Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Actes 10,34-43 ; Psaume 117 ; Colossiens 3,1-4 ; Jean 20,1-9
 

 

 

Dimanche de Pâques B                                                                         16 avril 2006                      

 Père Marc Rastoin,  jésuite

Ce matin, ils sont trois à témoigner : Marie de Magdala, Simon appelé Pierre et le disciple que Jésus aimait. Que s’est-il passé entre Jésus et Marie-Madeleine ? S’est-il ‘passé quelque chose’ ? Oui, il s’est bien ‘passé quelque chose’... mais cela n’a rien à voir avec ce qu’a imaginé Mr Dan Brown dans son livre… au demeurant distrayant. S’est-il ‘passé quelque chose’ entre Jésus et le disciple qu’il aimait ? Oui… mais pas ce que d’aucuns voudraient y voir... Il y a bien des façons qu’il se ‘passe quelque chose’ entre deux êtres humains… Il existe bien des liens et bien des amours : l’amitié, l’amour parental, la fraternité, l’amour érotique, la charité, la compassion. Alors que s’est-il ‘passé’ ce matin de Pâques entre Jésus et ces trois personnes qu’il a aimées d’une façon unique ?

* La première qui peut avoir une idée de ce que cela veut dire ‘la Résurrection de la chair’, c’est bien « Marie, dite de Magdala, dont étaient sortis sept démons » (Lc 8,2c). C’est corps et âme que Marie a été guérie. Jésus a bien été celui qui l’a restauré dans la vie. Jésus est « passé en faisant le bien » : De Lui, elle pourrait dire il a été ‘le médecin de mon âme’ ; il l’a relevée ; il lui a rendue la liberté et la joie qui lui permet de courir vers un autre qu’elle-même… Elle fait partie de ces « femmes qui avaient été guéries d'esprits mauvais et de maladies »(Lc 8,2b), de ces femmes qui, grâce à cette libération, ont su accompagner le corps souffrant du Christ en sa Passion. La vie de Marie de Magdala n’est plus un fardeau, une fatigue, une angoisse mais un mouvement, un élan, une course, une unification de son être. Et si pour entrer dans ce matin de Pâques, il fallait avoir été guéri par Jésus ?

* Et puis, il y a Simon-Pierre. Il porte jusque dans son nom le fait d’avoir été appelé. Comme il nous ressemble Pierre, avec son mélange de prétention, « Seigneur je donnerai ma vie pour toi » (Jn 13,37b) et de désespoir lorsqu’il renie le maître : « Et, sorti dehors, il pleura amèrement » (Lc 22,62) (C’est plutôt là d’ailleurs que l’on pourrait parler d’un langage passionnel !). Malgré ses reniements, Pierre a été choisi et il le demeure. Choisi dans la prière du Christ, élu pou être le berger de ses frères. Et chacun d’entre nous, quel que soit notre état de vie ou notre âge, nous sommes appelés, choisis, élus. Nous avons tous une mission. Notre vie a désormais un sens, une valeur irremplaçable, un objectif unique : faire corps ; créer et soutenir le corps, être des défenseurs du lien. Faire que ceux qui se perdent trouvent des frères.

* Et puis il y a le disciple que Jésus aimait. Non pas ‘celui qui aimait Jésus’ mais ‘celui que Jésus aimait’ : le plus important c’est de nous laisser aimé par le Christ. Là est l’Evangile ! N’y avait-il que celui-là à ‘être aimé’ ? Mais non ! Ce disciple anonyme, c’est chacun d’entre nous, si nous le voulons. Souvenons-nous que tout dans notre foi nous renvoie à ce regard du Christ qui nous aime et nous relève : « Jésus posa son regard sur lui et il l’aima »(Mc 10,21a). Ce regard sur l’homme qui avait de grands biens, c’est le regard que Jésus veut poser sur chacun de nous. Jean avait écrit : « Jésus… lui qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu'à l'extrême » (Jn 13,1b). Nous sommes les siens… Jésus aime ce corps qui est le sien.

Jésus ressuscite ce matin pour ceux qui ont été des « témoins choisis d’avance ». Jésus se relève pour ceux qu’il a lui-même relevés, rendus à eux-mêmes, appelés. Pour croire en la Résurrection laissons-nous libérer – comme Marie de Magdala - laissons-nous appeler – comme Simon renommé Pierre – laissons-nous surtout aimer, comme ce disciple que Jésus aimait et en qui nous sommes tous cachés. Libérés de toutes nos angoisses, appelés à une mission unique que nul ne peut accomplir à notre place, à être aimés et à sortir de nous-mêmes : Marie court vers Pierre. Jean attend Pierre. Tous trois font désormais corps. Sachant au plus profond que nous sommes aimés, nous pouvons alors davantage nous aimer véritablement nous-mêmes et aimer notre prochain. Demandons au Christ relevé des morts d’être, nous aussi, des Vivants en vérité, des membres de son corps, des Ressuscités.