Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

Ascension du Seigneur C                                                                                               jeudi 17 mai 2007

Père Pierre Faure,  jésuite

 

Il est tout à fait rare qu’un Evangéliste raconte deux fois un même épisode. Mais c’est pourtant ce que nous venons d’entendre : Luc termine son Evangile avec l’Ascension de Jésus. Et il commence son livre des Actes des Apôtres en racontant la même scène. Plus longuement et avec davantage de détails. En effet pour Luc, et probablement pour nous, l’Ascension est à la fois une fin et un commencement.

Une fin, car la vie humaine de Jésus  avec ses disciples en ce monde s’arrête avec l’Ascension. Jésus, même ressuscité et vivant, est parti. Désormais il n’est plus visible comme homme. Sa présence est maintenant en Dieu. Et cette présence n’est accessible que par la foi. Il ne sert à rien de rester à regarder le ciel. Luc insiste : il faut que les apôtres comprennent cela.

Il faut qu’ils le comprennent parce que l’Ascension est aussi pour eux un commencement. Avec l’Ascension commence leur mission de témoin du Christ. En effet, dans les deux récits de Luc, Jésus constitue ses apôtres comme ses témoins. Dans l’évangile, Luc insiste sur ce que dit l’Ecriture : « … ce qui était annoncé par l’Ecriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d’entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C’est vous qui en êtes les témoins. » Dans les Actes des Apôtres, et dans le même sens, Luc détaille l’horizon de la mission des témoins : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » Et dans les deux livres Jésus annonce aux apôtres qu’ils recevront une force venue d’en haut, celle du Saint-Esprit. C’est cette force là, venant de Dieu, qui fera d’eux des témoins de la Bonne Nouvelle de Jésus. Car c’est à la Pentecôte que commencera véritablement le temps de l’Eglise en mission.

Alors, bien loin des questions de notre imaginaire et de notre curiosité, sur le ciel, sur la condition céleste de Jésus, sur la date et la manière de son retour, il se pourrait bien que la fête de l’Ascension soit d’abord, pour chacun de nous, la fête de notre entrée en responsabilité de témoins du Christ. Chacun à notre manière bien sûr, et chacun à notre place. Mais vraiment responsable, au titre de notre baptême et de notre confirmation. Et capable, à notre mesure, de rendre compte de notre foi et d’avoir du goût pour en parler, avec nos propres mots. Dans notre société de plus en plus multiple et diversifiée, témoigner de la foi n’est plus réservé à quelques professionnels. Chaque croyant doit en prendre sa part. C’est d’ailleurs une des lignes du redéploiement de la catéchèse et de l’annonce de la foi décidé l’an dernier par les évêques de France.

L’évangile de Luc aujourd’hui nous rapporte aussi que Jésus, levant les mains, bénit ses apôtres. Et tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. Comme si, par le don de sa bénédiction, Jésus voulait atténuer pour les apôtres la peine de la séparation. En effet la bénédiction est le don de Dieu par excellence. Dans toute la Bible, lorsque Dieu bénit, il donne la vie. Lorsque Jésus donne sa vie au cours de son dernier repas, il prononce d’abord la bénédiction. En bénissant ses apôtres, avant de les quitter, Jésus les engendre comme des témoins de sa Vie. Et les apôtres, nourris et fortifiés par cette bénédiction, deviennent capables de bénir Dieu à leur tour. La dernière phrase de l’évangile de Luc nous dit « qu’ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu. »  Pour tout chrétien maintenant, la Prière eucharistique de chaque messe est la source et le sommet de toute bénédiction. Dans cette grande prière, le prêtre bénit Dieu en notre nom, et nous nous associons à cette bénédiction par le chant et les acclamations.

Enfin n’oublions pas que la bénédiction donne de la joie. Malgré le départ de Jésus, mais grâce à sa bénédiction, Luc nous dit que « les apôtres retournèrent à Jérusalem remplis de joie. » La joie est toujours le signe que la vie avance et se multiplie. Dieu qui donne la vie, donne aussi la joie.