Parce qu’elle est une femme et que c’est une grâce particulière de la
femme dans l’humanité d’être proche du corps de l’homme à sa naissance,
dans la rencontre de l’amour et au moment de la mort, Marie Madeleine est
là.
Parce qu’elle est une pécheresse pardonnée et aimante, et depuis lors
debout dans son cœur et profondément attachée à son Seigneur, Marie
Madeleine est là.
Marie Madeleine, c’est l’Eglise qui aime son Seigneur et qui se risque
dans la faiblesse tôt le matin alors qu’il fait encore sombre et que
personne n’est réveillé.
La pierre a été enlevée du tombeau. Le linceul est là, le linge qui avait
recouvert sa tête aussi, roulé à part à sa place. Les linges ne sont pas
en désordre, comme si quelqu’un était venu voler le corps de Jésus en
catastrophe. Non les linges sont roulés d’une manière qui témoigne de la
paix.
Voilà ce que Jean a vu et il a cru. Jean, c’est l’Eglise qui voyant
l’absence du corps de Jésus, ose relier ce que Jésus avait annoncé et ce
qui arrive aujourd’hui.
Jean, Pierre, Marie-Madeleine, Paul, ensemble ils sont l’Eglise qui ose
relier ce que Jésus avait annoncé et cette absence de son corps. Acte de
foi inimaginable qui affirme que ce qu’ont annoncé les prophètes
s’accomplit en Jésus ; que c’est lui le Christ attendu.
Paul nous dit la foi de l’Eglise : « Vous êtes morts avec le Christ, et
votre vie reste cachée avec lui en Dieu.
Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec
lui en pleine gloire » (Col 3,3).
Vous êtes mort avec le Christ. Qu’est-ce qui de nous est mort ?
- Notre péché ; il
l’a pris sur lui et l’a emmené dans sa mort. Ce qui est mort c’est notre
côté mondain, notre côté terreux, adamique, marqué par la finitude.
- Mais ce qui est
mort avec le Christ c’est aussi notre côté « grain de blé » semé en terre
; le meilleur de nous même planté, abandonné et d’une certaine manière
perdu. Tout ce que nous avons donné n’est a plus à nous : notre amour, nos
vies, le meilleur de nous-mêmes.
Vous êtes mort avec le Christ. C’est mourir que de donner la vie sans
réciprocité et c’est à cela que le Christ nous appelle : donnez
gratuitement ce que vous avez reçu gratuitement; que ta main droite ignore
ce que fait ta main gauche.
Vous êtes mort avec le Christ et votre vie reste cachée avec lui en Dieu.
Votre vie n’a pas été vécue pour rien, elle n’est pas morte au sens du
monde ; elle est cachée en Dieu. Déjà le livre de la Sagesse disait : «
Les âmes des justes, elles, sont dans la main de Dieu. Aux yeux des
insensés ils ont paru mourir, leur sortie du monde a passé pour un malheur
et leur départ d’auprès de nous pour un anéantissement, mais ils sont dans
la paix. » (Sagesse 3,1-3). C’est ce qui est arrivé à Jésus lui-même.
C’est ce qui arrive à une femme qui aime un homme qui est ailleurs dans
son coeur ou qui est muré en lui-même. C’est ce qui arrive à un théologien
ou à un évêque qui n’est pas reçu dans l’Eglise. C’est ce qui arrive à un
enfant qui offre quelque chose avec innocence et auquel un adulte ou
d’autres enfants répondent dans la dérision.
C’est ce qui nous arrive lorsque nous donnons le meilleur de nous-même
parce que le signifiant d’une vie vraiment donnée c’est la mort. Elle
signe une vie donnée.
Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec
lui en pleine gloire. C’est ce que nous croyons, c’est ce que nous
célébrons aujourd’hui, témoignant de ce qui est déjà et qui n’est pas
encore complètement manifesté.
Notre foi repose sur la parole des apôtres. Une parole c’est fragile et
une parole est solide comme l’amour. C’est cette parole qui donne sens à
notre vie . C’est cette parole qui fait notre unité.
Christ est vivant ! Alleluia !