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Fête du
Christ, Roi de l'univers B
dimanche 22 novembre 2009
Père Jean-Paul Mensior, jésuite
Daniel 7, 13-14 ; Ps 92 ; Apocalypse 1,
5-8 ; Jean 18, 33-37
La pancarte dérisoire qui surplombe Jésus
en croix ne dit pas tout : il n’est pas seulement roi des juifs, mais
roi de l’univers. Et surtout, Jésus n’est pas roi comme les autres
rois. Il l’a dit à Pilate : « Mon royaume n’est pas de ce monde. »
En effet, la figure royale traditionnelle
est une figure d’autorité et de puissance. Or, dans le Christ, ce que
nous appelons la puissance de Dieu s’exerce dans la faiblesse. Déjà au
désert, Jésus avait répondu au démon qui lui proposait tous les
royaumes de la terre, en citant la Loi de Dieu, à laquelle il
déclarait se soumettre. Ainsi, très tôt, Jésus a fait subir à la
royauté attribuée au Fils de l’homme un retournement radical. Dans sa
passion il n’y aura ni gardes pour le défendre, ni légion d’anges
volant à son secours. Il l’a dit clairement : dans son royaume, être
maître et Seigneur consiste à se faire serviteur.
Cette image royale, ambiguë, qui nous
vient du fond des âges, est donc reprise dans l’Ancien testament, mais
c’est pour nous la faire dépasser. C’est ce que fait Jésus en mourant
de la mort des esclaves pour enlever le péché du monde , et en se
déclarant Roi au moment où il est déchu de toute puissance.
Nous savons bien que la méprise de Pilate
sur cette royauté a connu des équivalents dans la vie de l’Église. A
certaines époques on a facilement imaginé le règne du Christ comme une
entrée massive de tous les hommes dans le peuple de Dieu, sous
l’autorité du pontife romain. Penser ainsi, c’était en réalité
concevoir le Royaume de Dieu comme un Royaume de ce monde, c’est à
dire un royaume politique. Ce triomphalisme, qui a pu s’accompagner de
violences, mentales ou physiques, ne nous tente plus. Mais soyons bien
attentifs à ne pas le ressusciter sournoisement, en gardant vivante
devant nos yeux l’image du Fils de l’homme prenant le pouvoir , non
pas sur nous, mais sur tout ce qui nous défigure et nous asservît,
sans jamais oublier que c’est en étant élevé sur la croix que Jésus
fonde le royaume et nous attire à lui.
En effet, devant Pilate, Jésus définit sa
royauté non comme une domination, mais comme une attraction, un
attrait, celui de la vérité. Quelle est donc cette vérité dont
l’attrait est si puissant qu’il nous met en route ? Ce qui nous
attire, c’est notre propre accomplissement, l’achèvement de notre
création, tel que le Christ nous le révèle. Et si, comme des brebis,
nous reconnaissons la voix du Christ, c’est que cette voix nous est
intérieure. C’est pourquoi Jésus dit aussi que le Royaume est en nous.
Il nous habite par ce qu’il dit notre vérité d’homme, celle qui nous
humanise, et qui nous déshumaniserait si elle nous était imposée. Il
faut donc le redire : la royauté du Christ n’est pas un pouvoir qui
nous asservirait, mais notre domination, par lui, sur tout ce qui nous
est contraire. Car nous entrons dans le Royaume de Dieu comme
héritiers. Héritiers avec le Christ , dont nous partageons la royauté
en dominant tout ce qui pourrait exercer un pouvoir sur nous et nous
défigurer.
Certes nous sommes encore sous le régime
de la violence. Et pourtant le Royaume est déjà là. Le malfaiteur
crucifié avec Jésus lui demande de se souvenir de lui « quand il sera
dans son Royaume » Jésus lui répond : « Aujourd’hui même….tu seras
avec moi dans le Paradis. » On ne peut pas dire plus clairement que le
Royaume est là, chaque fois que nous acceptons, dans la foi et dans
l’amour, d’être avec le Christ.
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