Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Ascension du Seigneur C

 

Actes 1, 1...11

Psaume 46

Hébreux 9,24...10,23

Luc 24, 46-53
 

 

 

 

Ascension du Seigneur C

Père Pierre Faure,  jésuite

 

Pour la plupart d’entre nous l’Ascension évoque le ciel. Tableaux, fresques, dessins, ou représentations de nos catéchismes nous montrent Jésus quittant le sol et s’élevant vers le ciel. Saint Ignace qui était à Jérusalem en septembre 1523 raconte même qu’au mont des oliviers « se trouve une pierre d’où notre Seigneur monta aux cieux, et l’on y voit encore maintenant les empreintes de ses pieds. » L’Evangile se déroule sur la terre et à la fin Jésus rejoint le ciel. C’est logique et c’est normal.

    Pourtant, lorsqu’on note tous les récits de l’évangile où Jésus parle du ciel ou est explicitement mis en relation avec le ciel, on obtient une longue liste. Au-dessus de la crèche où naît Jésus « une troupe céleste innombrable louait Dieu… », et c’est notre chant du Gloire à Dieu. Au baptême de Jésus dans le Jourdain, le ciel s’ouvrit. Et du ciel vient l’Esprit Saint. Du ciel aussi s’entend une voix qui dit « celui-ci est mon Fils bien-aimé ». De nouveau à la transfiguration, une voix arrive de la nuée et dit la même chose. Dans l’évangile de Jean, Jésus dit « je suis le pain descendu du ciel ». La seule prière que Jésus nous transmet dit : « Notre père qui es aux cieux… que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.» A plusieurs reprises l’évangile indique que Jésus priait les yeux levés au ciel, notamment lors de la multiplication des pains. Et les plus anciens d’entre vous se rappellent qu’avant la réforme liturgique le prêtre levait aussi les yeux au ciel au moment de la consécration, en imitation de ce geste de Jésus. Au jardin des oliviers, avant son arrestation, pendant que Jésus priait « du ciel lui apparut un ange qui le réconfortait ». Matthieu nous indique que l’ange du Seigneur descendu du ciel roula la pierre du tombeau de Jésus et s’assit dessus. Et voilà enfin qu’à la dernière page de l’Evangile, comme nous venons de l’entendre : « Jésus se sépara de ses disciples et fut emporté au ciel. » Aboutissement normal de toute la vie de cet homme venu du ciel, fils du ciel, habitué du ciel, habité par le ciel, présence du ciel parmi nous, chemin vers le ciel pour tous.
   Mais pas le ciel des astronautes évidemment, atmosphère ou stratosphère, bien encombrés paraît-il de beaucoup de satellites… Si Jésus parle du ciel, si nous parlons du ciel, c’est parce que le ciel est la réalité la plus simple et la plus forte qui mette au-dessus de nous un espace infini dont nous ne pouvons pas voir les limites. Espace spirituel que ce ciel de l’évangile, et non pas lieu physique bien sûr. Profondeur de l’immensité et de la présence de Dieu sans origine ni fin. C’est cette présence-là que rejoint Jésus en se séparant de ses disciples. Présence qui a la dimension de Dieu, présent à tout homme, en tout point du temps et de l’espace. C’est pourquoi, dans la dernière phrase de l’évangile de Matthieu, Jésus peut nous promettre : « Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.» Une présence universelle et éternelle. Une présence bien plus large et intense que de son vivant en Palestine. Présence qui va toucher des multitudes d’hommes et de femmes comme nous qui n’auront pas connu Jésus comme homme sur terre. Présence réelle et spirituelle, que nous éprouvons dans la rencontre du prochain, dans la lecture des Ecritures, dans la prière, dans le service des pauvres, dans la vie de l’Eglise, dans la célébration de l’eucharistie.
    Il est enfin un trait du récit de l’Ascension qui est propre à Luc : Jésus a les mains levées et bénit ses disciples en se séparant d’eux. Nous savons aussi qu’au tout début de la Bible, dans le livre de la Genèse, Dieu ne bénit ce qu’il crée que lorsque la vie animale ou humaine se reproduit. C’est ce qu’il fait pour l’homme et la femme : « Dieu les bénit et leur dit : soyez féconds et multipliez-vous. » Je trouve qu’il y a du bonheur à recevoir cette bénédiction de Jésus comme promesse de vie et de fécondité. Vraiment notre Dieu est du côté de la vie, vraiment nous pouvons dire que Jésus est notre vie.