Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Baptême du Seigneur A

 

Isaïe 42, 1-7

Psaume 28

Actes 10, 34-38 Matthieu 3, 13-17
 



 

 

 

Baptême du Seigneur (A)

Père Jean-Paul Mensior,  jésuite

 

Un beau jour, Jésus range ses outils, et quitte Nazareth, parce qu’ un désir pressant l’appelle ailleurs. Au bord du Jourdain,  Jean Baptiste, donne un baptême « en rémission des péchés »  et appelle à changer de vie.  Jésus  quitte donc les liens de la tendresse familiale, et il part, sans savoir, sans pouvoir, les mains nues.

   On comprend que Jean proteste, quand Jésus lui demande de le baptiser. Mais Jésus lui dit : « Laisse-moi faire » et Jean le baptise. On peut dire que par ce baptême, Jésus prophétise l’heure où, au-delà de toute justice, il se mettra, lui le seul juste de l’histoire, dans la situation de l’injuste, du malfaiteur et du coupable,  jusqu’à,  selon le mot de Paul, être fait péché. Voici donc Jésus mêlé aux pécheurs, plongeant dans l’eau comme il est immergé dans cette foule, plongeant dans la faiblesse de tout homme, dans nos injustices, dans nos violences. Descendant dans ces eaux qui sont d’abord symboles de mort et de stérilité, comme l’ont été les eaux du déluge et les eaux de la mer Rouge, mais qui, au souffle de l’Esprit, deviennent capables d’engendrer la vie.

   Alors, au lieu de le désavouer, le Père va attester  publiquement que, parmi les   pécheurs, le Fils est à la bonne place. Non pas qu’il soit pécheur, mais parce qu’il doit révéler aux pécheurs, l’amour sauveur du Père. A peine sorti de l’eau, Jésus voit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Dans toute la Bible, quand l’Esprit est là, quelque chose de nouveau surgit. C’est la même colombe, figure de liberté et de mobilité, qui, à l’aube de la création, planait sur les eaux primordiales, pour faire naître un monde. C’est aussi une colombe qui avait été lâchée de l’arche par Noé, et la colombe était revenue, un brin d’olivier au bec, signe qu’elle avait trouvé un lieu où la vie avait pu reprendre.

   Aujourd’hui, le même Esprit se pose sur Jésus.  Il vient en quelque sorte, rejouer le scénario de la Genèse. Et c’est pourquoi la parole du Père  qui traverse les cieux est une parole d’engendrement.  C’est  une déclaration d’amour, qui vient toucher  le cœur de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour. » Cette parole n’est pas d’abord pour lui, car il sait qu’il est le Fils bien-aimé du Père. Il l’avait dit, quand il avait douze ans, à ses parents qui n’avaient rien compris : « Il faut que je sois aux affaires de mon Père. » Aujourd’hui, ce qu’il y a de nouveau,  c’est  que cette parole d’amour s’exprime, pour la  première fois, solennellement, dans un langage d’homme.

   Adossé à cette parole  Jésus  peut alors partir pour accomplis le salut du monde.  C’est cette parole d’amour qui lui donnera l’audace de proclamer des paroles qui font vivre, qu’elles soient de guérison ou de pardon. C’est parce qu’il sait que, comme Fils unique, il a une place unique dans le cœur de son Père, que Jésus va déployer pendant trois ans une énergie extraordinaire. Surtout quand il s’agira de donner au monde le témoignage du plus grand amour, par le don de sa vie.

   Écoutons bien cette parole : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour. »  Car elle s’adresse à nous,  qui sommes, en Jésus,  les enfants bien-aimés du même Père. Elle nous dit que le Père est l’inconditionnel de son Fils, et par son Fils l’inconditionnel de chacun de nous. A cause du Christ, quoique nous fassions, son amour ne peut pas nous manquer. Savoir cela est finalement notre seule force.

   Mais il ne faut pas seulement nous en émerveiller. Comme baptisés, il nous est possible

de répondre, de façon certes toujours infirme, mais réelle, à cet amour qui nous déborde de toutes parts.