Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Mercredi des Cendres A

 

Joël 2, 12-18

Psaume 50

2 Corinthiens 5,20-6,2

Matthieu 6, 1-18
 



 

 

 

Mercredi des Cendres (A)

Père Marc Rastoin ,  jésuite

 

Dimanche nous avons entendu que la lampe doit être mise sur le lampadaire afin qu’elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison (Mt 5,15). Aujourd’hui Jésus nous dit de ne pas « agir pour nous faire remarquer devant les hommes ». Y a t-il contradiction ? En aucun cas ! Dans cet évangile, Jésus nous interroge sur notre motivation, sur la motivation de nos actes. Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ? Pour qui ? Et l’alternative est claire : il n’y a en fait que deux options : soit pour les autres c’est-à-dire en définitive pour nous-mêmes, pour recevoir, nous, « la gloire qui vient des hommes » soit pour Dieu, pour que les hommes rendent gloire à Dieu. « Non pas à nous, non pas à nous, Seigneur, mais à ton Nom donne la gloire » (Ps 115,1).

Il n’y a pas contradiction ! Nous n’agissons pas pour nous faire remarquer des hommes. Nous agissons pour que les hommes remarquent Dieu ! nous n’entrons pas dans le carême pour obtenir une petite perfection intime et personnelle. Nous entrons en carême pour devenir un peuple de témoins, un peuple qui fasse que d’autres hommes prennent conscience de qui est Dieu et que c’est lui qui donne le bien. Trop souvent en effet notre comportement n’amène pas à la louange de Dieu mais à sa ridiculisation, à son effacement du monde, à sa décrédibilisation. Si « vous êtes mes témoins, alors je suis Dieu »(Is 43,12) dit le Seigneur par la bouche du prophète Isaïe

Il s’agit donc bien de ne plus agir pour nous mais pour Dieu, de penser non pas d’abord à nous mais à Dieu qui, lui-même, pense aux multitudes. Bref, il s’agit de faire comme le Christ qui n’a prié, jeûné et fait l’aumône de se force que pour que les hommes rendent gloire à Dieu : « pourquoi m’appelles-tu bon ?? Dieu seul est bon ! » (Mt 19,17).

Dieu agit pour nous, pour autrui. Il accepte, en nous laissant libre, que son nom soit ridiculisé par les hommes, blasphémé par les impies, réduit à l’insignifiance sociale et à la dérision. Nous devrions avoir honte en vérité, non pas de nous mais pour l’honneur de Dieu. Nous devrions pleurer, nous aussi, sur Jérusalem, sur tous ceux qui se perdent et qui ne rencontrent pas le Berger parti à leur recherche. Notre tâche est de consoler le Seigneur, de lui donner un peuple de témoins. Alors durant ce carême nous n’agirons pas pour une récompense, nous n’agirons pas pour notre bonne conscience personnelle. Notre récompense, elle nous sera donnée par le Seigneur. Récompense qui est sa joie. En définitive qui est lui-même. Car le Seigneur n’a pas d’autre récompense à donner que lui-même : « C’est bien, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Seigneur »(Mt 25,21). Oui prions pour que le nom de Dieu soit sanctifié, pour que la paternité de Dieu soit reconnue, pour que la justice de Dieu soit proclamée, pour que se lève un peuple de fils et que, par son témoignage, les hommes rendent gloire à Dieu et disent, en nous tirant par le pan de notre manteau, comme dit le prophète Zacharie : « Nous voulons aller avec vous, car nous avons appris que Dieu est avec vous » (Za 8,23).