté de la conception jusqu’à la mort. Humblement, tranquillement... Nous croyons qu’il vaut la peine de mettre des enfants au monde car Dieu prend soin de ses enfants.

Cette langue accueille les étrangers. Précisément parce que, pour nous, nulle nation sur terre n’est un absolu. Nous sommes citoyens des cieux : « vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la famille de Dieu» (Ep 2,19). Et un principe fondamental de cette langue dit : «L'étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l'aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers au pays d'Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu » (Lv 19,34). Nous disons que la terre appartient à ceux qui veulent vivre, à ceux qui croient et non à ceux qui thésaurisent et se referment sur leurs biens…

Cette langue a pour grammaire le don. « Et les dons qu’il a faits aux hommes, ce sont les Apôtres. » Nous sommes des dons les uns pour les autres, Nous sommes des dons lorsque nous quittons les liens qui enchaînent pour entrer dans des relations qui rendent libres.

Oui, notre demeure est dans les cieux, notre cœur est avec le Christ et notre patrie n’est pas d’ici. Prions pour que grandisse en nous l’attente active du retour du Seigneur ! Prions pour apprendre à parler toujours plus couramment la langue du Christ : Et quelle est-elle cette langue finalement sinon celle de la charité, celle que nous parlerons pour toujours avec Lui quand nous le verrons face à face ?