Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

Baptême de Jésus (A)                                                                                                   13 janvier 2008

Père Jean-Paul Mensior,  jésuite                                                                

      

Un beau jour, Jésus range ses outils , et quitte Nazareth, parce qu’ un désir pressant l’appelle ailleurs. Au bord du Jourdain, Jean Baptiste donne un baptême en rémission des péchés, et appelle à un  changement de vie. C’est cela qui attire Jésus. Il quitte donc les liens de la tendresse familiale et il part.

      Quand il demande à Jean de le baptiser, on comprend que Jean proteste : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » « Laisse-moi faire »  lui dit Jésus. Et Jean le baptise. Par ce baptême, Jésus prophétise l’heure où, au-delà de toute justice, il se mettra, lui le seul juste de l’histoire, dans la situation de l’injuste, du malfaiteur, jusqu’à se faire péché pour nous. Le voici donc  mêlé aux pécheurs, plongeant dans l’eau comme il est immergé dans cette foule, plongeant dans la faiblesse de tout homme, dans nos injustices,  nos lâchetés et nos violences. C’est donc dans des eaux mortelles qu’il plonge, mais, au lieu de le désavouer, le Père atteste solennellement que, parmi les pécheurs le Fils est à la bonne place. Non pas qu’il soit pécheur, mais par ce qu’il doit révéler aux pécheurs que nous sommes l’amour sauveur du Père.

      Dès qu’il sort de l’eau Jésus voit l’Esprit descendre comme une colombe et venir sur lui. Dans toute la Bible, quand l’Esprit est là, quelque chose de nouveau surgit. C’était la même colombe, qui, à l’aube de la création, planait sur les eaux primordiales, pour faire surgir un nouveau monde. C’est encore une colombe qui a été lâchée de l’arche par Noé, et la colombe était revenue, un brin d’olivier au bec, signe qu’elle avait trouvé un lieu vivable, délivré des eaux mortelles du déluge.

     Aujourd’hui, l’Esprit, qui fait toutes choses nouvelles se pose sur Jésus. Il vient  en quelque sorte, rejouer le scénario de la Genèse. Et c’est pourquoi la parole du Père qui traverse les cieux est une parole d’engendrement. C’est aussi une déclaration d’amour qui vient toucher le cœur de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour. »

      Adossé à cette parole, fort de l’amour de son Père,  Jésus peut alors partir pour accomplir le salut du monde. C’est cette parole d’amour qui lui donnera l’audace de proclamer des paroles qui font vivre, qu’elles soient de guérison ou de pardon. C’est parce qu’il sait que, comme Fils unique, il a une place unique dans le cœur de son Père  que Jésus  va déployer pendant trois ans une énergie extraordinaire. Surtout quand il s’agira de donner  le témoignage du plus grand amour, par le don de sa vie.

      Quant à nous, écoutons bien cette parole : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour. » Car cette parole est aussi pour nous tous, qui sommes, en Jésus,  les enfants bien-aimés du même Père. Elle nous dit que le Père est l’inconditionnel de son Fils et, par son Fils, l’inconditionnel de chacun de nous. A cause du Christ,  quoique nous fassions, son amour ne peut pas nous manquer.

Savoir cela  est notre seule force. Il nous reste à ne jamais oublier que, comme baptisés, il nous est possible de répondre, de façon certes toujours infirme, mais réelle, à un tel amour.