Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                             

Commémoration des fidèles défunts                                                                     2 novembre 2008

Père Jean-Paul Mensior, jésuite                                

Jean 12, 24-28

 

Ces paroles, et le trouble de Jésus avant sa mort nous rejoignent en ce jour où nous faisons mémoire de tous les défunts, et plus spécialement de ceux qui nous sont le plus proches et le plus chers. Elles éclairent toute mort, et notre profond désarroi lorsque nous perdons un être aimé.

Car la mort a été, pour Jésus lui-même une pierre de scandale : les récits de la nuit au jardin des oliviers sont tous les récits d’un combat. Semblable à nous en tout, Jésus aura, lui aussi, frémi devant cette détresse irrémédiable et universelle qu’est la mort.

L’évangéliste Jean ne parle pas de l’agonie à Gethsémani, mais il dit autrement la même expérience. C’est ce que nous venons d’entendre.
Après avoir prononcé pour ses amis la parabole du grain de blé qui tombe en terre, et réalisant que c’est lui qui, dans quelques heures, va être jeté en terre, Jésus est soudain bouleversé : il le dit, lorsqu’il sent dans son cœur le mouvement alterné, comme un flux et un reflux, par lequel il repousse la mort – « Père, délivre-moi de cette heure ! » - et puis l’accepte –« mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure. » -

La clef de cette acceptation est dans la parabole elle-même, puisqu’elle nous dit que l’épi est la gloire d’un grain mort, que ce qu’on garde se dessèche, mais ce qu’on sème va vivre. Ainsi, la mort, destruction de la vie, peut engendrer une vie nouvelle et surabondante ; seule la mort de la semence rend possible une moisson future. Cette vie nouvelle ne succède pas purement et simplement à la mort, mais elle en provient. Elle en est le fruit inespéré.

Que la vie sorte d’une mort, cela est à entendre à tous les niveaux de notre existence : c’est vrai de notre vie biologique, de notre vie psychique, de notre vie spirituelle. Nous ne pouvons naître, grandir, devenir adulte et créateur, sans passer par des pertes, des abandons, des ruptures, des morts, physiques ou symboliques.

Mais il ne faut pas nous y tromper : ce qui fait le prix et la fécondité de la mort du Christ, ce n’est pas la somme de souffrances qu’il a endurées – on peut en imaginer de pires – car, en soi, la souffrance n’a aucune valeur, elle est un mal à combattre à tout prix. Non, ce qui fait le prix de cette mort, c’est que cette passion qui est un meurtre, une mort subie, est en même temps une mort librement acceptée. Au moment même où il est écrasé par la violence des hommes, au moment où on lui arrache sa vie, Jésus peut dire, avec une liberté souveraine : « Si le Père m’aime, c’est que je donne ma vie. On ne me l’ôte pas. C’est moi qui la donne. »

Nous sommes ici au cœur de l’Évangile. Il faut peser ces mots « donner sa vie » Il importe peu que ce don soit sanglant ou non, spectaculaire ou caché dans la vie quotidienne : c’est affaire de circonstances. Ce qui est certain , c’est que, si nous voulons vivre de l’esprit de Jésus, il nous faut entrer dans ce mouvement du don de soi, qui, certes, ne nous est pas spontané ; nous le savons bien.

Vouloir retenir sa vie, la garder jalousement pour soi seul, c’est comme vouloir retenir de l’eau dans ses mains : elle s’écoule entre nos doigts. Tel est le Royaume auquel nous appartenons : un royaume où l’on ne sauve que ce que l’on donne . Un Royaume où tout ce qui n’est pas donné est perdu.
 


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