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Mercredi des Cendres
25 février 2009
Père Dominique Cupillard, jésuite
Matthieu 6, 1-6.16-18
Le mercredi des Cendres ouvre le
Carême par un appel à la conversion que Dieu adresse à chacun de nous,
qui vaut pour tous les moments de notre vie mais que l’attente et
l’approche de Pâques, rendent plus pressant, plus impératif, en même
temps qu’elles nous préparent et nous disposent à y répondre sans
tarder, à passer déjà de la mort à la vie, à renaître dès maintenant
avec le Christ.
Les 40 jours du Carême ne sont pas de
trop, pour laisser Dieu, dans le secret de la prière, nous transformer
à son image, nous préparer à passer avec le Christ, des ténèbres à la
lumière, nous affranchir de l’esclavage du péché. En nous demandant de
pratiquer l’aumône, la prière et le jeûne, l’Eglise ne vise pas à nous
infliger une ascèse pour nous affaiblir ou punir la vie en nous, elle
cherche au contraire à la libérer en nous, à l’affranchir des
puissances qui l’asservissent et la perdent, en nous réapprenant à la
choisir, à la recevoir et à la donner. A travers ces trois œuvres de
justice, c’est toute notre vie en fait, qui est concernée, puisque
c’est la vérité de notre relation aux autres, à Dieu et à nous-mêmes
qui est ainsi éprouvée.
L’aumône en effet, c’est le souci des
autres, du frère, du pauvre, de l’indigent, un devoir sacré en
Israël, qui devient premier avec Jésus puisqu’à travers l’affamé,
l’étranger, le malade, le prisonnier, c’est Lui-même qu’il faut voir,
secourir et servir : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces
plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait
(Mt 25, 40).
Faire l’aumône nous renvoie l’image d’une charité aujourd’hui
dépassée. C’est vrai si cela signifie donner aux pauvres les miettes
de ce qu’on possède. Les défis de la fraternité, de la justice et du
partage exigent bien d’autres solutions. Mais cela ne nous exonère pas
d’aider et soulager la misère à notre porte, de faire à nos proches
l’aumône de notre temps, de notre affection, de notre écoute. De notre
pardon aussi.
L’aumône et le jeûne. Pratiquer le jeûne,
engage notre relation à nous-mêmes, à la nature et aux biens en
général. Nous consommons de plus en plus sans limite, n’hésitant pas à
gaspiller des ressources non renouvelables, à accaparer la part des
autres ou celle des générations futures. Inscrire le jeûne dans nos
vies, c’est vouloir sortir de ce cycle de la consommation, qui s’étend
à tout (on consomme des relations, du temps, du bruit, des écrans),
pour retrouver le goût et la valeur du juste, du nécessaire. Renoncer
à un rapport de puissance et de jouissance, d’avidité agressive envers
la vie, pour entrer dans un rapport de respect et de gratitude :
accueillir la vie comme un don, comme une offrande. Au delà, nous
réconcilier avec la vie, entrer avec elle dans un rapport d’alliance,
d’harmonie pacifiée, en nous et autour de nous.
La prière, elle, engage notre relation à
Dieu. Elle n’est pas à côté, elle est au centre en fait de ces trois
prescriptions du Carême. Elle est la source qui irrigue et vivifie
tous le reste. En elle, on peut faire et refaire nos forces, puiser la
force d’aimer. Comment en sommes-nous venus, par quel mauvais détour,
à considérer le carême comme une discipline, comme un temps de
tristesse, alors qu’il s’agit de nous ouvrir à Dieu et aux autres ? Le
Carême devrait être un temps de fête. La prière, c’est mon
champagne ! disait sœur Emmanuelle.
La crise que nous traversons nous a
montré que nous avions fait fausse route, qu’il fallait changer nos
modes de vie, nos manières de consommer. Le Carême n’est-il pas
l’occasion de valoriser la portée évangélique de cette remise en
cause, de ce retournement ? L’occasion de trouver nos appuis ailleurs
que là où nous les cherchions sous la pression de modèles et de
préjugés qui nous ont trompés. Bref l’occasion de repartir ensemble,
d’un autre pied. Joyeux Carême à vous tous !
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