Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

Les fidèles défunts

Sagesse 2, 1-3,9 - Psaume 26
Romains 8, 18-23 - Luc 12, 35-38.40

 

 

 Les fidèles défunts B

     Père Jean-Yves Calvez, jésuite - Professeur au Centre Sèvres

 

Chers frères et soeurs. Le 2 novembre est un dimanche cette année, l’Eglise nous invite ainsi à prier pour nos morts -devoir de fidélité, d’amitié, d’amour-, mais à méditer aussi sur la mort et la résurrection (puisque c’est un dimanche!).

Méditer sur la mort? On peut être conquis, d’une manière on ne peut qu’être conquis par l’extraordinaire réconciliation de François d’Assise, sa prière à “notre soeur, la mort, très douce”, cela suppose pourtant d’abord de ne rien se voiler de son scandale, quand semblent s’évanouir sans retour l’intelligence, le coeur, la conscience, la beauté, la force d’un homme, d’une femme. L’humanité entière part en vérité en poussière et en fumée. Même si on peut rattacher toute cette précarité à quelque chose comme la fragilité des êtres créés, il est difficile de ne pas penser que ce n’est pas moins que la conséquence du mal même, du péché. N’oublions pas l’enseignement du Psaume 8 de notre Bible: l’homme, “guère moins qu’un dieu”... Alors? se dit-on nécessairement. Pas moins qu’un dieu, ce tas de cendres! La Bible ou l’enseignement chrétien ne nous épargnent pas les contrastes vraiment.

Mais le contraste est pleinement assumé, précisément, dans le fait que le christianisme, depuis les événements de Jérusalem après la mort de Jésus, depuis la visite de Marie Madeleine au tombeau ce fameux petit matin, ne sépare jamais mort et résurrection. Dieu serait-il d’ailleurs Dieu sans cela? il ne resterait, bien plutôt, que le scandale que je disais à l’instant... Beaucoup d’hommes disent aujourd’hui s’en accommoder avec stoïcisme, force d’âme, mais peut-être plus exactement n’en parlent-ils pas trop, ou pas du tout, ils ferment la bouche à toute une part de leur cri. C’est vrai qu’il n’est pas facile de croire -croire en la résurrection comme croire tout court. On croit avec des indices, je dirais presque des bribes, des récits exigeant beaucoup d’exégèse, on croit en voyant quelque chose, touchant même (dans le cas de Thomas) mais ni ne voyant ni ne touchant vraiment comment est un ressuscité (si on le voyait et le touchait comme tel, il n’en serait pas un, mais le rescapé d’une de nos “réa”). Il faut, aussi bien, toute la vie de Jésus, la pureté intégrale de celle-ci, l’ “autorité” qu’elle dégage, pour qu’on mesure la portée des signes de sa résurrection. Il y a de quoi croire, même de ne pouvoir pas ne pas croire, c’est croire pourtant, non pas voir. C’est plus en vérité que voir car cela entraîne bien au-delà de tout voir.

L’homme meurt ainsi, vraiment, mais dans l’arrachement de la mort, rejoint Jésus, mort vraiment de même, qui plus est, d’injustice et de violence, et se relève avec lui de la mort: c’est le coeur du christianisme. Un des tout premiers auteurs chrétiens, Justin, philosophe et martyr, nous dit: “De même que le sang de la Pâque des juifs a sauvé ceux qui étaient en Egypte ( vous vous souvenez, la marque du sang sur leurs maisons), de même le sang du Christ préservera de la mort ceux qui ont cru en lui” (Dial. avec Tryphon, 111,3). “La Pâque, dit du coup un autre des premiers écrivains chrétiens, c’est l’assemblée festive de tous les êtres” (Ps. Hippolite, Sur la sainte Pâque, 3,1). “Assemblée festive”, notre liturgie bien sûr, mais il faut penser, à travers elle, au rassemblement général de tous les êtres, pas des hommes seulement, revivifiés, sauvés autour de Jésus, par Jésus. Je vous lis ces textes pour signifier à quel point cette foi et cette célébration étaient centrales dans la vie des premiers chrétiens: assez pour que nous aussi soyons convaincus qu’il n’y a vraiment que cela qui compte, notre eucharistie donc également, tout entière construite sur le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus, notre mort et résurrection en vérité. Amen.