|
Ascension du Seigneur
B jeudi
21 mai 2009
Père Dominique Cupillard, jésuite
Marc 16,
15-20
L’absence de ce récit d’ascension chez
Matthieu et chez Jean, son rajout tardif dans la finale de Marc, le
silence de Paul, accréditent la thèse que malgré le récit des 40 jours
qui séparent Pâques et l’Ascension, ces deux fêtes sont inséparables,
un même mystère à méditer. L’ascension du Christ parachève sa victoire
sur la mort : celui qui a été crucifié, Dieu l’exalte, l’élève auprès
de lui, le fait entrer dans sa gloire, l’intronise Seigneur et
Christ (Act 2, 34-36), lui donne de partager ses pleins pouvoirs
de juge et de sauveur de tous les hommes.
Cette ascension du Christ est une
promesse pour nous. Son retour vers le Père, anticipe et prépare notre
retour en Dieu, et la restauration de toute chose en Lui : Je
reviendrai vous prendre avec moi, afin que là où je suis, vous soyez
vous aussi. (Jn 14) Jésus, venu sur terre, descendu aux enfers,
ouvre pour nous l’accès au ciel, qui n’est pas le ciel séparé de la
terre, mais le ciel et la terre qui communient, unis, réconciliés,
cette Galilée de Dieu, qui existe en prémices dans le corps ressuscité
du Christ, et qui sera à la fin des temps, le rassemblement de tous
ceux qui, morts et ensevelis avec le Christ, seront ressuscités avec
lui.
C’est en haut qu’est votre but, non
sur la terre nous dit saint Paul (Col 3, 1-2). L’ascension
du Christ confirme ce pressentiment, que notre vraie patrie est
céleste, que notre repos sera avec ceux qui nous ont précédés dans la
demeure du père, et qui en nous quittant, ont comme déplacé notre
centre de gravité, nous ont donnés d’autres attaches que celles que
nous avons sur cette terre. Pourquoi refouler ou nier cette aspiration
du ciel en nous, qui nous fait rechercher comme dit saint Paul,
ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de
Dieu (Col 3, 1) et qui est la marque et la preuve en nous de cette
volonté du Christ d’attirer à lui tous les hommes (Jn 12, 32) ?
Nous avons l’espérance et le désir,
ancrés dans nos cœurs comme une certitude, que c’est d’en haut
que nous renaîtrons et qu’il nous faut, qu’il nous faudrait déjà
renaître (Jn 3, 3). Renaître d’en haut, de l’eau et de
l’esprit, cet esprit que Jésus promet à ses disciples, après qu’il les
aura quittés Vous allez recevoir une force, celle du saint Esprit
qui viendra sur vous (Act. 1, 8). Car Jésus ressuscité, en
quittant ses disciples, ne les abandonne pas, ne les laisse pas
orphelins, livrés à eux-mêmes ou à l’ennemi. Il leur laisse son
Esprit, qui sera sa présence, sa force en eux, jusqu’à son retour.
Christ est parti sans nous quitter dit une belle hymne monastique.
L’ascension, le départ de Jésus, ne signe pas son absence, sa
disparition. C’est la fin simplement de sa présence physique parmi
nous. Sa présence visible, c’est désormais celle de l’église en prière
et en mission, celle du frère à guérir, à aimer, à sauver, celle des
miracles accomplis au nom du Christ, les fruits en nous de son esprit.
Galiléens, pourquoi restez-vous là à
regarder vers le ciel ? (Act 1,11). Au moment de partir, Jésus
envoie ses disciples à sa place, chargés de prendre sa relève, de
poursuivre ici-bas sa mission. Il ne disparait pas, il se retire comme
Dieu s’est retiré au 7ème jour dans son repos pour que sa création
puisse vivre. Le retrait de Jésus à la fin, comme celui de Dieu au
début, est un geste créateur. C’est un geste d’amour. L’Amour s’efface
pour laisser place à l’autre.
Ce monde, cet ici-bas où nous vivons,
n’est pas un lieu d’exil, mais le lieu où Jésus nous ramène sans
cesse, pour annoncer et préparer déjà l’avènement de son royaume.
L’accès au ciel passe par la terre comme le chemin vers Dieu passe par
l’homme. En cette fête de l’ascension, laissons-nous conduire par
l’Esprit qui nous invite à refaire avec le Christ, le chemin qu’il a
pris, pour rejoindre son Père.
|