Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Baptême de Jésus                                                                                                  11 janvier 2009

Père Pierre de Charentenay, jésuite      

Rédacteur en chef de la revue ETVDES                          

 

Marc 1, 7-11

L'Eglise nous invite en ce dimanche à célébrer le Baptême de Jésus. Réalisons ce que cela veut dire. Car une telle fête apparaît quand même étrange.
Jésus a-t-il besoin d'être baptisé ?
Évidemment pas de notre baptême chrétien qui est fait en son nom : « je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit »
Mais pourquoi a-t-il besoin d'être baptisé par Jean-Baptiste qui lui-même ne le veut pas vraiment ?
Le baptême de Jean est donné « en rémission des péchés », pour réduire la distance qui existe entre l'homme et Dieu, pour permettre un passage vers une vie unie de l’homme en Dieu.
Mais cela n'est évidemment pas nécessaire pour Jésus, qui est le Fils de Dieu, qui est déjà un à son Père.
Et pourtant Jésus veut ce baptême. Car il s'assimile lui-même aux pêcheurs. Il se veut un homme comme les autres. Dans St Luc, le récit nous dit avec une simplicité faussement naïve : « Or comme tout le monde était baptisé, Jésus, baptisé, lui aussi priait. »

Rien de plus ordinaire apparemment que ce baptême, mais rien de plus étonnant.
Comment lire cet événement que Jésus demande avec insistance à Jean ?
C'est un signe. Il veut montrer que ce passage de la division à l’unité avec Dieu est nécessaire au début de sa vie publique. Il y aura un autre passage de la mort à la vie, après la Croix, quand il sera ressuscité, à la fin de sa vie publique.
Ces deux moments de passage encadrent sa vie publique.
Le baptême est l'entrée dans la vie publique, La Croix en est la fin pour le salut du monde, tous les deux sont des passages.
Le premier est même l'occasion d'une parole du Père qui reconnaît officiellement le Fils, objet de tout son amour : « C’est toi mon Fils bien-aimé »
Lors du second passage sur la Croix, le Père est devenu étrangement silencieux. C'est le Fils qui dans son passage vers la mort exprime son abandon, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».
Deux paroles. Mais une grande différence : la première vient du Père pour manifester l’identité du Fils au début de sa mission. La seconde vient du Fils pour manifester l’abandon par son Père à la fin de sa mission qu’il a si bien remplie qu’il est anéanti sur la Croix pour ressusciter.

Entre ces deux moments, entre ces deux paroles le Christ va vivre sa vie publique : c'est le chemin de l'humanité, c'est le partage de notre vie humaine de joie, mais aussi de tension, de détresse, de beaucoup de misères, voire de violence dont le Christ sera finalement victime.
En acceptant le baptême, le Christ accepte la route qui va le mener à la Croix et à la Résurrection.
Le baptême envoie le Christ dans le monde, dans son parcours terrestre, dans son partage total de la vie des hommes. Il ne vient pas jouer au Dieu sur la terre, un Dieu qui survolerait l’humanité, sans vraiment se salir les mains. Il ne joue pas à l’Incarnation.

Ce qui est dit du Christ vaut aussi pour nous.
Tout ce récit devrait nous dire quelque chose sur notre propre manière de chrétiens de vivre dans le monde. Et on nous demande parfois : « qu’as-tu fait de ton baptême ? »
A cette question, trop de chrétiens aujourd'hui sont tentés de répondre en planant au-dessus du monde parce que celui-ci est plein de pièges, de violences. Il est un peu facile de se réfugier ainsi dans un angélisme qui nous permet d'éviter la complexité de la vie chrétienne au milieu du monde. Le baptême ne nous met pas hors du monde. Au contraire, il devrait nous préparer à entrer dans le monde.
Des chrétiens sont aussi tentés de se retirer derrière leur forteresse pour éviter la contamination du monde. Une certaine conception du spirituel est en fait une fuite du monde. C'est parfois même ce que le monde souhaite le plus, que le chrétien et l'Eglise restent dans leur sacristie et ne s'occupent pas des affaires du monde. C’est le contraire du baptême.

Le baptême du Christ, c'est l'entrée de Jésus dans sa mission face au monde réel. Ce passage était nécessaire pour qu’advienne ce second passage, où affrontant la croix, il pourra entrer dans la Résurrection. Le Christ nous montre ainsi le chemin à emprunter parce qu'il l'a parcouru lui-même et qu’il nous invite à le suivre.
 


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