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Mercredi
des Cendres (A)
6
février 2008
Père
François Boëdec, jésuite
Frères et Sœurs,
Nous avons entendu l’invitation
forte de l’apôtre Paul : « Laissez-vous réconciliez avec Dieu ».
S’il nous est demandé de nous laisser réconcilier, c’est donc que
nous sommes avec Dieu dans une certaine opposition. S’il faut nous
rapprocher, c’est que nous sommes éloignés. Et si l’apôtre Paul
donne cette consigne, c’est que non seulement nous sommes à distance
de Dieu, mais que nous résistons au rapprochement. Si telle est
notre situation, c’est grave, car Dieu, c’est la vie. Etre à
distance de Dieu, c’est être à distance de notre propre vie. Mais
qu’est-ce que cela signifie : « se rapprocher de Dieu » ?
Aller davantage à la messe ? Faire de « bonnes œuvres » ?
Peut-être. Mais pour savoir ce que signifie « se rapprocher »,
il faut d’abord comprendre en quoi consiste notre éloignement. Notre
opposition à Dieu se cache en fait dans une foule d’attitudes, de
comportements, de réactions qui - nous le savons bien - ne se
situent pas la plupart du temps dans le domaine du « religieux » au
sens strict, mais qui concernent tous les secteurs de notre vie.
Est-il alors si difficile de se
mettre en accord avec sa vie, en accord avec Dieu ? L’apôtre ne nous
dit pas de nous réconcilier mais de nous laisser réconcilier : il ne
s’agit pas, là encore, de faire, mais de laisser faire, en se
disposant à cela. Nous n’avons même pas à trouver nous-mêmes en quoi
nous sommes opposés à Dieu, le Christ nous le révèle.
Il nous le révèle par ses paroles,
il nous le révèle aussi par l’Esprit qui parle en nous. Dans
l’évangile de ce jour qui ouvre le Carême, Jésus démasque le
mensonge de bien des comportements, même religieux. Sous les trois
termes : aumône, prière et jeune, c’est en fait l’ensemble de notre
vie humaine qui se trouve ici récapitulée.
L’ « aumône », en d’autres
termes le partage, recouvre l’ensemble de notre relation aux autres.
Cette relation est fondamentale, car « Dieu, nous ne le voyons
pas », et le prochain est donc pour nous son épiphanie, sa
révélation. « Ce que vous faites au plus petit d’entre vos
frères, c’est à moi que vous le faites » (Mat. 22) nous dit le
Christ.
Sous le mot « prière », il
faut entendre notre relation à Dieu. Elle vient, paradoxalement, en
second, dans la bouche de Jésus qui, un peu plus haut dans ce même
évangile, nous a rappelé : « si tu présentes ton offrande à
l’autel et que là tu te souviens que ton frère a quelque chose
contre toi, laisse ton offrande devant l’autel et va d’abord te
réconcilier avec ton frère, et alors tu viendras présenter ton
offrande » (Mat. 5, 23-24).
Enfin, par le « jeûne »,
c’est bien sûr toute notre relation à la nature, aux biens qu’elle
procure, à la richesse, à la consommation, qui est envisagée. Et si
la relation à Dieu occupe la seconde place, on peut dire aussi bien
qu’elle occupe la place centrale, puisqu’elle commande et domine à
la fois la relation aux autres et la relation à la nature.
Ainsi, le chemin vers Pâques, vers
la vie intégrale, exige que nous regardions tous les aspects de
notre existence. Mais que nous regardions notre vie à la lumière de
ce qu’a vécu le Christ lui-même, l’attitude juste en toutes choses,
lui qui n’a pas voulu utiliser les autres ni son Père pour en tirer
des avantages, lui qui a choisi librement de se mettre dans
l’attitude du serviteur de la vie, c’est-à-dire l’attitude même de
Dieu.
En somme, le Carême, ces quarante
jours qui représentent toute la vie humaine, ne fait que redire la
tâche de notre propre création : nous faire à l’image de Dieu. Cela
passe assurément pour chacun et chacune d’entre nous par une
démarche de clarification, pour vérifier ce qui est vrai et faux
dans notre vie. L’itinéraire pascal est ainsi à parcourir en toutes
nos actions, en tous domaines. C’est le seul chemin qui nous sauve
et, par conséquent, qui nous met dans la vérité.
Puissions-nous, en ce début de
Carême, repérer et décider ce qui nous aidera davantage, de manière
simple mais réelle, à nous tourner vers Celui qui, seul, peut nous
dégager de tout ce qui nous empêche de vivre.
En d’autres termes, il s’agit de ne
pas marcher à côté de notre vie, mais de la vivre. Avec le Christ.
Et jusqu’au bout. Pour traverser nos obscurités et recevoir de lui
la lumière tous les matins de Pâques.
P. François Boëdec, sj.
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