Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Jour de  Pâques B

Jean 20,1-9

 

 

 

Dimanche de Pâques

      Père Jean-Marc Furnon, jésuite

 

Parce qu’elle est une femme et que c’est une grâce particulière de la femme dans l’humanité d’être proche du corps de l’homme à sa naissance, dans la rencontre de l’amour et au moment de la mort, Marie Madeleine est là.
Parce qu’elle est une pécheresse pardonnée et aimante, et depuis lors debout dans son cœur et profondément attachée à son Seigneur, Marie Madeleine est là.
 

Marie Madeleine, c’est l’Eglise qui aime son Seigneur et qui se risque dans la faiblesse tôt le matin alors qu’il fait encore sombre et que personne n’est réveillé.
La pierre a été enlevée du tombeau. Le linceul est là, le linge qui avait recouvert sa tête aussi, roulé à part à sa place. Les linges ne sont pas en désordre, comme si quelqu’un était venu voler le corps de Jésus en catastrophe. Non les linges sont roulés d’une manière qui témoigne de la paix.
 

Voilà ce que Jean a vu et il a cru. Jean, c’est l’Eglise qui voyant l’absence du corps de Jésus, ose relier ce que Jésus avait annoncé et ce qui arrive aujourd’hui.
Jean, Pierre, Marie-Madeleine, Paul, ensemble ils sont l’Eglise qui ose relier ce que Jésus avait annoncé et cette absence de son corps. Acte de foi inimaginable qui affirme que ce qu’ont annoncé les prophètes s’accomplit en Jésus ; que c’est lui le Christ attendu.
 

Paul nous dit la foi de l’Eglise : « Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu.
Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire » (Col 3,3).
 

Vous êtes mort avec le Christ. Qu’est-ce qui de nous est mort ?
           - Notre péché ; il l’a pris sur lui et l’a emmené dans sa mort. Ce qui est mort c’est notre côté mondain, notre côté terreux, adamique, marqué par la finitude.
           - Mais ce qui est mort avec le Christ c’est aussi notre côté « grain de blé » semé en terre ; le meilleur de nous même planté, abandonné et d’une certaine manière perdu. Tout ce que nous avons donné n’est a plus à nous : notre amour, nos vies, le meilleur de nous-mêmes.
 

Vous êtes mort avec le Christ. C’est mourir que de donner la vie sans réciprocité et c’est à cela que le Christ nous appelle : donnez gratuitement ce que vous avez reçu gratuitement; que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche.
 

Vous êtes mort avec le Christ et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Votre vie n’a pas été vécue pour rien, elle n’est pas morte au sens du monde ; elle est cachée en Dieu. Déjà le livre de la Sagesse disait : « Les âmes des justes, elles, sont dans la main de Dieu. Aux yeux des insensés ils ont paru mourir, leur sortie du monde a passé pour un malheur et leur départ d’auprès de nous pour un anéantissement, mais ils sont dans la paix. » (Sagesse 3,1-3). C’est ce qui est arrivé à Jésus lui-même. C’est ce qui arrive à une femme qui aime un homme qui est ailleurs dans son coeur ou qui est muré en lui-même. C’est ce qui arrive à un théologien ou à un évêque qui n’est pas reçu dans l’Eglise. C’est ce qui arrive à un enfant qui offre quelque chose avec innocence et auquel un adulte ou d’autres enfants répondent dans la dérision.
C’est ce qui nous arrive lorsque nous donnons le meilleur de nous-même parce que le signifiant d’une vie vraiment donnée c’est la mort. Elle signe une vie donnée.

Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. C’est ce que nous croyons, c’est ce que nous célébrons aujourd’hui, témoignant de ce qui est déjà et qui n’est pas encore complètement manifesté.

Notre foi repose sur la parole des apôtres. Une parole c’est fragile et une parole est solide comme l’amour. C’est cette parole qui donne sens à notre vie . C’est cette parole qui fait notre unité.

Christ est vivant ! Alleluia !