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Dédicace de la Basilique du Latran
Ezekiel 47,1-2.8-9.12
Psaume 45
1 Corinthiens 3,9-11.16-17
Jean 2, 13-22
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Dédicace de la
basilique du Latran
Père Pierre Faure, jésuite
Quel contraste entre la vision idyllique du Temple que décrit
Ezéchiel, et le geste violent et indigné de Jésus qui chasse les
marchands du Temple !
Ezéchiel est prêtre, professionnellement très attaché au temple et au
culte qui s’y célèbre. Mais en 587 il assiste à l’invasion des
Babyloniens et à la destruction de ce temple. Il voit donc en vision
le Temple auquel il rêve. Une source jaillit dans le temple et ses
eaux portent la vie foisonnante partout où elles coulent. Comment ne
pas voir avec les Pères de l’Eglise une figure du baptême dans cette
eau qui donne la vie : « cette eau assainit tout ce qu’elle pénètre,
et la vie apparaît en tout lieu où arrive le torrent. » Dans le temple
où Dieu réside est la source du salut.
Pourtant bien des prophètes critiqueront sévèrement le temple. A
commencer par Nathan qui s’oppose au roi David. Il lui rappelle
sévèrement que ce n’est pas à lui de bâtir un temple car c’est Dieu
lui-même qui lui donnera une maison, c'est-à-dire une descendance.
Plusieurs prophètes rappelleront et de diverses manières que Dieu bien
évidemment n’habite pas les temples de pierre bâtis par les hommes. On
verra même Jérémie se tenir à l’entrée du temple et invectiver les
fidèles en disant : « arrêtez d’invoquer le temple de Dieu pour vous
justifier alors que vous opprimez l’immigré, la veuve et l’orphelin et
que vous condamnez à mort l’innocent.» C’est dans cette ligne que nous
devons comprendre le geste de Jésus : geste d’un prophète emporté par
l’indignation.
En 70 Jean l’évangéliste verra la prise de Jérusalem et la destruction
du temple, comme Ezéchiel. Et vers 90 lorsque Jean écrit son évangile
le temple est toujours détruit – il ne sera jamais plus relevé - et le
culte est interrompu – il ne sera jamais rétabli. Quelle blessure au
cœur du judaïsme, jamais refermée. Et nous ne pouvons pas oublier
qu’aujourd’hui l’emplacement du temple est partagé entre le mur des
lamentations où prient les juifs et la mosquée d’Omar où prient les
musulmans.
Mais le centre du récit de l’évangile que nous venons d’entendre est
dans la parole de Jésus : « détruisez ce temple et en trois jours je
le relèverai.» Cette parole a dû marquer les esprits car elle sera
citée par les faux témoins au procès de Jésus devant le grand-prêtre.
Et ce même motif servira aussi pour la condamnation d’Etienne.
Certains passants insulteront même Jésus en croix en lui rappelant
cette parole. Mais mystérieusement il y a bien un lien entre le corps
de Jésus et le temple : en effet trois évangélistes indiquent qu’au
moment de la mort de Jésus le rideau du temple se déchira du haut en
bas. Ce rideau séparait le cœur du temple appelé Saint des Saints,
lieu de la présence de Dieu, du reste de l’espace du temple. C’est
donc comme si la mort de Jésus donnait un accès direct en présence de
Dieu. Présence qui demeure désormais dans son corps de Dieu vivant et
non plus au-dedans du temple.
Mais je trouve que c’est la parole de Paul qui nous touche le plus
lorsqu’il dit : « N’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu et que
l’Esprit de Dieu habite en vous… Le temple de Dieu est saint, et ce
temple c’est vous.» En devenant membre du corps du Christ par
l’eucharistie notamment, c’est en moi aussi, c’est en nous qu’habite
la présence de Dieu. Son Esprit, son propre souffle bouge en moi.
Croire et expérimenter cette présence me fait découvrir un respect
nouveau pour mon propre corps. Une sorte d’amour eucharistique et
spirituel de mon corps, qui peut éclairer aussi le corps de mon
prochain. Alors je n’en aurai jamais fini de rendre grâce pour ce
corps que Dieu m’a donné et qui est le lieu de ma foi et du plus beau
de ma vie.
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