Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

Baptême C

 

Isaïe 40, 1...11 

Psaume 103

Tite 2, 11...3,7 

Luc 3, 15...22

 

 

 Baptême du Seigneur C

     Père Paul Valadier, jésuite

 

A Noël, nous avons médité sur un enfant dans une crèche, entouré de la seule présence de Marie , de Joseph et de pauvres bergers. Nous avons médité sur la venue de Dieu en notre monde, comme une maigre lumière dans la nuit des peuples. Nous avons médité sur un Messie dépourvu de tout moyen et déjà livré au bon ou au mauvais vouloir des hommes. Nous avons médité sur le fait que le Royaume de Dieu ne vient pas dans les fracas et les coups de tonnerre, mais comme un germe enfoui et caché aux yeux des puissants ou des superbes.
Aujourd'hui, en ce dernier dimanche du temps de la Nativité, nous sommes presque à l'inverse mis devant un Christ qui certes s'abaisse en descendant dans l'eau, mais qui est en même temps investi par l'Esprit Saint, sous un ciel qui s'ouvre et d'où vient une voix puissante, le désignant comme le Fils bien-aimé, celui en qui est déposé tout l'amour de Dieu, Messie désigné presque théâtralement par Jean-Baptiste comme celui qui baptisera dans le feu, au milieu de tout un peuple assemblé.
Quel contraste entre notre méditation de Noël et celle d'aujourd'hui ! Au Messie caché et secret, dont tout le message tient dans le silence, succède aujourd'hui ce personnage impressionnant consacré par la parole céleste, celle du Père, et investi de toute la force de l'Esprit. Un autre Messie ou le même ? Le même Jésus bien évidemment, mais sous deux aspects que nous devons retenir l'un et l'autre. Car le Messie investi par la force de l'Esprit et portant en lui tout l'amour infini du Père est bien l'enfant vagissant à Bethléem. Le personnage exceptionnel, l'élu du Père, n'est autre que l'enfant de la crèche, l'un de nous, mais appelé à la vie de Dieu. C'est le premier naissant comme l'un de nous, identifié à la condition humaine, qui dévoile sa réalité de Fils vivant de l'Esprit de Dieu. Et de fait l'évangéliste Luc par quelques touches subtiles et rapides, laisse entendre que celui qui sort ainsi de l'onde est comme le premier-né de la nouvelle création, le nouvel Adam qui, ainsi que le premier, sort de l'abîme, mais pour être habité de l'Esprit, celui-là même qui de tous temps planait sur les eaux, et qui désormais habite en cet homme. En le décrivant ainsi, Luc nous fait comprendre que celui qui s'est identifié à la condition humaine, appelle cette condition humaine à la vie dans l'Esprit ; il met sous nos yeux l'homme nouveau, la créature telle que Dieu la veut ; il nous fait comprendre que, comme le Christ, nous sommes aussi appelés à vivre de son Esprit, à laisser demeurer en nous, pauvres êtres de chair, le parfait amour du Père.

Aussi bien l'évangéliste ne nous met-il pas devant un spectacle dont nous serions extérieur. Il ne nous fait pas admirer le caractère exceptionnel de l'homme Jésus pour nous maintenir à distance. Il nous enseigne au contraire que si nous acceptons d'être baptisés dans le même Esprit que le Christ, si nous acceptons de descendre dans les eaux purificatrices, nous pourrons à sa suite devenir des créatures nouvelles ; nous entrerons alors dans ce peuple messianique, ardent à faire le bien, comme nous l'avons entendu dans l'épître de saint Paul à Tite. Nous participerons à la vie du Premier-né de toute la création. En Jésus, nous contemplons donc la création nouvelle, mais nous entendons aussi l'appel à entrer à notre tour dans cette création, l'appel à nous renouveler dans l'Esprit. Nous entendons, comme le dit encore Saint Paul, que cette grâce de Dieu est désormais manifestée pour le salut de tous les hommes. En Jésus, nous méditons sur la vocation de l'humanité : vivre de l'Esprit d'Amour de Dieu et ainsi naître à une vie nouvelle.

Avec cette méditation, se clôt le temps de Noël. Ayant reconnu en Jésus le Messie, étant entré avec lui dans les eaux du baptême, il nous revient désormais de vivre l'exceptionnalité de notre vocation chrétienne dans la vie de tous les jours. Nous sommes appelés à vivre de la vie de l'Esprit, de la vie de Dieu même, tout en sachant que comme Jésus, une fois entrevue sa vocation divine, il faut désormais le suivre sur les routes banales et monotones de la vie ordinaire. Puissions-nous ne jamais oublier au milieu des difficultés, des échecs et de nos chutes, que l'Esprit nous habite, et que si nous lui sommes infidèles, Lui ne renie pas sa présence. Car nous sommes fils et filles dans le Bien-Aimé du Père.