Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Epiphanie                                                                                                   4 janvier 2009

Père Dominique Cupillard, jésuite                                

 

Matthieu 2, 1-12

On dit que la Pentecôte, c’est Pâques qui prend feu. On pourrait dire que l’Epiphanie, c’est Noël qui prend feu. La lumière de Jésus, en atteignant ces mages qui viennent d’Orient et y retournent, brille d’emblée comme la lumière pour tous. Même si tous ne l’accueillent pas. On peut lire ce récit de l’adoration des mages comme la marche des hommes en quête de la lumière de la vérité, du drame aussi de son accueil ou de son refus.

Nous croyons que Dieu a mis au cœur de l’homme le désir de connaître la vérité et, au terme, de le connaître Lui-même. Dès lors, les semences de cette vérité, les semences du Verbe dira Justin sont disséminées dans tous les peuples, cultures, et religions. Ces mages qui étaient des païens, des savants, des sortes d’astrologues, sont allés au Christ à partir de leur culture, de leur connaissance des astres et du mouvement des planètes. La vérité de la foi mobilise l’intelligence et la raison. Mais ces hommes étaient portés par une autre force : pour connaître la vérité, la science ne suffit pas, elle est même impuissante et aveugle si elle n’est pas sous-tendue et comme orientée par une interrogation plus profonde, sur le sens et le mystère de ce que l’on observe, l’énigme de ce que l’on scrute et contemple, l’ouverture à ce que l’on ignore ou qui nous dépasse. C’est ce que symbolise cette étoile en avant et au dessus des mages. Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’œuvre de ses mains, le firmament l’annonce… dit le psalmiste (Ps 19.2). Ce dont témoigne aussi ce récit, c’est que la connaissance de la vérité est stérile et illusoire, si elle ne mobilise que notre intelligence, si elle ne nous engage pas tout entier, à sa recherche. Ces mages ont tout quitté pour la trouver. La vérité est inséparable des chemins sur lesquels on s’aventure et se risque à sa recherche, qu’elle ouvre dans nos vies, qu’elle éclaire ou qu’elle évite. A ce titre, le contraste est frappant entre ces mages, des étrangers et des païens, qui abandonnent tout et s’exposent à tous les dangers pour suivre cette étoile qu’ils ont vu se lever dans leur ciel et ces responsables juifs, grands prêtres et scribes, dépositaires et interprètes des Ecritures, qui ne bougent pas, fermés à cette même étoile qui brille pourtant à portée d’eux, dans leur livre, déjà murés dans leur refus Il y a assez de lumière disait Pascal pour ceux qui désirent voir et assez d’obscurité pour ceux qui ne veulent pas voir. Pour connaître cette vérité, le passage par l’Ecriture est obligé mais il ne suffit pas. Les juifs, Hérode, les mages, chacun connaissait l’Ecriture et le lieu finalement où Jésus était né. Les mages sont les seuls à le reconnaître. Pourtant, emmailloté dans une mangeoire, il ne ressemblait sûrement pas à l’image qu’ils devaient se faire d’un roi. C’est bien plus qu’un roi en fait qu’ils reconnaissent. Préparés par leur longue marche et leur désir de la vérité, guidés par des signes et réorientés par l’Ecriture, ils accèdent sans hésiter au cœur du mystère, au secret de cette naissance, reconnaissant dans ce nouveau-né, le Verbe de Dieu, Dieu qui s’est fait homme. Par leurs offrandes d’or, d’encens et de myrrhe, ils vont même plus loin encore dans la compréhension du mystère puisqu’ils honorent déjà Jésus Roi, Dieu et victime, qui subira l’épreuve de la croix et l’ensevelissement dans le tombeau. La très grande joie qu’ils éprouvent, sans proportion avec le spectacle qu’ils découvrent est le signe et déjà le fruit de cette vérité tout entière qu’ils cherchaient et qu’ils ont enfin trouvée dans cet enfant. Ils accèdent à cette vérité finalement par l’amour. Matthieu nous dit qu’ils entrent, qu’ils se prosternent et qu’ils adorent. Adorer : c’est comprendre et aimer. Somme-toute, on connait la vérité par l’amour. Celui qui aime va plus loin que celui qui sait.

Leur étoile, c’était le Christ, c’était lui qu’ils cherchaient sans le savoir. Aux jeunes réunis à Rome en 2000, Jean Paul II disait : En réalité, c’est Jésus que vous cherchez quand vous rêvez de bonheur, c’est lui qui vous attend quand rien de ce que vous trouvez ne vous satisfait ; c’est lui la beauté qui vous attire tellement […] c’est lui qui vous pousse à faire tomber les masques qui faussent la vie […] C’est Jésus qui suscite en vous le désir de faire de votre vie quelque chose de grand, la volonté de suivre un idéal, le refus de vous laisser envahir par la médiocrité, le courage de vous engager avec humilité et persévérance pour améliorer la société et la rendre plus humaine et plus fraternelle. Et il ajoutait : faites du Christ votre boussole.

L’évangile nous dit que les mages regagnèrent leur pays par un autre chemin. Cet autre chemin, c’est celui de leur conversion. Ils repartent du Christ. Désormais, leur quête de la vérité ne sera plus comme une recherche à tâtons, mais la réponse de la foi à ce Dieu qu’ils ont reconnu et contemplé, caché dans la faiblesse d’un nouveau-né.

Quitte ton pays, cherche moi nous dit le Christ. Pas dans le ciel : non, sur ces routes du monde où je t’attends et trouve moi en te laissant guider par l’esprit de vérité qui t’introduira à la vérité tout entière.


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