Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

Epiphanie du Seigneur                                                                                                                dimanche 7 janvier 2007

Père Pierre Faure,  jésuite

Matthieu 2, 1-12
 

Durant le temps de Noël la liturgie nous fait admirer successivement quatre portraits du Christ. Dans la nuit de Noël nous avons adoré l’enfant d’un couple pauvre, premier-né devant qui s’émerveillent les anges et les bergers. Au matin de Noël Jean l’évangéliste, avec son regard d’aigle, nous a ramené au commencement du monde pour nous faire contempler le Verbe de Dieu qui se fait corps humain au centre de l’histoire. Dimanche dernier, fête de la Sainte Famille, nous avons vu Jésus, enfant prodige au milieu des docteurs de la Loi, dans le Temple à Jérusalem. Aujourd’hui, nous fêtons l’Epiphanie. Manifestation de Jésus au monde, aux nations lointaines et aux non juifs. Nous sommes de nouveau à Bethléem dans la crèche. Des mages, sortes d’astronomes et de sages chercheurs viennent « se prosterner devant le roi des juifs qui vient de naître ». Le succès populaire des « rois mages », et de la galette du même nom, n’empêche pas que, malgré l’appellation traditionnelle, c’est bien  Jésus qui est roi, et non ces trois personnages sympathiques et mystérieux ! Jésus est même plus roi que tous les rois avant lui et après lui. Puisque que lui seul est fait roi par Dieu lui-même. Au point que la fête de l’Epiphanie est une sorte de fête du Christ roi en hiver ! Les mages comprennent cela. S’ils font un tel voyage pour venir adorer le roi des juifs, c’est que ce roi-là doit être aussi d’une certaine manière roi pour les non juifs. Il se passe donc quelque chose dans le peuple juif qui concerne tous les peuples du monde. La Bible entière sait cela et le dit, notamment dans le livre du prophète Isaïe. Et aussi dans les psaumes. Les premières générations chrétiennes ont même été émerveillées par tant de psaumes qui, en parlant du Messie attendu ou du roi donné par Dieu, parlent du Christ avec tant d’intelligence et de profondeur.

C’est le cas du psaume 71 aujourd’hui. Nous ne l’avons pas chanté en entier mais ce peut être l’occasion pour vous de le retrouver dans votre Bible ou dans le carnet de chant de l’église pour le relire. L’auteur de ce psaume écrivait, bien sûr, plusieurs siècles avant Jésus. On ne sait pas vraiment combien. Et pourtant, sans avoir jamais lu l’évangile, il nous fait comprendre profondément qui est ce roi des juifs que cherchent les mages venus d’Orient. Le psaume évoque pour nous quatre visages de ce roi qui sont tissés avec talent et poésie.

Il est d’abord roi pour le monde entier. Verset 8 : « Qu’il domine de la mer à la mer, et du Fleuve jusqu’au bout de la terre ! » Verset 11 : « Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront. » Verset 17 : « En lui que soient bénies toutes les familles de la terre ; que tous les pays le disent bienheureux ! »

Ce roi n’est pas seulement la chance de sa génération, il est le roi définitif, il est roi pour toujours. Verset 5 : « Qu’il dure sous le soleil et la lune de génération en génération ! »  Verset 15 : « On priera sans relâche pour lui ; tous les jours on le bénira. » Verset 17 : « Que son nom dure toujours ; sous le soleil que subsiste son nom ! »

De plus ce roi apporte la justice et la paix. Mais pas n’importe quelle justice. Il reçoit sa justice de Dieu lui-même. La première phrase du psaume dit : « Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice. Qu’il gouverne ton peuple avec justice. » Verset 3 : « Montagnes, portez au peuple la paix, collines, portez-lui la justice ! » Verset 7 : « En ces jours-là fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes ! »

Enfin ce roi s’occupe d’abord des pauvres et des malheureux. Verset 4 : « Qu’il fasse droit aux malheureux de son peuple, qu’il sauve les pauvres gens, qu’il écrase l’oppresseur ! » Et versets 12 à 14 : « Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie. Il les rachète à l’oppression, à la violence ; leur sang est d’un grand prix à ses yeux. »

Avec ce roi il n’arrive donc que de bonnes nouvelles. Aussi le psalmiste s’enthousiasme et, comme le font les poètes, prend à témoin la nature : « Qu’il descende comme la pluie sur les regains, une pluie qui pénètre la terre… Que la terre jusqu’au sommet des montagnes soit un champ de blé : et ses épis onduleront comme la forêt du Liban ! Que la ville devienne florissante comme l’herbe sur la terre ! » Ainsi la lecture de ce psaume met devant nous une seule question, qui contient sa réponse : Quelle est la personne sage et sensée qui ne mettrait pas tout en œuvre pour parvenir à être sujet de ce roi, et devenir habitant de son royaume ?  

Alors les sujets de ce roi béni au dessus de tout peuvent se joindre au psalmiste pour chanter Dieu qui nous donne un tel roi :

« Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, lui seul fait des merveilles !

Béni soit à jamais son nom glorieux, toute la terre soit remplie de sa gloire !

Amen ! Amen ! »