Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

dimanche dePâques C

 

Actes 10, 34...43

Psaume 117

Colossiens 3, 1-4

Luc 22,14-23,56
 

 

 

 

Dimanche de Pâques C

Père Marc Rastoin,  jésuite

 

Etrange Jésus ressuscité qui ne montre pas ses plaies mais explique les Ecritures ! « Commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur interpréta dans les Ecritures tout ce qui le concernait »… Etrange mais heureux ! Car, encore aujourd’hui, les Ecritures sont devant nous. Pour mieux le connaître…

* Cléophas et son compagnon disent à Jésus : « Mais voici le troisième jour que ces faits se sont passés » (Luc 24,21b). Le Christ avait annoncé de manière très insistante ce 3ème jour dans les annonces de la Passion : « Le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup… être tué et, le troisième jour, ressusciter » (Luc 9,22 ; Cf. Luc 18,33b). Cet élément est si important qu’il se trouve repris dans notre Credo. Paul, dans le plus ancien credo chrétien, le souligne fortement : « Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures… Il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures » (1 Corinthiens 15,3b-4b). Qu’a donc de spécial ce 3ème jour ? Pourquoi le Christ ne ressuscite-t-il pas le deuxième jour ? Ne serait-ce pas plus simple, presque ‘logique’ ? Menons l’enquête…

La première source est un verset d’Osée : « Après deux jours il nous fera revivre, le troisième jour il nous relèvera et nous vivrons en sa présence » (Osée 6,2). Déjà notre résurrection est comme incluse dans la sienne. Mais cette unique référence peut-elle justifier une telle importance ? N’y a-t-il pas d’autres 3èmes jours dans les Ecritures ?

         - C’est «le troisième jour» (Genèse 22,4) qu’Abraham comprit qu’Isaac, qu’il allait sacrifier, devait vivre. Pour tous les deux, ce jour a été le jour du don de la vie. L’auteur de l’épître aux Hébreux nous le dit : «Son fils lui fut rendu et c’était prophétique» (Hébreux 11,19).

- C’est « le troisième jour que Joseph dit » à ses frères : Allez chercher Benjamin et « vous vivrez » (Genèse 42,18) : Alors ses frères échappent à la mort et sont rendus à la vie. Joseph se fait connaître à eux, leur pardonne et restaure la fraternité. De même, aujourd’hui, Jésus se fait connaître de ses frères, leur pardonne et leur rend la vie. Il dit à Marie de Magdala : « Va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père » (Jean 20,17b).

- C’est «le 3ème jour, le matin…» (Exode 19,16) que le Seigneur donne sa Loi au peuple d’Israël au Sinaï. Loi de vie donnée pour que le peuple choisisse la vie.

- C’est le troisième jour bien sûr que Jonas sortit de l’abîme et fût rendu à la vie : (Cf. Jonas 2,1). Il sera l’instrument de la conversion des païens de Ninive, signe donné à Israël. Comme Jésus avait annoncé que désormais le salut serait annoncé à tous les peuples. Aujourd’hui, de la Chine à l’Irak, c’est la même fête et le même appel. Tous les peuples peuvent partager la même joie.

- Enfin il est un troisième jour primordial qui est comme le premier Evangile… annonçant que, depuis les origines, le Seigneur en avait fait le jour du don de la vie : dans la Genèse, c’est le troisième jour que le Seigneur crée la vie sur terre : « Dieu dit : ‘que la terre se couvre… d’arbres fruitiers qui… portent sur terre des fruits’… Il en fut ainsiIl y eut un soir, il y eut un matin: ce fut le troisième jour » (Genèse 1,11a-12b-13).

Il en est bien d’autres que je vous laisse le soin de trouver vous-mêmes ! Tous ceux qui aiment jouer au détective les trouveront. Cherchez et vous trouverez, je vous le garantis ! Tous ces 3èmes jours renvoient à un salut donné alors que tout semblait perdu. D’une certaine manière, il n’y a qu’un seul 3ème jour, celui du don de la vie. Ainsi c’est toute l’Ecriture qui annonce la Résurrection le 3ème jour (cf. M. Remaud).

* Nos pères dans la foi ont eu à surmonter la tentation de désespérer de Dieu, de douter de son amour mais ils ne sont pas découragés et ils ont surmonté le temps du silence, celui du Samedi Saint. Leurs tentations sont les nôtres comme elles étaient celles des disciples : le 1er jour, devant la Croix, c’est la tentation de la dénégation : Il faut accepter la réalité, les faits cruels : oui, le Christ est vraiment mort ; il a vraiment été crucifié ; il a vraiment été enseveli ; mais Dieu n’a pas dit son dernier mot. Le deuxième jour est celui du silence, de l’inaction, où l’on peut être tenté de douter de Dieu et de son amour. Ce deuxième jour peut durer longtemps… La grande tentation alors, c’est de désespérer. Les disciples d’Emmaüs en étaient là : « Et nous, nous espérions… » (Luc 24,21) disent-ils. Mais, pour eux aussi, va venir « le troisième jour » : Une lumière va surgir là où elle n’était plus attendue. Le Seigneur se fait connaître, prend l’initiative et fait brûler le cœur. Il prend appui sur la mémoire des croyants qui, tel Abraham, ont « espéré contre toute espérance » (Romains 4,18).

Cleophas et son compagnon sont passés de la dénégation à la foi ; de la passivité à l’action, de la tristesse à la joie. Leur chemin, celui de Pâques, est encore le nôtre. Notre cœur peut brûler tout comme le leur. Le compagnon de Cléophas est anonyme parce que sa place c’est la nôtre. Le Christ nous appelle, nous aussi, à entrer dans son troisième jour, le jour de l’espérance et de la joie, de la joie que nul ne pourra nous ravir. Accueillons-la. Amen.