Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                                               

Mercredi des Cendres                                                                                                      mercredi 21 février 2007

Père Jean-Marc Furnon,  jésuite

 

Matthieu 1-6. 16-18

Pécheur et pardonné
Croyez vous que l’homme soit pécheur ? Je crois que oui. Et si j’en doute l’Ecriture me le révèle.
L’homme peut être pécheur et ne pas en éprouver de souffrance. Saint Ignace dans les exercices spirituels invite celui qu’il accompagne à demander comme grâce à recevoir de Dieu « une immense et intense douleur et des larmes pour mes péchés ». Cette douleur nous ne pouvons que la recevoir. C’est la contrition pour nos péchés. Ce sont les larmes de Pierre après qu’il ait dit par trois fois de Jésus à la passion « Je ne connais pas cet homme ». Après que le coq ait chanté pour la seconde fois, nous dit l’évangile, « Pierre se mit à pleurer ».
L’homme peut aussi éprouver un sentiment de culpabilité qui n’est pas forcément signe qu’il se reconnaît pécheur ni qu’il attend le pardon. Si le sentiment de culpabilité est référé à une image idéale de moi que je n’ai pas atteint et, au contraire, dont je me suis éloigné par mes actes, mes paroles ou mes pensées, je peux éprouver de la tristesse et même du dépit à ne pas avoir correspondu à ce que je souhaitais. Mais est-ce pour autant la conscience de mon péché et un désir de recevoir le pardon ? Ce n’est pas sûr du tout. Ce peut être tout simplement ce que la Bible appelle l’idolâtrie : j’ai fait de l’image idéale de moi une idole et « je m’en veux » comme on dit de n’avoir pas correspondu à cette image. Mais dans tout cela il n’est pas question d’amour ni de contrition.
Dans l’évangile de ce jour, Jésus nous donne un exemple de ce que peut être notre péché. Il insiste sur trois œuvres à pratiquer, l’aumône, le jeune et la prière : de « bonnes œuvres ». Comment se fait-il qu’elles puissent être à ce point dénaturées et devenir mauvaises parce que, nous dit le Christ, on cherche à se faire remarquer, à attirer sur nous le regard des autres.
Nous devons bien le reconnaître, vouloir être regardé reste une attitude fréquente, un besoin fondamental, car dans le regard des autres on cherche un encouragement, une justification de ce que l’on fait et ainsi de ce que l’on est soi-même. Combien de fois dans notre vie, depuis l’enfance, c’est au regard des autres que nous devons d’avoir ressenti le sentiment d’exister ! Donc tout cela n’est pas si simple.
Nous avons donc un discernement à faire sur le rôle et l’importance qu’a pour nous le regard d’autrui. En un mot, nous devons toujours nous demander si ce regard est quelque chose que l’autre me doit ou quelque chose que l’autre me donne. Et si c’est un don, que notre cœur s’ouvre à la gratitude ! et non à l’orgueil.

Alors comment reconnaître notre péché ?
Nous avons notre conscience d’homme qui nous aide à avoir une opinion par rapport à nos comportements et reconnaître une faute de notre part. Nous pouvons aussi demander conseil.
Nous avons cette délicatesse de cœur où nous avons été éveillé par d’autres dans nos familles, dans l’Eglise et par l’Esprit Saint ; éveillés à percevoir quelque chose de l’amour de Dieu pour nous et pour d’autres. Percevoir avec notre intelligence que notre Dieu est un Dieu qui a fait alliance pour toujours avec l’humanité lorsqu’il s’est engagé avec Noé et qu’il a accompli cette alliance en Jésus son fils Unique. Recevoir la grâce de découvrir que cette faute est une rupture dans cette alliance, un péché comme disent la théologie et le catéchisme, voilà le don.

Contrition
Demandons au Seigneur d’affiner notre conscience et la délicatesse de notre perception de l’amour de Dieu pour nous et pour les autres. De là nous recevons la grâce de la contrition qui est une douleur profonde et sincère d’avoir offensé Dieu ou un ami.
Nous pouvons être vraiment contrit d’avoir fait souffrir quelqu’un que nous aimons. Souvent nous constatons après coup, que nous l’avons fait sans en avoir conscience. Parfois en nous laissant aller à nos pulsions.
Nous pouvons aussi éprouver la compassion et souffrir de la souffrance qu’éprouve un être que nous aimons quand quelqu’un lui a fait du mal ou l’a fait souffrir volontairement ou involontairement. A fortiori quand ces deux personnes sont deux personnes que nous aimons. C’est le cas de parents lorsque deux de leurs enfants ne s’entendent pas. C’est la figure du père, père du fils prodigue et père du fils aîné ; c’est Jacob avec ses fils jaloux de Joseph. C’est ce que vit Dieu. Comme un père, il souffre, il pâtit de la jalousie qui peut surgir entre ses fils et ses filles, entre Caïn et Abel, entre Joseph et ses frères, entre les hommes et Jésus.

Pauvres
L’homme est pécheur et il est pauvre devant Dieu, devant les autres et devant lui-même. Tenons nous devant notre prochain, dans le couple, dans la communauté, dans l’amitié « comme un pauvre devant un autre pauvre » selon le mot de Jean Vanier.
Peut-être un jour aurons nous assez de simplicité et d’humilité pour nous mettre à genoux aux côtés d’un prêtre qui est un frère dans l’Eglise ! Lui-même un pécheur pardonné qui a reçu mission par son ministère d’accueillir ses frères et ses sœurs non pas pour les juger mais pour les aider à progresser dans l’amour de Notre Seigneur, de leurs frères en humanité et d’eux-mêmes. Nous agenouiller non pas que nous ayons forcément un sentiment très fort de contrition mais que nous soyons habité par la conscience d’être pécheur et de désirer nous confier au sacrement de réconciliation et à la grâce qui y est donnée et reçue.

Et lorsqu’en recevant les cendres sur notre front, nous entendrons la parole de l’Ecriture relayée par l’Eglise « Convertissez vous et croyez à l’évangile » et nous répondrons « Amen », tenons nous comme des pauvres qui attendent, qui demandent la grâce et qui ouvre leur cœur à l’amour de Dieu. N’oublions pas la parole de Jésus. Levant alors les yeux sur ses disciples, il leur dit : « Heureux vous les pauvres car le Royaume de Dieu est à vous » (Luc 6,20). Nous sommes les pauvres à qui est faite cette promesse. Avançons vers elle et laissons nous transformer par cette promesse : « Heureux vous les pauvres car le Royaume de Dieu est à vous » !