Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Isaïe 60, 1-6

Psaume 71

Ephésiens 3, 2-6

Matthieu 2, 1-12
 


 

 

Epiphanie du Seigneur                                                                                8 janvier 2006                      

 Père Jean-Paul Mensior,  jésuite

 

La Bonne Nouvelle annoncée aujourd’hui est considérable : c’est le dernier mot de l’histoire humaine, puisque c’est la réconciliation finale des frères ennemis, qui, depuis les origines ne cessent de s’affronter. Nous savons que, dès son début, l’histoire des hommes est une histoire de violence qui commence avec le meurtre d’Abel par son frère Caïn, meurtre symbolique de toutes nos divisions, et qui, dans toute la Bible, se cristallise dans le thème de l’opposition juifs-païens.

Le texte lyrique d’Isaïe que nous venons d’entendre, annonce la fin des conflits, la marche pacifique de toutes les nations qui convergent vers Jérusalem, un grand déplacement du monde entier vers la lumière qui se lève en Israël.

Paul lui, voit dans cette unité finale le mystère par excellence, caché depuis toujours et pourtant secrètement à l’œuvre dans l’histoire du monde. Pour le dire autrement, ce mystère caché, c’est celui du cheminement de l’amour, qui, contre toute apparence, se fraie un chemin à travers nos violences, pour avoir finalement le dernier mot. Ce mystère vient maintenant à la surface – c’est le sens du mot « épiphanie » - et nous est totalement révélé. Ce qui ne signifie pas qu’il soit déjà totalement vécu : il suffit d’ouvrir les yeux pour en être convaincu. Il reste que le dernier mot de ce que nous avons à vivre se trouve là : dans la réconciliation, l’unité et la paix.

D’où nous vient cette paix définitive ? Quand Matthieu écrit son évangile, il sait bien ce qu’est devenu ce nouveau-né adoré par des mages. Il sait que c’est à la croix que la violence a été mise à mort, car, en refusant de répondre à la violence par la violence, le Christ a surmonté et détruit tout ce qui nous divise. C’est donc lui, notre paix. Selon le mot fulgurant de Paul « Il a tué le péché dans sa chair. »

Aujourd’hui, Matthieu nous propose des images beaucoup moins grandioses que celles d’Isaïe ou de Paul. Il nous dit que des mages viennent, du côté où la lumière se lève. Ces savants qui sont des sages, des astrologues, des chercheurs, dont la culture est très étrangère à Israël, se sont mis en route, instruits par la nature : c’est une étoile de leur astrologie qui les guide et qui les conduit au Christ. Leur chemin « astral » est donc celui de leur religion païenne, devenue pour eux le chemin de leur salut. Car, comme le disait déjà Justin, au 2e siècle, les « semences du Verbe » sont répandues partout.

Cette étoile n’est qu’une figure : la vraie lumière, c’est le Christ lui-même , et c’est pourquoi l’étoile disparaît quand les mages découvrent celui que l’étoile désignait. Certes c’est une lumière bien discrète que ce petit enfant né dans une famille pauvre. Mais nous en sommes tous là : nous marchons toujours en partie dans la nuit, et nous avons sans cesse à réveiller notre foi , pour percevoir la petite lumière qui, seule, est capable de nous guider.

Quant aux mages, ils retournent chez eux. Ils n’ont pas besoin d’abandonner leur pays ni leur culture, mais pour eux maintenant, tout est différent. Car ils emportent avec eux un trésor bien plus précieux que celui qu’ils ont offert. Ils marchent désormais à la lumière d’une autre étoile, qu’ils portent dans leur cœur : c’est celle dont parle saint Pierre, « l’étoile du matin qui se lève dans nos cœurs » . C’est une toute petite lumière, fragile comme l’enfant qu’ils ont découvert, mais, comme tout enfant, pleine de promesses.