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Christ Roi C
2 Sagesse 5, 1-3,
Colossiens 1, 12-20
Luc 23, 35-43
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Fête du Christ roi de l'univers
C
Père Jean-Yves Calvez, jésuite
Frères et Sœurs,
Jésus roi pour nous, pour tous. Je ne vais pas discuter ce mot, roi,
plus ou moins riche, selon les peuples, souvent riche, en fait, même à
regarder notre Europe du XXIe siècle. Je vais chercher à lire, dans
nos écritures, le comment de la royauté de Jésus pour nous.
Et voici. Il est d’abord comme David, un pasteur. C’est « pasteur
d’Israël » que fut fait David le jour de son investiture. Pasteur, non
dominateur, plutôt serviteur, plein d’attention : tout homme reçoit en
Jésus une extraordinaire attention, personnelle, de Dieu.
Puis, Jésus « réconcilie ». « Tous les êtres », dit la lettre aux
Colossiens. Il fait, aussi bien : «la paix » : une paix universelle, «
sur la terre comme dans les cieux ». Cette réconciliation universelle,
dit une note de la Bible de Jérusalem, ne signifie pas, il faudrait
dire : ne signifie pas seulement, le salut individuel de tous, mais
bien, ou mais aussi, le salut collectif du monde par son retour à
l’ordre et à la paix dans la soumission parfaite à Dieu. Oui, il y a
vraiment dans toute l’écriture concernant le salut, l’idée d’un tout
ensemble, tous ensemble : comme l’homme a été créé aussi, comme une
seule humanité, d’un « unique principe », unique souche, selon que
nous le dit saint Paul encore, dans les Actes des apôtres.
Enfin et surtout, avec l’Evangile, nous voici mis devant Jésus en
croix. « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même », disent les
soldats. Par dérision, ou avec, qui sait ? quelque admiration… Un roi,
c’est fort, c’est puissant : pourquoi pas pour soi-même d’abord ? Or,
Jésus ne se sauve pas lui-même, il sauve… le larron. C’est de celui-ci
que l’entrée dans le royaume est la première annoncée : « Dès
aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ». Ceci corrobore
formidablement l’annonce de la totale réconciliation lue dans la
lettre aux Colossiens. Et je suis, en vérité, moi, le larron.
Voilà l’œuvre de Jésus, l’œuvre de Dieu par Jésus, que nous
récapitulons au dernier jour de l’année liturgique, quand tout
s’achève. Je vous propose de relire encore cet achèvement dans
quelques lignes aussi du Concile Vatican II, il n’y a pas longtemps :
« Ces valeurs de dignité, communion fraternelle et liberté, tous ces
fruits excellents de notre nature et de notre industrie [notre effort]
que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur
et dans son Esprit, nous les retrouverons, purifiés de toute
souillure, illuminés, transfigurés, lorsque le Christ remettra à son
Père [son œuvre], un Royaume […] de vérité et de vie, de sainteté et
de grâce, de justice, d’amour et de paix ». Voilà l’achèvement : tout
ce qu’il a de bon dans nos vies, si modestes soient-elles, si simples,
ici emporté. Purifié et emporté, réconcilié donc, comme nous disions à
l’instant. On peut se rappeler la Genèse, la création, le livre dit à
chaque étape, chaque jour, « Et Dieu vit que cela était bon ». Quelle
bonté plus grande encore, totale cette fois, dans la création ainsi
tout entière emportée avec le Fils même qui l’a purifiée et
réconciliée.
Pouvons-nous tirer de là, en même temps, quelque chose pour notre
manière de faire, notre vie, notre semaine, frères et soeurs ?
Beaucoup en vérité. C’est en faisant preuve d’attention, de respect et
d’amour, à l’égard d’autrui, comme lui, notre pasteur, que nous
l’accompagnons. C’est en réconciliant, faisant la paix partout, nous
laissant réconcilier aussi, que nous entrons dans sa réconciliation
universelle. Puis, c’est en annonçant le salut à qui en semble le
moins digne, à tout larron du monde, que nous faisons notre propre
salut. Cela, comme toute vérité de l’Evangile, concerne de petites
choses de nos existences et de nos actions, en grand nombre. C’est
justement le Concile Vatican II, encore, qui disait de son
enseignement : « Cet enseignement vaut pour les activités les plus
quotidiennes. Ces hommes et ces femmes qui, tout en gagnant leur vie
et celle de leur famille, mènent leurs activités de manière à bien
servir la société, sont fondés à voir dans leur travail un
prolongement de l’œuvre du Créateur, un service de leurs frères, un
apport personnel à la réalisation du plan providentiel dans l’histoire
». Bref, l’année « liturgique » comme nous disons, l’année de la
grande œuvre de Jésus, de l’immense événement de sa présence parmi
nous, s’achève mais… recommence au même instant dans nos vies et nos
actes, les plus modestes, à condition qu’ils soient comme retournés,
simplifiés encore, purifiés, par le contact avec lui. Amen.
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