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Deuxième
dimanche de Pâques C
dimanche
15 avril 2007
Père
Jean-Paul Mensior, jésuite
Jean 20, 19-31
Voir et croire : ces deux mots sont souvent accouplés, dans
l’évangile de Jean : c’est à la vue des signes que produit Jésus que
les hommes doivent croire qu’il vient bien de Dieu.
Or, l’ensemble de l’Écriture se méfie d’une foi qui exige de voir
pour se confirmer. Car cela revient à tenter Dieu, à lui forcer la
main pour qu il’ prouve par des signes qu’il est bien « Dieu avec
nous ». La vraie foi biblique vient non pas par la vue, mais par
l’audition. Elle consiste à se fier à la parole de l’autre, au lieu
d’exiger des preuves. D’où la parole de Jésus : « Heureux ceux qui
croient sans avoir vu. »
Le temps de la vue, quand Jésus arpentait la Palestine, est passé.
Mais il reviendra, nous dit Jean dans sa première épître : le passé,
c’est « celui que nos yeux ont vu, que nos mains ont touché… » et
l’avenir –notre avenir- c’est encore un voir : « nous lui serons
semblables, dit-il, parce que nous le verrons tel qu’il est. »
En attendant ce bienheureux moment, l’Église chemine sous le régime
du « croire sans voir ». C’est pour cela d’ailleurs que les miracles
que l’on signale ici ou là, les apparitions, les guérisons, n’ont
pas d’importance décisive pour la foi.
Notre foi naît et se nourrit de l’accueil d’un récit, c’est à dire
d’une parole qui, avec une force toujours nouvelle, celle de
l’Esprit saint, nous rejoint de siècle en siècle. C’est une foi ,
comme l’écrit Pierre, en ce Jésus « que vous aimez sans l’avoir vu,
en qui vous croyez sans le voir encore. »
Thomas est notre jumeau, parce que, comme nous, il n’a pas vu, et
que, comme nous, bien souvent, il refuse de croire sans voir. De
façon étonnante, Jésus accède volontiers à son exigence. C’est lui
qui se déplace et qui vient au-devant de Thomas en lui disant : «
Avance ton doigt ici et vois mes mains ; avance ta main et mets-la
dans mon côté » ; puis il ajoute, comme une invitation à aller plus
loin : « cesse d’être incrédule, sois croyant. » Il me semble que
nous pouvons voir dans cette démarche de Jésus ce qu’on peut appeler
l’indulgence de Dieu, sa faiblesse par amour devant notre faiblesse
par défiance.
Car il ne faut pas passer trop vite, sous prétexte que cela finit
bien, sur l’attitude de Thomas au départ : elle illustre
parfaitement ce qu’est le péché, selon la Bible, à savoir la
défiance devant la parole qui dit que Dieu est amour. Thomas ne
croit pas, sur parole, que Dieu est Dieu de vie et non de mort.
Dans le fond, ce récit est une scène d’absolution. Jésus se rend au
désir dévoyé de l’homme et surmonte son péché. Il vient de dire que
ses disciples, qui l’ont abandonné à l’heure décisive, ont désormais
le pouvoir de remettre ou de maintenir le péché des hommes. Tout de
suite, en faveur de Thomas, il « remet » le péché fondamental de
défiance.
Aussitôt , pour la première fois dans l’Evangile, par la bouche de
Thomas, le Christ est appelé directement « Dieu ». Thomas voit du
sensible, et confesse la présence de l’invisible. Il découvre un
Dieu transpercé par nos clous et nos lances, une faiblesse divine
plus forte que toutes nos violences. Et c’est en regardant sans se
lasser « celui que nous avons transpercé » que l’évangéliste finira
par découvrir et par dire : « Dieu est amour ». Si nous savions
ouvrir les yeux pour voir, nous découvririons nous aussi, en tout
homme blessé, celui que l’Apocalypse appelle « l’agneau qui a été
mis à mort. »
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